Edito
Enfin l'automne !! La pluie, le froid qui se
réinstalle pas à pas, les petits chefs qui s'acharnent
à nouveau sur vos os au travail. Quelle joie de retrouver tout
cela après deux ou trois semaines passées à se
prélasser honteusement, et à profiter de la mer et du
soleil
Je vais arrêter là mon propos pertinent, car sans bien
comprendre pourquoi, divers objets arrivent dans ma direction, et visiblement
pas de manière amicale
Depuis longtemps, nous avions envie de faire ce numéro
consacré aux Bluesmen hexagonaux. C'est donc avec un petit pincement
au cur que nous vous le présentons. Fabienne Lenglet et
Christian Casoni ont mis tout leur cur, leur savoir et leur énergie
à la réalisation de ce projet.
Je sais que pour beaucoup, l'interprétation du Blues par des
musiciens français relève de la quadrature du cercle.
Comment des Français peuvent-ils comprendre une musique née
d'un contexte économique et social qui ne fut jamais le leur
?
De fait, peu de musiciens ont réussit, en France, à assimiler
l'idiome du Blues. De plus, tous ou presque sont des "Enfants du
Rock". Comme nous tous d'ailleurs. Avant de se sentir transcendés
par la voix de stentor et les effets de glissendo de Muddy Waters ou
le boogie sauvage de John Lee Hooker, tous sont tombés dans les
bras d'Elvis Presley ou des Rolling Stones. Mais ceux-la ne sont-ils
pas les rejetons naturels des Bluesmen Afro-Américains ?
Et puis, au risque de me répéter grave de chez grave,
la force du message délivré par le Blues est d'être
universelle. La musique fait partie de ces très rares choses
capables de briser les barrières raciales et sociales.
Albert King lui-même ne tient pas un autre propos lorsqu'il interprète
Blues Power, et affirme que tout le monde a eu un jour le Blues.
Pour certains, les Bluesmen français ont un double handicaps.
Ils sont blancs et tentent bien souvent de s'exprimer dans la langue
de Molière. Ils n'en sont à mes yeux que plus méritants.
Lorsque l'on est Français et que l'on joue du Blues, il faut
avoir une sacrée foi dans ce que l'on fait, ainsi que beaucoup
de persévérance et d'abnégation. Sans oublier le
grain de folie indispensable, car les obstacles ne manquent pas sur
la route de la reconnaissance et de la notoriété. Si tant
est qu'elles arrivent un jour
Life is Bitch
Merci à vous, Messieurs, de permettre à cette musique
que nous aimons tous, de se régénérer et de continuer
à vivre.
A tout seigneur tout honneur, c'est avec Benoît
Blue Boy que nous allons tenter d'illustrer notre propos.
Benoît aura été le précurseur, le premier
passeur, celui qui va transmettre le virus à une poignée
d'apôtres, dont Patrick Verbeke, et poser les bases de ce qui
va devenir le French Blues. Certes, il n'a connu ni la ségrégation
régnant dans le sud des Etats Unis jusqu'à la fin des
années 60, ni le fait de faire partie d'une minorité opprimée
dont le lourd passé a laissé des cicatrices indélébiles.
Toutefois, comme quelques autres après lui, il a parfaitement
saisit l'universalité et la profondeur du message. Son humour,
son talent de musicien et sa plume acérée feront le reste.
Bonne lecture, et à dans trois mois
Dans tous les bons kiosques à journaux !!!
Patrick Guillemin