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BIG BILL BROONZY
Guitariste virtuose et fondateur du Blues
urbain, il a su donner au Delta Blues l'incomparable richesse de
l'émotion et de lui l'image du « dernier chanteur
de blues vivant ».
« De grâce ne dites pas que je suis
un musicien de jazz. Non, ne dites pas que je suis un musicien
ou guitariste - écrivez simplement ceci : Big Bill était
un chanteur et interprète de blues bien connu, et il a
enregistré deux cent soixante chansons de 1925 à
1952 ; c'était un homme heureux lorsqu'il avait bu un verre
de trop et lorsqu'il s'amusait avec des femmes... » Extrait
de Big Bill Blues - (Ludd, Paris 1987).
Big Bill Broonzy de son brai nom : William
Lee Conley Broonzy est né probablement le 26 juin 1898
à Scott - Mississippi. Il est resté marqué
par ce qu'avait été l'esclavage dans les Etats du
Sud, et notamment dans le Mississippi et l'Arkansas où
il avait passé les premières années de sa
vie, et où il s'était toujours fait un point d'honneur
à retourner, la vie de Big Bill Broonzy symbolise le blues,
dans ce qu'il a de tragique et déchirant, parce qu'il a
été l'expression d'une communauté soumise
aux lois du plus fort, mais aussi dans ce qu'il a de foncièrement
ironique, voire heureux. Big Bill Broonzy avait une vision réaliste
d'un monde dur, injuste et souvent méprisable, son Blues
était en quelque sorte le reflet de la vie de la communauté
noire. Un Blues chargé d'espoir, car Big Bill Broonzy était
animé par le désir de montrer que malgré
les maux et les douleurs, rien n'était inéluctable
et surtout que la musique, le Blues, pouvait guérir de
tous les maux.
La musique, c'est à Pine Bluff dans
l'Arkansas que Big Bill Broonzy s'y intéressa pour la première
fois. Une anecdote nous raconte qu'il n'avait que dix ans environ
lorsqu'il a fabriqué avec des boites, un violon pour son
copain Louis Carter et une guitare pour lui-même. Vers 1918
c'est en qualité de violoniste qu'il obtint ses premiers
contrats dans les clubs de l'Arkansas.
Au milieu des années vingt, Big Bill
Broonzy quitte ses Terres du Sud pour Chicago.La Cité où
le jazz règne en maître. D'autres artistes, avant
lui, se sont établis dans la « Windy City » mais
s'éloignant de leurs racines ils se sont adaptés
et tournés vers le Jazz, en vogue à cette période.
Rien de cela pour Big Bill Broonzy, son choix était tout
autre, il s'appelait le blues. Il apprit la guitare - vite et
bien, obtint l'opportunité d'accompagner des artistes déjà
de renom dans le milieu du blues comme Charlie Jackson et plus
tard la chanteuse Lil Green. Big Bill Broonzy a joué un
rôle prépondérant dans l'évolution
et la reconnaissance universelle du blues. Il a été
l'un de ses tout premiers ambassadeurs, et a eu la grandeur de
faire connaître le blues dans le nord.
Fidèle à ses origines, Big Bill
Broonzy l'est toujours resté. Il était un chanteur
et un guitariste de blues. Les thèmes autour desquels il
s'exprimait et qu'il devait enregistrer dès la fin des
années vingt, témoignaient sans ambiguïté
de son attachement aux traditions musicales du Sud. Des thèmes
qui concernaient exclusivement le Mississippi, l'Arkanses, le
Texas ou encore la Louisiane, mais aussi le rôle fondamental
accordé à la guitare par l'écrasante majorité
des musiciens Blues. Avec et grâce à Big Bill Broonzy
le Delta blues était parti à la conquête des
cités industrielles du Nord.
Devenu l'un des musiciens les plus populaires
du Chicago Blues, il enregistrera et gravera près de trois
cents titres en vedette et autant en accompagnateur. Big Bill
Broonzy était devenu l'un des musiciens incontournables
de l'histoire du Blues. Il a eu une influence considérable
sur le monde du blues et a été l'un des premiers
à enregistrer dans les Etats du Nord. Ainsi il a largement
contribué à la naissance du Blues urbain. A partir
du Delta Blues, il a façonné un Blues qui reflétait
les préoccupations ou les espoirs d'une communauté
noire depuis peu urbanisée. Le Bluebird Beat (le blues
enregistré chez Bluebird de Lester Milrose ) dont il était
l'un des principaux fondateurs, n'était autre qu'une adaptation
« sophistiquée » du Delta Blues. Mais cette adaptation
devait se transformer en rupture lorsque les cuivres, les rythmes
« jazzy » se substituèrent aux seules «
incantations » du blues de Delta. La démarche que
Big Bill Broonzy a eue, est comparable à celle de Muddy
Waters au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'un et l'autre
ont cherché « et réussi » à faire
évoluer le blues. Big Bill Broonzy en explorant de nouvelles
voies que celles empruntées par Charley Patton, Robert
Johnson ou Big Joe Williams, Muddy Waters en revenant au Blues
du Delta qu'il a su toutefois moderniser.
L'action de Big Bill Broonzy ne se limita pas
aux seules frontières de l'Amérique. Grandissime
fut la tâche qu'il accomplit en Europe et plus particulièrement
en France au début des années cinquante. Soutenu
à cet égard par le grand spécialiste français
Hughes Panassié , Big Bill Broonzy a oeuvré et a
permis au Blues de se faire apprécier sur le vieux continent.
A de rares exceptions près, la musique de Charley Patton,
Robert Johnson ou encore Big Joe Williams, était considérée
comme mineure et n'avait fait que participer à la naissance
du jazz. Encore fallait-il, qu'elle soit connue !
Les critiques eux-mêmes ne l'appréciaient
pas autrement, convaincus qu'ils étaient que le Blues n'avait
pas évolué, qu'il restait une musique jugée
encore primaire et archaïque. Big Bill Broonzy allait donc
s'attacher à mettre les choses au point, se produisant
dans les clubs parisiens à partir de 1951, enregistrant
abondamment et tournant dans tous les pays européens. Il
allait prouver que le Blues avait bel et bien évolué.
Qu'il était différent du Jazz, de par ses harmonies
et ses rythmes spécifiques. Jouant le Blues originel, «
le Country Blues », Big Bill Broonzy allait s'attacher à
démontrer que le Blues demeurait la musique de l'émotion
et qu'il n'avait rien perdu de son authenticité des débuts.
Il allait même jusqu'à donner de lui l'image du «
dernier chanteur de blues vivant ». Une double leçon,
bientôt retenue par de nombreux musiciens qui allaient chercher
à s'attirer les clameurs européennes et qui allaient
abandonner le Blues moderne électrique pour revenir au
Country Blues acoustique.
Ainsi donc Big Bill Broonzy était un
novateur. Bien avant Muddy Waters et les artistes du Chicago Blues
moderne il chantait bien évidemment mais là n'était
pas sa force. Big Bill Broonzy était un créateur
et un guitariste. Il a été un grand compositeur,
pour lui-même, mais également pour bien d'autres
artistes. En arrivant à Chicago dans les années
vingt, sa musique caractéristique allait élargir
les frontières du blues. Il introduisit une nouvelle notion
qui sortait de l'ordinaire à cette époque. La musique
n'était plus le fait que d'un seul musicien comme c'était
le plus souvent le cas, mais d'un orchestre comprenant parfois
un batteur. Alors cette nouvelle notion de « groupe »
imposait des arrangements plus complexes et plus travaillés
que ceux du Country Blues. Big Bill Broonzy s'est également
attaché à renouveler le jeu de la guitare. Virtuose
qu'il était au « Fingerpicking », Arpèges
qui permettent de jouer la rythmique avec les cordes basses et
la mélodie avec les cordes aiguës, il excellait surtout
dans le « Flat-Picking », une façon de jouer
note par note vraisemblablement introduite par Lonnie Johnson
et Charlie Christian. Comme le précise Gérard Herzhaft
dans son encyclopédie du blues « Seghers, 1990 »
: « la fluidité de son doigté et de son style
de guitare, particulièrement inventif dans la gamme de
Do, imité abondamment, dominent le blues jusqu'à
la Deuxième Guerre mondiale. Son seul rival reconnu alors
est un autre grand innovateur, Lonnie Johnson. »
Big Bill Broonzy a été l'un des
maîtres du blues les plus respectés par les musiciens.
Les plus grands artistes du genre, qu'ils soient chanteurs ou
guitaristes : Washbord Sam, Jazz Gillum, John Lee Sonny Boy Williamson,
Memphis Slim et même Muddy Waters lui doivent beaucoup.
Il a fait connaître et apprécier le blues à
un public qui jusqu'alors n'en avait guère entendu. Des
années vingt à la fin des années cinquante,
il s'est attaché à populariser le Blues avec comme
seul credo une meilleure connaissance du Blues. De prestations
dans les clubs, en concerts, d'enregistrements, en séances
studio, de Chicago, à l'Europe, Big Bill Broonzy était
reconnu comme l'une des très grandes stars et rares stars
du blues. Mais lui-même ne se définissait que simplement
comme un chanteur et guitariste du Country Blues. La disparition
de Big Bill Broonzy est survenue le 15 Août 1958 à
Chicago, des suites d'un cancer. Pour le public européen,
Big Bill Broonzy avait l'image du musicien solitaire, ancré
dans la tradition du Blues rural. Pour la majorité des
américains, ce n'était qu'un Bluesman de plus qui
venait de disparaître !
Emmanuel Roze
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Discographie « Les Indispensables » :
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Big Bill's Blues (Portrait)
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Big Bill Broonzy, 1932-42 (Biograph)
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The young Big Bill (Yazoo)
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Do that guitar rag (Yazoo)
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