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Interview Dr John - Vaudou man
Je pense que le secret n'est pas un
élément fondamental, de toute façon cette
culture est un mélange avant tout, elle s'est nourrie de
traditions différentes pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui,
si bien que le vaudou de la Nouvelle Orléans na pas
grand chose en commun avec la façon dont on le pratique
aux Caraïbes.
"Anutha zone"...C'est avec ce nouvel album
que Dr John signe son retour parmi nous, un album où se
mélangent avec bonheur son style louisia-nais propre et
des sonorités plus modernes, auxquelles contribuent les
nombreux invités (Primal Scream, Portishead, etc..). Mais
bien sûr, on retrouve avec bonheur cette ambiance si particulière
teintée de vaudou et de spiritualité. Dr John est
bien là, libéré (apparemment) de ses vieux
démons (façon de parler) définitivement passé
du côté des sages...C'est au festival de Cognac que
nous avons eu l'honneur de nous entretenir en exclusivité
avec Dr John pour une discussion sans tabous autour de son sujet
favori. Qui mieux que lui pouvait nous parler du vaudou?
Blues Magazine : Dr John, la Louisiane
fête cette année son tricentenaire... Avez vous des
ancêtres français?
Dr John : Ma famille ne vient pas de
Nouvelle Orléans en réalité,.. Ils se sont
établis là-bas au début du siècle
je crois. J'ai bien peur de ne pas en avoir !
Blues Magazine : Votre album "Gris ~
Gris " de 1967 évoque particulièrement le vaudou,
cette dimension interculturelle de la vie à la NouvelIe
Orléans. Actuellement ce culte y est-il encore vivant,
au niveau spirituel, comme élément du folklore ou
comme source d'inspiration musicale ?
Dr John : Cela a toujours été
une source d'inspi-ration pour ma musique en tout cas...Je pense
que beaucoup de gens à la Nouvelle-Orléans n'en
parle pas. La Nouvelle Orléans est telle ment multi-culturelle
maintenant que l'on trouve toute sorte de culte dont certains
provoquent encore un phénomène de méfiance
pour la masse. De toute façon, tel le christianisme ou
le judaïsme par exemple, les pratiques religieuses sont faites
de façon privée sans réel mélange
en dehors de la communauté qui partage ton culte. Tout
au plus en ressent-on l'atmosphère à la Nouvelle-Orléans
mais tout cela reste assez secret.
Blues Magazine : Le secret est-il justement
un élément si déterminant dans la culture
vaudou ?
Dr John : ]e pense que je secret
n'est pas un élé-ment fondamental, de toute façon
cette culture est un mélange avant tout, elle s'est nourrie
de traditions différentes pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui,
si bien que le vaudou de la Nouvelle Orléans n'a pas grand
chose en commun avec la façon dont on le pratique aux Caraïbes.
Le secret autour de cette culture s'est établi naturellement
à cause du phénomène de rejet qu'elle entraîne
aux Etats-Unis, la ségrégation y a joué aussi
un rôle important... On voit que dans un contexte différent,
j'en reviens aux Caraïbes, aucune barrière ne se dresse
à la pratique de cette religion, cette culture est tellement
ancrée dans l'histoire de ce peuple...Les choses sont différentes
aux Etats-Unis, le passé n'est pas le même.
Blues Magazine : Pour vous, quelle est
la signification profonde de ce culte ?
Dr John : Je vais te raconter quelque
chose de troublant.. A la Nouvelle Orléans nous avons une
des plus vieilles communautés indiennes qui, étrangement,
est très imprégnée par le vaudou, le vaudou
«Choctaw», celui dont je fais parti... Quelqu'un a fait
des travaux de recherche récemment qui viennent d'aboutir,
il dit que le nom et la symbolique de «Choctaw» revient
dans la population indienne depuis 700 ans ! Le culte vaudou d'origine
africaine est le culte «Chak-we», c'est marrant la similarité
des deux noms, et c'est là qu'on s'aperçoit que
tout est lié car la signification de «Choctaw»
est «par la grande mer» alors que celle de «Chak-we»
est «par la petite mer»
Le vaudou aurait atterri
en Amérique par la grande mer ! Mais Dieu seul sait comment...
Voilà ce que disent les recherches de cet homme, c'est
étrange, non ? Ca me conforte dans l'idée que les
Gris-Gris sont partout, en Louisiane, à Londres, à
Paris
C'est quelque chose que l'on porte tous en nous.
Blues Magazine : A votre avis, est-ce
que le professeur Longhair partageait cet intérêt
pour les Gris-Gris ? Etait-ce une source d'inspiration musicale
pour lui ?
Dr John : Non, non je ne pense pas...
Je sais qu'il s'entendait bien avec certaines personnes impli-quées
dans le vaudou, ça c'est certain. Je pense que certains
thèmes qu'il abordait dans ses chansons, comme le diable,
le mal par exemple, allaient au delà de la culture vaudou...
Ce sont les thèmes d'un homme profondément
conscient du dysfonctionnement d'un système, le système
américain de l'époque, la ségrégation,
les mouvements d'émancipation des communautés noires
qui se heurtaient au rejet des autres. Cela dépasse le
cadre du vaudou et de la Nouvelle Orléans, vraiment. Je
ne suis peut être pas le mieux placé pour te répondre,
c'est simplement l'idée que j'en ai...
Blues Magazine : Est-ce que les fêtes
du Mardi Gras à la Nouvelle Orléans comportent des
éléments, des souvenirs du vaudou dans les décors,
les déguisements ou par exemple des jets de colliers à
la foule ?
Dr John : Rien de ce qui concerne les
Gris-Gris n'a lieu le jour de Mardi gras... Il y a une journée
dans l'année ou tout ce qui touche de près ou de
loin au vaudou s'exprime librement dans les rues, c'est ce qu'on
appelle le «Monday gras». Mardi gras est une simple
fête alors que le Monday gras est beaucoup plus spirituel
même si il y a aussi quelques exubérances
Il
y a beaucoup de folklore lors du Monday gras, c'est très
festif mais pas de jets de colliers à la foule (rire).
Blues Magazine : Votre autobiographie
«Under a hoodoo man - The life of Nite Tripper» (parue
en 1994 aux USA) va t elle être traduite en français
?
Dr John : heu, je sais pas en fait
Tu
sais certaines personnes voulaient qu'elle soit traduite en grecque
! J'aimerais bien qu'elle soit traduite mais c'est plus une histoire
entre une maison d'édition et une tierce personne, ça
ne relève pas vraiment de moi.
Propos recueillis
par Thomas Puyregner
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