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Jean Bonal :
le Jazz nous
parle du Blues
On
ne le présente plus depuis longtemps, Jean Bonal grand
prix de l'académie du Jazz, a accompagné les
plus grands noms (Sidney Bechett, Georges Brassens, Michel
Legrand), écrit une méthode de guitare, écrit
des musiques de film (la vétité de Clouzot),
et encore maintenant est à la tête d'une association
de guitaristes amateurs (Les Mordus de la Guitare). Nous lui
avons demandé de nous parler des influences du Blues
sur le Jazz. C'est ce qu'il a fait avec une touche personnelle,
très pure.
Très heureux d'avoir l'opportunité
d'exprimer mon opinion concernant le rapport de la musique
de Jazz avec le Blues, je vais insister sur la pérennité
de ces deux musiques. En effet, il serait temps que les
profanes sachent que la musique de Jazz n'existerait pas
sans le Blues qui en est la source. Il n'y a pas de séparation
entre ces deux musiques et d' ailleurs on ne connaît
pas d'exemple où un bon Jazzman joue mal le Blues.
Comme je l'explique dans mon CD "musico-pédagogique"
(L'histoire de la guitare dans la musique de Jazz couronné
par un prix spécial de lAcadémie du
Jazz), le Blues contrairement à des idées
préconçues, ne définit pas un tempo
comme on peut le lire sur certaines partitions. Il existe
des Blues à tous les tempos, lent, médium
ou rapide selon l'état d'âme que lon
cherche à exprimer, tristesse, mélancolie
ou joie. Le Blues se construit sur une trame de 12 mesures,
harmonisées selon le style désiré :
Blues Traditionnel, Blues Dixieland ou Nouvelle-Orléans,
Blues Middle-Jazz, Blues Moderne.
La médiatisation actuelle
du Blues Traditionnel, interprété par des
chanteurs de Blues, contribue à séparer artificiellement,
dans l'esprit du public le Blues du Jazz. Et souvent, des
débutants viennent me voir en me disant : "je voudrais
appren-dre à jouer du Blues". J'ai du mal à
leur faire comprendre qu'il faut débuter, comme pour
le Jazz, par l'apprentissage des accords, des arpè-ges
et des gammes sur le manche, avant l'approche de l'improvisation,
et là seulement on peut pratiquer le style que lon
préfère, du Blues traditionnel à l'harmonisation
simple avec l'emploi de la gamme pentatonique à la
musique de Jazz dont les différents styles nécessitent
des connaissances harmoniques plus développées.
Ceux qui n auront pas étudié selon cette démarche
(arpèges, gammes, choix de notes judicieux) se contenteront
d'employer la gamme pentatonique d'une manière simpliste,
qui limite toute évolution à une musique plus
moderne alors qu'avec l'étude que je préconise,
la gamme pentatonique amène un supplément
à l'improvisation. Je devrais même dire : les
deux gammes pen-tatoniques, car il y a la gamme majeure
pentatonique qui correspond au 6ème degré
de la gamme majeure en accords (càd le relatif mineur
de la tonalité : si l'on joue SOL majeur pentatonique,
on improvise sur MI mineur 6ème degré, relatif
mineur de la gamme majeure en accords, ce qui définit
son appellation majeure, car dans cette gamme, les accords
mineurs sont considérés comme mineurs secondaires).
On peut ajouter à cette gamme, une certaine forme
de chromatisme apporté par la quinte diminuée
- intercalée entre la quarte et la quinte juste -
ce qui donne la gamme Blues, et la gamme mineure pentatonique
en jouant SOL mineur pentatonique, sur une grille en SOL
(SOL - SOLm/D07 - SOL SOL7 etc..) on joue en réalité
SI bémol sur la 1ère mesure et la même
gamme en 2-5 de FA sur la 2ème ce qui laisse un grand
choix de notes surtout si, comme les chanteurs de Blues,
vous employez l'accord mineur sur l'accord majeur (càd
SOL mineur sur SOL majeur).
Avec une bonne oreille, cela donne
des chorus mélodiques intéressants mais avec
peu de possibilités d'évolution.J'ajoute que
les gammes pentatoniques sont employées également
dans le Jazz Moderne mais d'une manière plus pointue,
le meilleur exemple étant John Scofield dans les
enregistrements qu'il a réalisés avec Miles
Davis. Pour conclure, je dirais que Jazz et Blues sont irrémédiablement
liés et donnent au musicien des bases indispensables
pour s exprimer dans tous les styles.
- Jean Bonal
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