Les échos des concerts et festivals
 

Le 6° Blues passions Cognac
29, 30, 31 Juillet & 1 Août 1999

 

En Mai dernier, je me suis retrouvé par hasard avec un pré programme du Festival Blues Passions 1999 entre les mains et j'ai bavé d'envie d'y aller. L'affiche était prometteuse : 35 concerts de prévus et pas des moindres : de Buddy Guy à Doctor John en passant par Syl John-son, Big Lucky Carter. Lucky Peterson, Eugène "Hideaway" Bridges et autre Otis Grand. En plus Cognac était sur la route des vacances, alors le 29 Juillet dernier, j'ai quitté mon boulot à midi, couru jusqu'à Montparnasse, sauté dans un train direction Angoulême pour arriver tranquillement à Cognac en fin d'après midi.

Cognac est une petite ville et on s'y dépla-ce facilement entre les différentes scènes, l'hôtel ou le camping et la gare...Je rejoins donc rapidement  le  village  Passions,  situé  en  plein centre dans un jardin public propice aux promenades bucoliques, et sa scène principale en face de laquelle se trouvent les bars, stands d'exposi-tions des artisans, tripiers et de Blues Magazine.

Le premier concert sur la grande scène était celui de Dana Gillepsie, chanteuse britannique ayant accompagné Bowie et Magic Slim, et dont je n'avais jamais entendu parler. j'ai suivi le concert de loin et le Rythm'n' Blues de Dana Gillepsie ne m'a fait ni chaud ni froid. Un concert sans gros frisson et pas du tout marquant. En fait, j'atten-dais surtout Buddy Guy qui allait ouvrir pour de bon le festival. Gillepsie éclipsée, Buddy Guy arri-ve et ouvre par un "I just want to make love to you" des mieux sentis, descend dans le public dès le deuxième morceau et embraye cash sur "Sweet Home Chicago". Le public suit facilement mais Buddy Guy met alors plus en avant son côté de showman que de musicien. Gros admirateur de Buddy Guy, j'attends beaucoup a chacun de ses concerts. Je suis resté un peu sur ma faim, car Buddy a donné un bon, voire très bon concert, mais pas un de ses meilleurs concerts. Eh ou on devient exigeant...Buddy Guy a donc ressorti ses artifices classiques en jouant "a la manière de..." John Lee Hooker, Muddy Waters, Clapton et Hendrix ou avec baguette de son batteur Ray "Killer" Allison. Buddy a toujours une voix et un jeu de guitare extraordinaire et un feeling hors du com-mun, mais j'aurais aimé qu'il termine un peu plus ses morceaux plutôt que d'enchaîner des meed-leys sur des bases de "Sweet Black Angel" ou "Feels like rain, où il fait d'ailleurs chanter cer-taines demoiselles, en descendant de nouveau de la  scène. Le  concert  s'achève  avec  de très bonnes versions de "Damn'right l've got the Blues" et "Ain't that loving you". Buddy et son groupe bien rodé ont finalement enthousiasmé un public venu en nombre, mais les fans ultimes attendaient un peu plus.

Nous filons ensuite au West Rock voir Paul Lamb and the Kingsnakes. Le West Rock propose un concert officiel chaque soir et des bœufs jusqu'à tôt le matin. Egalement au programme du West Rock : dégustation de Cognac tonic (2 cl de Cognac et compléter avec du Schweppes), taux de remplissage de la salle d'au moins 100% (300 a 350 personnes) et chaleur ambiante élevée. J'avais déjà vu Paul Lamb à Toulouse trois ans auparavant et leur concert m'avait enthousiasmé. Je n'ai pas été déçu non plus à Cognac : toujours avec la même formation solide, Paul Lamb délivre une musique précise, alternant habilement les morceaux Swing et blues authentiques.

Couché tard et levé pas trop tôt, je rejoins le stand de Blues Magazine le lendemain en début d'après midi. Nous avons alors la chance (comme tous ceux qui le désirent, l'accès au village Pas-sions étant libre jusqu'à 18H30, début des concerts payants) de voir et d'entendre pendant presque deux heures Syl Johnson, en short et che-mise hawaiienne, venu préparer la balance de son concert du soir qui s'annonce très bien. En fait à Cognac, l'ambiance est vraiment chaleureuse et n'importe qui a la possibilité de faire des ren-contres avec les musiciens qui mangent au resto en même temps que les spectateurs. déambulent dans les allées du festival, dédicacent leurs disques sur les stands des exposants ou tapent des boeufs chez les luthiers. On peut les croiser n importe où ces zicos. Dans l'ascenseur et les couloirs des hôtels, en train de donner une inter-view à la réception de ces mêmes hôtels et certains se sont même retrouvés dans une pièce de cinq m2 en tête à tête avec Doctor John ! Je passe quelque temps au vernissage de l'exposition de Patrick Delaunay, m'attarde dans quelques bars et au Tonic Magic, où les concerts sont gratuits et plutôt bons, et file voir Janice De Rosa. Janice De Rosa nous emmène pour un voyage des Etats- Unis en Afrique. De Rosa chante un Afro - Blues sincère qu'il ne faut pas chercher à comparer à une référence. J'aime beaucoup la musique Africaine traditionnelle et l'ai trouvé l'association entre la kora et sa voix originale et intéressante. De Rosa respecte les traditions tout en apportant quelque chose de nouveau. Janice a donné un concert chaleureux et est parvenu à accrocher le public alors qu'on est loin de jouer un Blues traditionnel. Le festival de Cognac a su s'affranchir des barrières musicales, en proposant des concerts de style varié, et c'est tant mieux !

Syl Johnson confirme ensuite ce qu'on avait entendu lors de sa balance. Quelle voix ! Syl Johnson, en pantalon et chemise noirs, conduit son groupe de façon magistrale et alterne les reprises ("You don't have to go" de Jimmy Reed) et ses propres compositions ("Take me to the river", "Keep on loving me", etc.).  Bref,  un  très  bon  concert  de Rythm'n'Blues, Blues et Soul music et également une très grosse prestation de Will Crosby, gui-tariste de Syl Johnson. Nous voyons ensuite, Place François 1er, la fin du concert de Franck Ash qui a fait un tabac. Franck Ash s'affirme être, à mon avis, le meilleur Bluesman de l'hexagone. Nous finissons au West Rock jusqu'à 6H00 du mat' pour un bœuf génial avec la section rythmique de Janice De Rosa (basse et batterie), les musiciens de Syl Johnson, nos Bluesmen nationaux, Greg Szlapczynski (harmoniciste virtuose), Miguel M

Samedi, j'ai travaillé dur pour Blues Magazine : Conférences de presse de Big Lucky Carter et de John Mooney, interview de Syl Johnson. Quel travail éprouvant. Pendant que certains partaient pour une croisière musicale sur la Charente en compagnie de Kelly Joe Phelps, je suis allé écouter Keith Brown, que j'avais vu également trois ans auparavant à Toulouse. Keith Brown reprend Son House, Bukka White, Muddy Waters ou Robert Johnson et prouve encore qu'il est un très bon chanteur. Du très bon concert et Keith Brown peut même s'offrir le luxe de chanter a capella. Big Lucky Carter et ses jeunes musiciens vétérans investissent alors la grande scène et jouent les compositions du  dernier album "Lucky l3" et des reprises ("Mustang Sally", "What'd I say" de Ray Charles ou "My Baby"). Big Lucky termine sa prestation avec "Got my mojo working". Ce fut également un très bon concert, mais il est peut-être préférable de voir Big Lucky dans un club que sur une scène de plein air.

Seconde tête d'affiche de la soirée, Lucky Peterson a par contre donné un concert très décevant, pour moi le pire de tout le festival. Nous avons assisté à un show made in US, digne d'une finale de superbowl. Un aboyeur est chargé de chauffer la salle avant l'arrivée de L-U-C-K-Y P-E-T-E-R-S-O-N. Malheureusement, il n'y avait pas de pom-pom girls mais ce sera sans doute pour la prochaine fois. Lucky Peterson privilégie un show avec un très gros son pour arriver a accrocher la majeure partie du public. Quelle manque d'authenticité. Quel gâchis d'un potentiel pourtant énorme !

En revanche, au West Rock, John Mooney, super guitariste de slide, accompagné de sa section rythmique et du batteur de Doctor John en special guest, s'est donné à fond dans un concert de plus de deux heures de très bonne qualité.

Le Dimanche 1er Août était (déjà !) le dernier jour du festival et ce fut le meilleur. En fin d'après midi, au Tonic Magic, chapiteau dont les murs sont recouverts de miroirs, Otis Grand et son Big Blues Band ont donné un excellent concert, puissant et généreux. Le chanteur Ruben Tanner, qui remplaçait Brother Roy malade, a fait bonne impression. Otis reprend Freddy King et BB King de manière exceptionnelle. Quelle agressivité (contenue !) dans son jeu de guitare. Juste après, dans un autre genre, Kelly Joe Phelps, lui, joue seul, à l'aide d'une slide barre, sa guitare à plat. Ce fut une découverte épatante et enthousiasmante.

Sur la grande scène du théâtre de nature, Eugène "Hideaway" Bridges a confirmé qu'il est un fantastique musicien. Je l'avais découvert à Bagneux l'an dernier et ce fut, pour moi, la révélation du Bagneux Blues Festival. Si son jeu de gui-tare, au phrasé remarquablement construit, peut faire penser à BB King, sa voix nous rappelle Sam Cooke ou Otis Redding, Eugène  Hideaway Bridges a interprété des titres de son album "Born to be blue", des reprises de Sam Cooke et des meedleys sur des bases de "Bright lights, big cities" et "You don't have to go", Un très, très, très bon concert.

Doctor John, président d'honneur du festi-val, allait alors clore la 6ième édition du festival. Je l'avais entendu, pour la dernière fois, à Paris, à La Cigale et j'étais moyennement satisfait de ce concert, car la balance était mal faite et on n'en-tendait pas très bien, voir pas du tout le piano. Un concert gâché à cause d'un mauvais son. A Cognac ce ne fut pas le cas : Doctor John a joué un Blues Jazz New Orleans du meilleur niveau. Doctor John est un personnage et un pianiste hors du commun. Son groupe est exceptionnel, son batteur, monstrueux, a particulièrement mar-qué un des membres de Blues magazine mais, par respect envers sa famille, je ne vous dirais pas pourquoi. Quelles versions magnifiques de l'album "Going back to New Orleans" ! Bref une soirée de clôture terrible.

Le festival Blues Passions 99 a donc été un millésime de grande qualité et ce fut un succès. Au niveau des concerts, il n'y a pas vraiment de petites scènes et toutes les salles sont animées. Cognac, c'est également des stages de guitare et de chants (10 guitaristes, un chanteur et une chanteuse étaient présents cette année), des master classes avec Big Lucky Carter, Eugène "Hideaway" Bridges et John Mooney des exposants (luthiers, viticulteurs vous invitant à dégus-ter ,..du Cognac, libraires sympas, boutiques CD's à prix roudoudou.,), des conférences, un jeune label de production, etc. Plus de 5000 billets ont été vendus cette année et la ville s'anime et vit au rythme du Blues pendant 4 jours et dans les bars les concerts s'enchaînent non stop. En général, Cognac souhaite ne pas faire revenir les artistes déjà venus et on annonce donc déjà pour l'année prochaine la venue de Jonny Lang, Solomon Burke, Brian Setzer et un invité de marque dont on a rien voulu nous dire (Clapton ?l?'!). 

Michaël M. 



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