Le
Creusot du 29 juin au 2 juillet : un festival de 4 jours qui a démarré
sur les chapeaux de roue dès le premier soir et qui cest terminé
en apothéose
Pour la huitième année consécutive, le site industriel bourguignon
a vécu pendant ces quatre jours au rythme du Blues, du Gospel et de
la musique de Louisiane. Ce cycle commencé en 1992 avec Luther Allison,
Patrick Verbeke, a vu passer depuis de nombreux artistes parmi les plus
grands: Lucky Peterson, Bill Warton, Liz Mac Comb, Bernard Allison,
Roy Rogers, Screaming Jay Hawkins, Chris Lancry, Franck Ash. La version
2000 du festival permettra de prolonger cette longue liste de musiciens
et de groupes qui ont enchanté les fans de la musique du diable, ou
qui ont fait découvrir ce type de musique au public néophyte.
Lhonneur
douvrir le festival est revenu à Lisa Doby, une jeune chanteuse
originaire de Caroline du Sud qui a entraîné le public sur la voie du
Gospel et du swing. Sa voix sublime et poignante, très bien mise en
valeur par une formation légère (guitare, basse, percussions) a provoqué,
dans la chaleur de cette belle soirée dété, les premiers frissons
du festival. Andy J.Forest a pris le relais pour la deuxième partie
du spectacle pour propulser le public dans latmosphère de la musique
de Louisiane (harmonica, wash board, guitare). Andy J. Forest a des
qualités musicales et une énergie débordante qui ne sont plus à vanter,
puisquil a fait lobjet dun interview dans le numéro
17 de Blues Mag. La dextérité, la finesse et la pertinence des solos
de son guitariste Vezzano Antonio est à souligner. Le deuxième soir
était consacré au continent Africain avec tout d'abord Simple Men, formation
composée de Mansour et Jean Michel Evrard qui, bien que musiciens tout
ce quil y a de plus Européens, ont étonné lassistance par
des chants en langue Wolof et par des blues traditionnels.
Leur
a succédé ensuite sur scène Boubacar Traoré. Accompagné par Mama Sissoko
aux percussions, Boubacar a forcé le respect du public par sa simplicité
et son humilité. Sa voix, son style et ses accompagnements très sobres
à la guitare, conduisent à la poésie musicale, et à des mélodies quasi
hypnotiques. Avec Boubacar Traoré les spectateurs présents ont pu toucher
les racines du Blues. Mama Sissoko qui avait remplacé au pied levé le
percussionniste attitré de Boubakar Traoré, à animé ensuite la fin de
soirée avec son groupe. La formation a illustré une approche plus contemporaine
du Mali-Blues. Une soirée réussie dédiée à lAfrique, juste complément
à la partie aussi consacrée au Continent Africain dans le village des
exposants du Festival.
Le
lendemain, retour à la musique Cajun en début de soirée avec le groupe
Chère Alice qui ouvrait le spectacle (2 violons, guitare, basse et batterie).
Les musiques traditionnelles de Louisiane, qui ne sont pas sans rappeler
certains rythmes de notre folklore national, donnaient envie de gigoter.
Il manquait juste peut être un accordéon à la formation. Toutefois avec
Robert Szcudlarek, directeur artistique du festival, invité à monter
sur scène avec son accordéon diatonique par le leader de la formation
Alain Serres, le groupe Chère Alice a réussi à bien chauffer les 1500
à 2000 spectateurs venus écouter la vedette de la soirée : Nicoletta
accompagnée d'un chur de Gospel. Ce public na pas été déçu,
car le répertoire de la chanteuse prend une couleur réellement nouvelle
avec la présence de ce chur de Gospel irréprochable. Sans être
vraiment une vedette du Gospel ou du Blues, le spectacle de Nicolletta
s'intégrait bien à lambiance du festival.
Le
dernier soir, sport oblige, le début du spectacle était en compétition
avec la finale de lEuro 2000. Scatterbrain, groupe amateur vainqueur
du Trampoline Blues, qui commençait le spectacle en a fait quelque peu
les frais et cest dommage, car le groupe est bon. Tout dabord
(honneur aux dames), Stéphanie, la jeune bassiste possède une voix chaude,
séduisante, uvrant plutôt dans les médiums inférieurs, que beaucoup
de chanteuses envieraient. Ensuite, José, le batteur, est étonnant,
puisquil est aussi chanteur en même temps, et non pas sur des
accompagnements rythmiques tranquilles comme on peut le voir parfois,
mais au cours d'interventions très toniques (main droite, main gauche,
pied droit, pied gauche, et en plus la voix, le tout séparé mais en
parfaite coordination, voyez lexploit !). Enfin, le niveau du
guitariste-chanteur Stéphane saccordait tout à fait avec celui
de ses deux compères. On
comprend, en les écoutant sur leurs reprises de Willie Dixon,
des Beatles, quils aient été vainqueurs du Trampoline Blues. Après
leur intervention et la victoire des Bleus sur les Italiens, le public
était dans
les meilleures conditions pour écouter Eugène "Hideaway"
Bridges qui nest plus à présenter (voir interview dans Blues Mag
N°17). Son mimétisme tant physique que guitaristique avec
B.B. King est flagrant. Sa prestation a été superbe.
Ensuite,
le groupe dInnes Sibun a terminé le festival, en remplacement
de Moon Martin qui a annulé sa tournée européenne au dernier
moment. Innes Sibun nest pas connu en France, mais quel guitariste
! Un style et un jeu de scène époustouflants, dignes des grands "guitar
heros" des années 70 (pour Stéphanie Photo 7). Un Blues Rock comme
seuls les Anglais ont su et savent encore le faire.
Une clôture du festival absolument FABULEUSE !!!! Vous nétiez
pas au Creusot ? Tant pis pour vous ! Mais vous pouvez d'ores et déjà
réserver votre dernierweek end de juin 2001 pour la prochaine édition
du festival. En tout état de cause, Blues Mag y sera, car laville du
Creusot peut se prévaloir dêtre devenue un point de passage obligé
sur la route des festivals de lété, grâce à lassociation
Clin Doreille et toute son équipe aidée de bénévoles, qui organise
le Festival.