De son vrai nom Morris Holt, Magic
Slim est né le 7 août 1937 à Granada (Mississippi).
Solide pilier du West Side de Chicago il garde en lui les racines
du sud profond qui en font un des derniers grands bluesmen traditionnels
dénué de toute démonstration technique.
C'est en 1965 qu'il s'installe à Chicago
et s'associe à Magic Sam. Il rejoint ensuite l'harmoniciste
Slim Willis avant de fonder «The Teardrops». Chanteur
à la voix puissante et légèrement voilée,
guitariste peut-être un peu limité mais fabuleux
dans les Blues lents, ou toute la souplesse et l'expressivité
de son jeu est toujours très remarquée. Après
avoir enregistré un 45t «love me baby», Magic
Slim grave un premier album live en 1975 «Born on a bad
sign» (Storyville). Le succès de cet album lui permet
d'accomplir une tournée en Europe. On le retrouve par
la suite sur l'anthologie «Living Chicago Blues» (Alligator).
Disque après disque Magic Slim continue à s'imposer
et à délivrer un Blues «lown down»,
authentique et efficace qui lui assure une réputation
internationale.
Blues Magazine : De Morris Holt à
Magic Slim, quel a été ton parcours ?
Magic Slim : A
17 ans, je suis parti du Mississippi où je travaillais
dans les plantations de coton pour Chicago. Le Mississippi était
devenu un lieu trop difficile pour y vivre. Quand j'étais
dans le Mississippi je ne jouais pas vraiment de musique, c'est
à Chicago que j'ai réellement commencé.
Blues magazine : D'où vient ce nom
: Magic Slim ?
Magic Slim :
C'est Magic Sam qui me l'a donné lorsque j'ai commencé
à jouer avec lui : «Slim» vu que j'étais
grand et mince et «Magic» car je jouais à la
fois de la guitare et de la basse.
Blues magazine : As-tu commencé par
la basse ou la guitare ?
Magic Slim :
Ni l'un ni l'autre, j'ai en réalité commencé
par jouer du piano, mais j'ai été blessé
et j'ai du arrêter. J'ai eu un doigt coupé à
cause d'une machine agricole utilisée dans les plantations
de coton.
Blues magazine : Peux-tu nous parler de la
période où tu jouais avec Magic Sam?
Magic Slim :
Je n'ai pas vraiment été embauché par Magic
Sam, je traînais avec lui, on faisait le boeuf. Magic
Sam était un ami très proche, nous avons même
été à l'école ensemble.
Blues magazine : Pourquoi avoir choisi le
nom de «Tearsdrops» (larmes) pour ton groupe ?
Magic Slim :
Parce qu'il pleure tout le temps (rires...).
Blues magazine : Est-ce que le groupe est
composé des mêmes musiciens depuis sa fondation
en 1967 ?
Magic Slim :
Mon frère est avec moi depuis le début (Nick Holt/basse)
et j'ai deux autres musiciens qui nous ont rejoints depuis :
Michael Dotson à la guitare et Allen Kirk à la
batterie.
Blues magazine : Dans les années 40
tu travaillais dans un champ de coton, dans les années
70 tu jouais à Chicago ...
Magic Slim :
Je ne jouais pas vraiment, j'essayais de jouer un peu partout
dans le «Southside»
Blues magazine : En 1998, où puises
tu ton inspiration, as tu encore une raison de chanter le Blues
?
Magic Slim :
Le Blues c'est quelque chose que tu as en toi ... j'ai encore
toutes les raisons de le jouer.
Blues magazine : Qu'aurais tu fait si tu
n'avais pas été musicien ?
Magic Slim :
Je travaillerais dans le batiment. C'est ce que je faisais d'ailleurs
jusqu'au jour où j'ai choisi de jouer du Blues à
plein temps.
Blues magazine : Si tu avais vingt
ans aujourd'hui ...
Magic Slim :
(Silence), je n'en ai aucune idée...
Blues magazine : Y a t'il d'autres styles
de musique qui t'attire ?
Magic Slim :
Non, seul le Blues m'intéresse. J'ai essayé de
jouer du Bluegrass et de la Country mais je ne le sentais pas.
Je suis revenu au Blues.
Magic Slim se met à chanter : «My
baby left me, I'd really love to see his woman, but this woman
don't love me and ...» c'est ça que je sens et que
je veux chanter.
Blues magazine : Qu'attends tu d'une tournée
française et européenne ?
Magic Slim :
J'aime beaucoup venir en Europe, je suis déjà
venu dans les années 70 et il y a deux ans je suis venu
trois fois de suite dans la même année pour Black
and Blue. J'aime voyager, j'aime jouer du Blues et j'aime gagner
de l'argent donc je continue...
Interview réalisée
par Régine Charles et Frank Tepper
festival « Banlieues Bleues» le 18 mars 1998
Discographie
:
Parmi les nombreux enregistrements de Magic
Slim nous retiendrons :
- Highway is my home (Black & Blue)
où il est associé
à l'excellent Alabama Jr. Pettis.
- Gravel Road (Blind Pig).
- The Zoo bar collection qui retrace en
cinq volumes live
toute l'énergie de Magic Slim
Vol 1 - Don't tell me about your troubles,
Vol 2 - See what you're doin' to me,
Vol 3 - Teardrop,
Vol 4 - Spider in my stew
Vol 5 Highway is my home (Wolf)
- Alone & Unplugged (Wolf) ou nous
découvrons Magic Slim en acoustique.