Influencé
par Blind Lemon Jefferson et Texas Alexander, T. Bone Walker
a su merveilleusement bien allier le blues du Texas et les orchestrations
sophistiquées des big bands de jazz.
Il est considéré à
la fois comme le premier bluesman moderne, un fabuleux virtuose
de la guitare, un excellent compositeur et un des grands ambassadeurs
du Blues en Europe.
T. Bone Walker a permis à deux styles,
blues et jazz, qui jusqu'alors évoluaient parallèlement,
de mutuellement s'enrichir et, de fait, de s'adresser à
un plus large public. Le mariage de ces deux sensibilités
musicales ne pouvait pourtant réussir que si celui
qui l'entreprenait était à la fois un compositeur
et un instrumentiste de talent, c'est à dire un créateur
doublé d'un soliste d'envergure, capable de dépasser
par le feeling l'exactitude métrique d'une portée
musicale. Compositeur surdoué, dont bien des titres
ont nourri le répertoire de générations
d'artistes - citons " Call It Stormy Monday " qui deviendra
par la suite " Stormy Monday Blues ", pour s'en convaincre!...
Il fut l'un des tout premiers guitaristes à bénéficier
de l'amplification, privilège qu'il partage avec Eddie
Durham et Charlie Christian.
Il fut également un ambassadeur
de la musique noire-américaine puisqu'il a participé
en 1962 à la première tournée de l'American
Folk Blues Festival en Europe. Ce festival créé
par deux allemands passionnés de jazz, Horst Lippmann
et Fritz Rau aura largement contribué au succès
du blues en Europe. Cette première tournée de
l'A.F.B.F. comprenait également : John Lee Hooker,
Memphis Slim, Sonny Terry et Brownie Mac Ghee, Willie Dixon,
Shakey Jake, Helen Humes .
Redonner une dimension nouvelle au blues,
développer des arrangements réservés
jusqu'alors aux musiciens de Jazz, créer une forme
de Blues qui deviendra
le Blues californien telles ont été les grandes
victoires d'Aaron Tibeaux Walker.
Fils unique de Rance Walker et de Movelia
Jimerson (petit-fils d'une cherokee), Aaron Tibeaux Walker
est né à Linden (Texas) le 28 mai 1910.
La famille Walker s'installe à Dallas
en 1912. Très tôt, T. Bone - surnom qui dérive
très certainement de l'expression créole " p'tit
beau " ou " tit beau " - s'intéresse à la musique.
Il chante dans les offices religieux de l'Holy Ghost Church.
C'est son beau-père, Marco Washington, qui l'initie
à la pratique d'instruments. Il étudie la guitare
dès l'âge de 13 ans, puis le ukulele, le banjo,
le violon, la mandoline et enfin le piano. Très vite
T. Bone se passionne pour le blues, Leroy Carr, Scrapper Blackwell
et Lonnie Johnson. Ce dernier étant le premier guitariste
à jouer note par note et non en accords. Mais sa plus
forte influence est Blind Lemon Jefferson qu'il connaît
personnellement et à qui il servira de guide. Avec
comme conseiller Blind Lemon, T.Bone Walker progresse rapidement,
si bien qu'en 1924 il entre comme chanteur, danseur et instrumentiste
dans le Medecine show du docteur Breeding. Deux ans plus tard,
il rejoint l'orchestre d'Ida Cox et en 1929, il enregistre
son premier disque sous le nom d'Oak Cliff T. Bone sur le
label Columbia.
Après différentes interventions
dans les orchestres de Cab Calloway, Coley Jones et Lawson
Brooks, T.Bone décide de passer à la vitesse
supérieure. On le retrouve au côté de
Ma Rainey et en 1934 il quitte Dallas pour s'installer à
Los Angeles. Ce départ pour la Californie marque un
tournant décisif dans la carrière de T. Bone
walker. Il épouse en 1935 Vida Lee qui deviendra son
impresario. L'amplification va permettre à de nombreux
guitaristes de pouvoir s'exprimer en tant que soliste au même
titre que les cuivres. Cette révolution suscitera bien
des vocations et permettra à la guitare d'être
l'instrument le plus important de la musique populaire américaine
à partir de la seconde guerre mondiale.
En 1940, il entre dans la formation de
Lee Hite, avec laquelle, il enregistre " T. Bone Blues ".
Les années 40 marqueront pour T. Bone Walker sa consécration,
en effet, durant ces années il va collectionner les
succès. Le plus célèbre d'entre eux étant
" Call It Stormy Monday " (" Stormy Monday Blues ") qu'il
enregistre en 1947 sur le label Black and White. La décennie
suivante sera également marquée par une très
grande richesse artistique, T.Bone saura s'entourer de musiciens
de talent comme le guitariste de Jazz Barney Kessel et les
Bluesmen Junior Wells et Jimmy Rogers.
Bien qu'il ait dû un temps se reposer
à Los Angeles suite à un ulcère qui devait
aboutir à l'ablation des deux tiers de l'estomac, T.
Bone n'abandonnera pas le monde musical. C'est ainsi qu'il
sera présent en 1962 dans la tournée européenne
de l'American Folk Blues Festival, expérience qu'il
renouvellera en 1968. Cette dernière tournée
lui donnera l'occasion d'enregistrer en France pour Polydor
l'album " Good Feelin' " avec lequel il remportera deux ans
plus tard le prix de la National Academy of Recording Art
and Sciences.
Amoindri par son opération de l'estomac
et atteint de tuberculose, T. Bone Walker entrera au Vernon
Convalescent Hospital de Los Angeles. Il s'éteindra
des suites d'une broncho-pneumonie, le 18 mars 1975.
Ainsi s'achève l'histoire d'un créateur
surdoué ...