Les échos des concerts et festivals
 

BLUES SUR SEINE
DU 7 AU 22 NOVEMBRE 2003

 

Riverside Blues / Bob Walsh - La Nacelle - Aubergenville - 7 novembre

C'est ce soir que démarre officiellement pour le public la 5ème édition de Blues-sur-Seine et si le cortège des VIP et autres sommités du Blues a déjà l'air bien fatigué par les activités des jours précédents, le public est bien en forme et attend de pied ferme cette soirée d'ouverture. La Nacelle est remplie aux trois quarts de sa capacité, ce qui constitue déjà un exploit en soi quand on considère que certains spectateurs ont demandé le remboursement de leur billet suite à l'absence de Bob Walsh, opéré en urgence deux jours plus tôt… Dommage car la défection du maître de cérémonie allait donner lieu à un spectacle quelque peu inattendu !

C'est Riverside Blues, groupe lauréat de la Relève Festiblues de Montréal 2002 qui se charge de chauffer la salle et une chose est certaine, les trois artistes n'auront aucun mal à nous rassasier de leur vieux Blues des années 30 qui emprunte le son et l'ambiance au Delta et nous délecte de ses clins d'œil permanents à leur modèle, Robert Johnson. Accolés à la grosse voix rugueuse de Martin Goyette et à son harmonica magique, les guitares acoustiques de Patrick Robert et Tytus Zurawski n'ont cesse de nous promener sous le halo bleuté qui surplombe la scène. Instants magiques que nous offrent en général les groupes québécois, Martin nous amuse de ses interventions où il accentue son accent et insiste sur les adaptations faites à la langue française pour lui donner les couleurs du Nord de l'Amérique … Riverside Blues nous offre quelques tunes, salue copieusement Robert Johnson au travers de Me and the Devil Blues, Stop Breakin' Down, Crossroads et tant d'autres, nous présente Hard Times, composition personnelle du groupe qui rappelle quelque peu Clapton et nous quitte après une heure d'un concert ponctué par un rappel d'anthologie où le guitariste gaucher le plus célèbre de la planète est revisité en medley et en acoustique au travers de ses plus grands morceaux qui vont de Hey Joe à Voodoo Child en passant bien entendu par l'incontournable Purple Haze.

Pour compenser la défection de Bob Walsh, il était prévu que Gaston Breton, ex-bassiste, ami et également chanteur viendrait le remplacer au pied levé… C'était sans compter sur la passion de Martin Goyette pour Walsh qui connaît par cœur le répertoire du bluesman Québécois et qui proposait de venir lui aussi apporter son soutien au groupe ! Deux chanteurs donc, mais également une configuration originale puisque c'est le quatuor à cordes Allard qui accompagne les musiciens de ses violons, son alto et son violoncelle. Apportant une touche harmonique, voire symphonique, et quelque peu cérébrale au Blues de Bob Walsh, les cordes n'empêchent en rien la spontanéité du groupe et l'harmonica de Guy Bélanger vient régulièrement en découdre avec les ivoires de Jean-Fernand Girard. La première partie du spectacle est marquée par une reprise de BB King, The thrill is gone, revue et corrigée à la sauce Walsh et par la cover du Je voudrais être noir de Nino Ferrer, tandis que la seconde moitié du set voit l'arrivée de neuf jeunes musiciens de l'Ecole Nationale de Musique de Mantes-la-Jolie qui apportent eux aussi, leur lot de violons, altos et autres violoncelles pour en arriver à une imposante section de cordes. Girard orchestre le tout et fait un clin d'œil à son ami Bob Walsh, chante Ma Tune, un des ses rares titres en Français et le concert s'achève, non sans avoir proposé Georgia on my mind, St James Infirmery, emprunté au traditionnel et un excellent You're so beautyfull sur lequel la complicité entre Guy Bélanger et Martin Goyette qui ne se connaissent pourtant que depuis 48 heures, est particulièrement palpable. Il y a fort à parier que ces deux là vont très vite se retrouver quand ils rentreront à Montréal…

En attendant, La Nacelle se vide. Les badauds se plaisent à admirer les superbes clichés de François Berton qui trônent aux murs. Il reste seize journées avant que Blues-sur-Seine ne soit entièrement consommé. Long is the road, et pourtant…

Elmore D / Mighty Mo' Rodgers - Salle Jacques Brel - Mantes la Ville - 8 novembre

C'est une Salle Jacques Brel convenablement garnie qui accueille cette seconde soirée de Blues-sur-Seine et Elmore D est chargé d'y ouvrir le bal. Chanteur et guitariste particulièrement renommé dans sa Belgique natale, Daniel Droixhe est accompagné par un groupe que l'on pourrait qualifier d'Européen puisqu'on on y trouve un Allemand aux claviers, un Flamand à la guitare et un Français à la batterie. Adepte d'un Blues acoustique des années 20/30, Elmore D pose son set sur des compositions de cette époque, empruntées aux esclaves mais également à l'occasion aux marins anglais et adaptées à la manière wallonne… Il se retourne de temps en temps sur son deuxième album, Saturday Night Rub et n'hésite pas à nous livrer quelques plaisanteries. Musicalement, le très bon Blues roots d'Elmore D vire parfois à la Country music et on se plait de temps en temps à s'imaginer dans un gigantesque saloon. Après une heure de concert, les deux guitaristes reviennent pour un rappel en forme de Blues mélancolique dédié à leurs pères, puis sont rejoints par leurs deux acolytes pour un dernier morceau plus envolé. Une excellente mise en bouche en attendant le parrain de cette édition !

Mighty Mo' Rodgers est un grand bluesman et si sa carrière solo est relativement récente, elle est déjà émaillée d'un succès non négligeable. Le programme du chanteur à la barbe grisonnante est simple et se résume à donner le maximum de plaisir aux gens sans rien en attendre en retour… Un show altruiste donc, où Mighty Mo' Rodgers charme de ses claviers et de sa voix, mais surtout un show où il laisse un espace énorme à ses musiciens, offrant une liberté d'expression à ses guitaristes qui ne se privent pas d'instaurer un dialogue entre leurs instruments. Le phrasé musical est impeccable, soutenu par une section rythmique brillante, et on se prend très vite à adhérer à cette fusion afro-américaine où se retrouvent Gospel, influences Roots, Rhythm'n'Blues et Soul, le tout servi avec un feeling et une classe indéniable. En homme de cœur qu'il est, Mighty Mo' Rodgers ne pouvait se résoudre à ne pas laisser son empreinte indélébile sur ce festival et c'est avec modestie qu'il présente une toute nouvelle composition, créée pour l'occasion et tout simplement intitulée Blues Sur Seine. Le public exulte, les organisateurs ne cachent pas leur émotion… Vient ensuite le tour de la Chorale de Bonnières-sur-Seine de prendre part à la fête en posant ses voix sur trois morceaux et en surprenant l'assistance de ses quelques refrains entonnés. Blues is my rainbow, Prisoners of War… Installés en front de salle, les choristes recueillent les applaudissements d'un public conquis. De son côté, Martin Laviolette, du Festiblues de Montréal, nous fait part de son étonnement de voir le public assis aux concerts de Blues en France et compare cet état de fait aux soirées VIP données au Québec… Mighty Mo' Rodgers reprend son prêche en solitaire et nous emmène dans son esprit, peuplé de JFK dont il évoque l'assassinat mais aussi d'Eminem qu'il présente comme le nouvel Elvis Presley et de tant d'autres encore. Un Picasso Blue, une deuxième interprétation de Blues Sur Seine et un Chicago repris en cœur par le public qui égrène ses lettres en mesure et les cinq musiciens nous quittent, non sans avoir pris soin d'enfoncer leclou au travers d'un final instrumental de folie ! Les lumières se rallument, les gradins commencent à se vider et Mighty Mo' Rodgers revient pour nous offrir un troisième service de sa chanson hommage… Cette fois, la salle est debout et sepresse sur le devant de la scène. A la québécoise ! Tout le monde applaudit, chante, tape des mains… Le pari est réussi, Blues Sur Seine est devenu un hymne qui restera éternellementgravé dans le Mantois !

La nuit sera courte puisque c'est bien avant que le poulet dominical ne soit digéré que l'ami Mike Lecuyer nous convie au Tremplin National de demain où s'affronteront, dans une joute musicale, les huit finalistes retenus. Tout le monde attend ce moment avec impatience et après les quelques saluts et remerciements traditionnels, la soirée se termine. Du moins pour nous…

Tremplin Blues-sur-Seine - CAC Georges Brassens - Mantes la Jolie - 9 novembre

Heureuse surprise que nous avait réservé le public puisqu'il avait daigné abandonner son sacro-saint déjeuner dominical pour venir se masser dès 14 heures dans le CAC Georges Brassens et assister à la finale du tremplin national Blues-sur-Seine coordonnée par Mike Lecuyer et présidée par Mighty Mo' Rodgers en personne…

Huit groupes, venus de divers horizons, devaient en découdre pour se répartir les huit trophées décernés… On commencera par évoquer le grand perdant de la soirée, Anquetil Blues Band, venu spécialement de Caen et reparti chez lui les mains vides malgré une prestation de haute volée… Souvent très proche de la victoire, le groupe normand aura raté plusieurs fois d'un poil le titre suprême, le jury, dont nous faisions partie, ayant sans doute préféré donner une chance à des combos moins connus. En guise de lot de consolation, et non des moindres, Marie Hernandez, membre du jury impressionnée par la qualité de leur prestation, décidera de les programmer à une prochaine Nuit du Blues de Chaumont !

Pour les traiter dans leur ordre d'apparition, on se souviendra que le trio Harpsliders est retourné dans le Nord avec le Prix Blues Passions de Cognac en poche, que Djam Deblouze a regagné le Sud pour y savourer son Pastiche de Marseille avec les 1200 Euros du Prix de la Fondation La Poste qui récompense les textes en Français ou que les Parisiens de Big Brazos iront se produire lors du prochain Festival de Cahors dans la catégorie acoustique. Grands gagnants de la soirée, les Stringers In The Night remportent non seulement le Prix du meilleur groupe acoustique mais également le Prix Festiblues de Montréal… Gégé et Arnaud, qui avaient déjà recueilli une standing ovation pour leur prestation, ont eu beaucoup de mal à cacher leur émotion à l'idée d'aller se produire devant plus de 20000 personnes dans le parc Ahuntsic pour l'édition 2004 du festival québécois… Malek et son Little Big Band rentrent dans le 9.3 avec le Prix du meilleur groupe électrique, les Valdoisiensde Bluesy Train empochent les 600 Euros du Prix de la Sacem et pour terminer, ce sont Stincky Lou & the Goon Mat qui iront représenter Lille au prochain Festival de Cahors dans la catégorie électrique…

Que dire de plus, si ce n'est que pendant les délibérations, tout ce petit monde se retrouvait sur la scène du CAC pour une jam bien appréciée et qu'après une collation fort bienvenue, ce sont bon nombre d'artistes et de membres du jury qui se lançaient dans un gigantesque bœuf qui allait durer jusque tard dans la soirée… Parmi les artistes présents, on reconnaissait Lil' Mama Heather Hardy qui arrivait tout juste de New York, les Riverside Blues, Guy Bélanger, Elmore D et tant d'autres encore… La journée fut excellente et laisse augurer, si on tient compte du niveau des concurrents, d'un avenir lumineux pour le Blues français ! A bon entendeur…

Derrin Nauendorf / Blues and Trouble - Salle Municipale - Buchelay - 10 novembre

Blues-sur-Seine fait escale ce soir à Buchelay, dans une salle gonflée à bloc, et vient nous présenter deux extraterrestres réunis sous le patronyme de leur chanteur et guitariste, Derrin Nauendorf. Venus d'Australie, Derrin et David Downing, son batteur, vont s'acharner à malmener une assistance qui succombe à leurs assauts dès le premier morceau. Une touche de sonorités tribales, due au fait que David évolue avec des mailloches, une grosse dose de Folk puisée dans les influences Dylan de Derrin, un petit cachet qui rappelle l'Irlande profonde, un sens inné du break, un phrasé guitaristique qui emprunte tour à tour à Knopfler, Santana ou Hendrix… Telle est la recette du Country Blues atmosphérique que nous délivrent les deux jeunes gens. Passant dans le même morceau des tempos les plus posés aux déluges les plus furieux, Nauendorf use avec parcimonie de sa voix, superbe au demeurant, pour laisser libre cours à la musique et à l'imagination du public. Ce dernier se méprend régulièrement, applaudissant en plein milieu de morceau ou sur chaque baisse de rythme… Souvent surprenante, toujours poignante, la musique proposée par Derrin et Dave est d'une rare intensité et d'une conception originale. Ce n'est pas Martin Laviolette, qui les a d'ores et déjà repérés et invités au prochain Festiblues de Montréal, qui viendra nous contredire. Pour finir de nous achever, il nous sera proposé un magique medley où les titres de Jimi Hendrix seront si intelligemment interprétés que l'on en regrettera presque que le Voodoo Child ne se soit pas essayé en son temps au flamenco ! Ces deux Australiens sont tellement captivants et charmeurs que l'on en serait presque gêné de devoir battre leur équipe en finale de l'actuelle Coupe du Monde de Rugby si l'occasion se présente…

C'est au tour des élèves de l'Ecole Pierre Larousse de Buchelay de venir restituer les initiations à l'harmonica et au Gospel qui leur ont été proposées pendant six semaines par Greg Szlapczynski et Sébastien Charlier pour l'instrument et par Anouch Adjarian et Muriel Suissa pour la voix. On rappelle au passage que Muriel est stagiaire dans l'équipe de Blues-sur-Seine et également professeur de chant… Les classes de CM2 et de CM1/CE2 de Madame Venuat et de Monsieur Massaloux se sont prêtées au jeu et nous ont offert tour à tour quelques agréables moments ponctués d'un amusant Santiano chanté et joué par les jeunes harmonicistes ou d'un vibrant J'ai vu New York entonné par les apprentis chanteurs… Un moment fort pour les familles de tous ces jeunes disciples !

Il est temps pour Blues and Trouble de venir relever le défi posé par les bondissants Australiens en essayant de passer la barre qui a, ce soir, été posée très haut… Gladys Amoros, chanteuse au timbre large et au coffre surprenant, emmène un groupe impressionnant d'efficacité dans un registre où se croisent et s'entrechoquent Gospel, Swing, Jazz, Blues, Boogie et un peu de Funk. Le résultat est à la hauteur de nos attentes et s'avère être une musique pleine de groove, faite avec les tripes et le cœur mais aussi avec beaucoup de matière grise et de talent ! En près d'une heure et demie, Blues and Trouble nous conduira en terres connues, de Negro spiritual en Boogie woogie ou de Rhythm'n'Blues en Rock, et ne manquera pas de rendre hommage aux femmes talentueuses que sont Liz Mc Comb ou Maria Jackson dans un show qui emprunte par moments à James Brown. En bon performer, Gladys s'essaiera a capela dans l'allée centrale de la salle, soutenue sur le final par ses musiciens qui se lancent dans des démonstrations individuelles de leur maestria avant que Blues and Trouble ne quitte une première fois la scène. La salle en redemande et si les plus polis ont attendu que le groupe s'éclipse pour quitter les lieux, c'est un parterre de passionnés qui va se retrouver debout pour un rappel où les plus démonstratifs vont se lancer dans des démonstrations de leurs talents de danseur de madison… Un grand moment !

A l'heure de se quitter, la question se pose de savoir s'il est judicieux d'inviter les enfants à ce genre de spectacle. S'il est vrai qu'il est difficile de tenir en place un groupe conséquent de jeunes de huit à douze ans dans ce genre de soirée et que certaines attitudes dissipées peuvent être préjudiciables à une écoute religieuse et passionnée du Blues, il faut toutefois rappeler que ce même Blues se veut populaire et humain et qu'il n'y a pas d'âge pour y goûter et pas de manière académique de l'appréhender. Certains se sont plaint de la gêne occasionnée par les enfants… Ce sont ceux-là même qui venaient s'enquérir auprès de nous de quelques informations, contenues d'ailleurs dans les programmes, pendant la restitution des élèves de l'Ecole Pierre Larousse ! Qui a manqué de respect à qui ? Qui a manqué de tact ? On peut se le demander parfois…

Après avoir salué une dernière fois l'équipe du Festiblues qui nous quitte demain pour regagner Montréal, il est temps de quitter nos hôtes en se disant quand même que l'ami Jean Guillermo a eu le nez creux quand il a repéré Derrin Nauendorf dans un bar de Beauvais pendant Blues Autour Du Zinc ainsi que Blues and Trouble sur le Boulevard du Blues de Cahors à l'été 2003. Cela lui a permis de nous proposer une merveilleuse soirée… Qu'il en soit remercié !

Boubacar Traoré - Le Chaplin - Mantes la Jolie - 11 novembre

C'est à un horaire quelque peu inhabituel, en tout début d'après-midi, que Blues-sur-Seine nous convie à un concert que beaucoup ont inscrit sur leurs tablettes tant l'homme qui se produit est captivant et tant le tarif proposé est alléchant. 5 Euros pour aller voir Boubacar Traoré, il y a longtemps que l'on avait pas vu ça ! Le public a donc répondu présent et c'est une salle gonflée à bloc qui nous accueille en ce jour traditionnellement dévolu aux commémorations…

Boubacar Traoré fut une idole populaire dans son Mali natal et sur toute la cote ouest de l'Afrique dans les années 60. Il alterna ensuite les petits boulots, tel marchand de lingerie sur les marchés, avant d'être redécouvert dans les eighties puis de sortir deux albums à la fin des années 90 avec comme ambition avouée de rendre au Blues ses racines africaines.

C'est au sein de la plus grande communauté malienne que Kar Kar se produit cet après-midi et on ne peut que regretter que ses compatriotes n'aient pas été plus nombreux à faire le déplacement pour l'accueillir. En effet, la salle manque cruellement de couleur aujourd'hui… Le concert s'amorce sur des notes sensuelles et enchanteresses mais tarde à prendre réellement sa véritable dimension. Peu souriant sur scène, Traoré a du mal à faire passer son discours musical auprès du plus grand nombre. On regrette un peu l'absence d'interventions entre les titres, qui s'imbriquent mécaniquement les uns aux autres, magnifiés par le jeu de calebasse subtil de Sidika Camara. Après trente minutes de concert, l'assistance se déride tout de même un peu et les premiers youyous fusent de part et d'autres. La température, qui était déjà insoutenable, monte encore de quelques degrés. Malheureusement la pression retombera très vite et nous assisterons à un concert qui, bien que parfait sur le plan technique, ne parviendra pas à libérer cette petite étincelle, cette pointe de magie noire qui aurait été la bienvenue. Dommage…

Avant de nous quitter, nous assistons à la prestation des élèves de la 5ème Rouge de l'Ecole Notre Dame de Mantes-la-Jolie qui restituent les cours de Gospel qui leur ont été prodigués par les deux divas chargées de cet enseignement dans le cadre de Blues-sur-Seine… Belle prestation !

Il est temps de rejoindre le QG du festival où l'on peaufine les prochaines feuilles de route… Le programme va s'étoffer un peu plus encore et les concerts vont bientôt être de plus en plus nombreux. Ce soir, c'est relâche ! Un peu de repos nous fera le plus grand bien avant le grand rush…

Derrin Nauendorf - Le Gallia - Buchelay - 12 novembre

Un petit détour par le Festival Off, baptisé Bars en Seine, pour aller assister à la prestation donnée par Derrin Nauendorf au café tabac Le Gallia de Buchelay. S'étant déjà illustré dans le village deux jours plus tôt, les Australiens ont réussi à faire le plein en attirant une foule impressionnante dans l'espace exigu qui leur était réservé. Ambiance brèves de comptoir donc, pour une soirée chargé en émotion où Derrin et David, véritables 2Be3, ou plus exactement 2Be2 du Blues, s'efforceront de conquérir un public à grands renfort de leurs charismes, de leurs propres créations mais également avec quelques morceaux empruntés à Tom Waits, Kurt Russel, Jimi Hendrix ou Bob Dylan… Se plaisant à rappeler que Papa was a rolling stone, Derrin excelle dans un jeu qui fait appel à différents accordages. Un brin percussionniste, il s'exprime sur la caisse de son instrument pour compléter les brillantes interventions d'un David Downing particulièrement en forme qui évolue pieds nus et offre à son public des gimmicks franchement amusants. Les quelques têtes blondes restées dans le bar bondé et enfumé ne sont pas prêtes d'oublier cet instant de pure magie, d'autant que pour parachever le tout, Derrin invite Lil'Mama Heather Hardy, violoniste émérite, à le rejoindre pour un final endiablé où leurs instruments dialoguent entre eux dans la plus pure tradition de ces jams dont nous raffolons tous ! Un grand moment qui ne laissera personne sur sa faim à en juger par le résultat des ventes d'albums prises en main par la tenancière des lieux qui semblait particulièrement ravie de cette soirée…

Lil'Mama Heather Hardy - Forum Armand Peugeot - Poissy - 13 novembre

Etape inédite pour ce concert puisque la superbe salle de 800 places qui accueille Lil'Mama ce soir est habituellement dévolue aux réunions ou aux présentations du groupe PSA Peugeot Citroën, partenaire de Blues-sur-Seine. Ce sont donc les New Yorkais qui auront la chance de donner le premier spectacle musical dans ces lieux aux couleurs chaudes et à l'atmosphère feutrée ! Après une description de la soirée par nos hôtes, Lil'Mama investit tranquillement la scène, présente ses musiciens et entame son set. Les spectateurs, pour la plupart novices, se demandent encore à quelle sauce ils vont être mangés… Deux premiers titres, avec beaucoup de Blues et peu de violon, les mettent tranquillement en confiance. Place au Jazz avec Summertime, le légendaire morceau emprunté à l'opéra Porgy and Bess composé en 1935, deux ans avant sa mort, par Georges Gershwin. L'affaire est dans le sac, le public même s'il reste religieusement attentif est dans son ensemble conquis. Il ne reste plus à Heather qu'à dérouler un répertoire qui pioche dans ses deux albums, Violins et I Believe, mais qui dérive également de temps à autres vers Hendrix ou vers le traditionnel. On retiendra le vibrant hommage rendu à Jacob Edward Hardy, le fils de la talentueuse violoniste qui lui a écrit spécialement un morceau, mais également celui rendu à Jean Guillermo, père du festival, au travers du légendaire Amazing Grace, un vieux spiritual connu de tous… Après avoir essayé en vain de faire bouger la salle avec ses Boogies et autres Rhythm'n'Blues, Lil'Mama se contente de la séduire avec quelques Blues ballads, aidée dans sa tache par un Jon Diamond particulièrement efficace à la guitare mais également par l'excellent Marc Gianmarrio à la batterie et Dave Likhtiger à la basse. Encore quelques facéties, dont la présentation de Traffic Violation faite en Franglais, quelques démonstrations personnelles de chacun et un rappel de deux titres dont le superbe I Believe et l'héroïne de la soirée nous quitte, non sans avoir reçu son lot d'applaudissements après plus de deux heures d'un concert généreux à souhait.

Dans le hall, la foule attend Heather Hardy pour une séance de dédicaces à laquelle elle se prête de bon cœur, non pas d'une façon mécanique mais plutôt en y mettant la forme, en s'attardant avec son public et en prenant soin d'adresser à chacun un petit mot personnel. Elle écoute, répond et remercie selon les invectives de chacun prouvant une fois de plus qu'elle ne se contente pas d'être une grande artiste mais qu'elle est aussi et surtout une grande dame… Bravo !

Hoodoomen / Lil'Mama Heather Hardy - Salle Municipale - Limay - 14 novembre

Limay accueille traditionnellement les soirées les plus chaudes de Blues-sur-Seine et compte tenu du plateau proposé, on est en droit de penser que la tradition sera une fois de plus respectée cette année… A deux kilomètres de là, Gospel Dream et les Chorales du Val de Seine se produisent dans la féerique Collégiale de Mantes la Jolie, sœur aînée de Notre Dame de Paris à qui elle servit de modèle en des temps éloignés. La douzaine de choristes qui compose l'ensemble vocal, issu de lieux réputés de la culture Gospel, y proposera un florilège des chants d'émancipation du peuple noir soumis à l'esclavage et fera vibrer le millier de personnes réunies dans ce saint lieu de la banlieue parisienne. Accompagnés de près de cent vingt choristes régionaux, Gospel Dream proposera un concert, une messe pourrait-on presque dire, certes un peu moins vivante que les superbes Gospels de Louisiane, mais fort agréable à l'ouie !

La soirée de Limay débute par la restitution des leçons d'harmonica prodiguées dans les classes de CM2 de l'Ecole Ferdinand Buisson. Accompagnés de Nicolas Espinasse à la guitare et de Sébastien Charlier à l'harmonica, les élèves de Madame Rocher et de Monsieur Huguet nous présenteront les deux morceaux qu'ils ont eu la chance d'étudier pendant ces six semaines d'initiation à la pratique de l'instrument… Le résultat est surprenant !

Place aux Hoodoomen, groupe caennais vainqueur du Prix Blues Electrique et du Prix Festiblues au Tremplin Blues-sur-Seine 2002. Emmenés par la section rythmique des frères Marie, Bernard à la basse et le souriant Francis à la batterie, les Hoodoomen articulent leur set sur leurs compositions personnelles autant que sur les quelques reprises qu'ils interprètent avec talent. Entre Boogies effrénés, rythmes plus introvertis et gros Blues qui tache, l'harmonica et la voix rocailleuse de Philippe Brière font mouche à chacune de leurs interventions et magnifient le jeu de guitare méticuleux de Pascal Fouquet et le toucher de clavier de Fabien Saussaye. De Blues New Orleans en Chicago Blues, les Hoodoomen se feront un plaisir de nous offrir une grosse heure de très bonne musique où l'on aura tout le loisir d'apprécier les énormes Like a coyote, Shake it ou Further on up the road mais également un excellent Mama Mojo pendant lequel le groupe s'offrira un petit déambulatoire dans le public avec caisse claire, tambourin, cloche, tome et autres washboard venues de Santo Domingo. Les enfants, conquis, les suivront tout au long de leur périple dans la salle et la plus téméraire d'entre eux, armée d'un tambourin, les accompagnera même spontanément sur scène d'où elle ne redescendra qu'à la fin du concert qui sera marquée par d'impressionnants soli individuels sur l'épilogue de Oh ! Louise.

Pour son dernier concert à Blues-sur-Seine, Lil'Mama Heather Hardy se devait de marquer les lieux autant que les esprits et c'est ce qu'elle s'efforcera de faire dès le début d'un show qui laissera beaucoup plus de place à son violon que celui de la veille. Après une première demi-heure passée avec Devil in your eyes, Freak for pain ou Reach out, Lil'Mama nous offre une première surprise en invitant l'immense Jean-Louis Mahjun à la rejoindre sur scène ! Instant intense où les deux violonistes se parlent au travers de leurs instruments, dont ils usent parfois comme d'une guitare ; saine émulation qui conduit chacun à donner le meilleur de lui-même, non pour écraser l'autre bien entendu, mais simplement pour en donner le plus possible à un public qui apprécie et qui le fait savoir… La suite du spectacle ne sera que purs instants de bonheur et nous conduira de Blues Rock en Jazz et de ballades en titres un peu plus funk sans oublier bien entendu la poignante Jacob's song que la violoniste adressera spirituellement à son jeune fils de sept ans… Et comme souvent dans les grands moments, tout cela finira par déraper et par tourner en une jam session où se retrouveront sur scène les Hoodoomen, Jean-Louis Mahjun mais aussi Philippe Stasiak à la trompette pour un rappel de deux titres dont Help Me de Sonny Boy Williamson qui n'aura d'autre effet que celui de déclencher une standing ovation amplement méritée. Si Freddy Mercury vivait encore dans notre Univers-Sale, il aurait certainement conclu en lançant un sincère It's a kind of magic… Il m'ôte les mots de la bouche !

SM 58 - Friche André Malraux - Mantes la Jolie - 15 novembre

Particulièrement original, l'art du slam est né à Chicago dans les années 80. Sorte de spoken words ou de joute oratoire, il consiste en une déclamation où l'art de la parole est roi. Proche du Rap, le spectacle proposé par le collectif SM 58, dont on supposera que le nom est un clin d'œil aux célèbres micros Shure, est un enchaînement de déclamations où chacun des trois intervenants se lance à tour de rôle dans la présentation de son speech en un flot impressionnant de mots qu'il connaît sur le bout des doigts. Le caractère se veut politique mais également social et si le langage utilisé peut sembler quelque peu cru, le résultat est d'une subtilité époustouflante. Nada, se lancera même dans un superbe Blues parlé qui ravira les amateurs et donnera même quelques idées à certains… Après un show qui durera environ une heure, D' de Kabal, Nada et Félix Jousserand céderont la place aux participants des ateliers de slam qui se lanceront eux aussi dans une démonstration, mais aussi à quelques jeunes danseurs de Hip hop aux interventions remarquables.

Scottland - CAC Georges Brassens - Mantes la Jolie - 15 novembre

La programmation de ce soir est relativement originale puisque Scottland n'est ni plus ni moins un tribute band au mythique groupe australien AC/DC qui, il est bon de le rappeler, est avant tout un combo de Boogie Rock musclé ou de Power Blues selon l'expression que chacun choisira. Présence surprenante donc, mais justifiée pour ce groupe lillois bourré de talent qui espace ses apparitions scéniques pour garder intacte l'envie et le plaisir de jouer et qui fait montre d'un professionnalisme digne de celui de ses modèles à leurs débuts.

En attendant l'entrée en scène de Scottland, le Café Concert Luther Allison, malheureusement peu garni, distille les notes de Répression, le plus célèbre des albums de Trust… Le ton est donné et Eric Fermentel, leader et chanteur du groupe, arrive bientôt accompagné d'une paire de guitaristes surpuissants et d'une section rythmique fort adéquate. Le charme opère et si le public reste un moment massé en fond de salle, Eric parviendra très rapidement à l'attirer devant la scène et à convaincre les plus vaillants de s'agiter quelque peu ! Le CAC Georges Brassens résonne ce soir des accords minimalistes des frères Young et des paroles de feu Bon Scott, chanteur hors normes mais également homme de cœur. De Rock'n'roll Damnation à Highway to Hell en passant par Sin City, Whole Lotta Rosie ou The Jack, Scottland parviendra à faire revivre pendant deux heures l'âme du frontman de ce qui restera à tout jamais un des plus grands groupes de Rock de tous les temps. Clin d'œil au festival, le groupe jouera même pour la toute première fois sur scène le célèbre Blues Ride On qui, pour l'anecdote, restera le dernier morceau sur lequel Bon Scott ait chanté au cours d'une mémorable jam session dans un studio londonien avec Trust, deux jours avant son décès…

Martin Duhamel Blues Band / Candye Kane - La Nacelle - Aubergenville - 15 novembre

La Nacelle accueille ce soir la plantureuse Candye Kane et le talentueux Martin Duhamel Blues Band, gagnant de la Relève Festiblues de Montréal 2003, qui aura le plaisir de présenter à une salle comble ses compositions personnelles qui ne manquent pas de talent au cours d'une prestation qui, si elle pêche un peu par manque d'expérience, démontrera tout le potentiel intrinsèque du groupe. Avec un registre qui tire essentiellement vers le Chicago Blues, le combo conduit par Martin Duhamel à la guitare et au chant, secondé de Patrick Dorval à la guitare ou du jeune Gabriel Asseliein à la basse, proposera un trop court instant de musique inventive qui se terminera par un superbe instrumental joué en solitaire et à la guitare électro-acoustique par Martin Duhamel lui-même. Le rappel, très logiquement réclamé, sera l'occasion d'entendre Before you accuse me dans une version qui rappelle quelque peu celle de Clapton.

Place à Candye Kane, où du moins à son groupe, qui débute le concert par deux morceaux sans la diva, chantés par le génial guitariste Kyle Jesler, avant que celle-ci n'entre enfin en scène pour venir prendre part aux énormes Boogies qui nous sont proposés. Après un dernier ajustement du son qui est particulièrement correct dans une salle à l'acoustique traditionnellement médiocre, Candye se lance dans un show dévastateur où elle se plait à jouer sans aucun complexe de son physique et de ses attributs mammaires particulièrement proéminents. Dotée d'une voix exceptionnelle, elle nous propose des Blues teintés de Jazz et de Country mais également des titres aux intonations qui ne manquent pas d'évoquer le Scat. Très théâtral, le spectacle ne nous épargne pas les facéties de l'imposante chanteuse qui sort tour à tour de son corset un stylo, une banane et une poire avant de finir par y trouver son dernier album qu'elle ne manquera pas de bien vouloir dédicacer à la fin du concert. Particulièrement communicative, Candye use de la provocation avec un don certain mais ne manque pas de sérieux quand elle évoque son passé de barmaid, d'opératrice ou même de strip-teaseuse ou quand elle parle de la jeunesse et de l'éducation de son fils, assis derrière la batterie… On se quittera une première fois sur un énorme All you can eat, you can eat it all night long repris par le public qui lance de vibrants Manger toute la nuit avant que Jean Guillermo ne vienne offrir un bouquet de fleurs à la chanteuse qui fêtait son anniversaire deux jours plus tôt et que cette dernière ne se lance dans un duo digne d'un saloon avec Smedley B, son pianiste, puis dans un dernier Boogie avec le groupe au grand complet. La standing ovation spontanée conduira Candye Kane à venir nous interpréter un ultime morceau de Led Zeppelin, le magnifique Whole Lotta Love qui sert de titre à son dernier album et qui sera le plus bel épitaphe qui puisse être donné à un concert qui restera gravé dans toutes les mémoires… Un superbe moment !

Fruteland Jackson / Gospel Feel - Eglise St Pierre - Les Mureaux - 16 novembre

Blues-sur-Seine a choisi de nous convier en cette fin d'après-midi à l'Eglise St Pierre des Mureaux pour nous faire profiter d'un événement particulier puisque c'est Fruteland Jackson qui ouvre le bal avec une conférence musicale autour du Blues qui va permettre aux néophytes d'appréhender un peu mieux les différents courants qui le composent. C'est devant une nef pratiquement complète que le bluesman de Chicago commence ses explications, citant, démonstration à l'appui, les trois courants majeurs à l'origine du genre. On démarre par les chants solitaires des champs de coton pour poursuivre par les chants collectifs de travail, rythmés par le bruit des outils, et pour en arriver aux chants religieux. Fruteland Jackson nous présente ensuite le Blues sous ses divers aspects qui vont du Country Blues au Chicago Blues en passant bien évidemment par le Delta… Pour asseoir son discours, il nous interprète au passage une des premières œuvres de Blues recensées. En une cinquantaine de minutes, l'Afro-américain parviendra à éclairer notre lanterne et à susciter quelques passions auprès d'un public particulièrement attentif à ses explications.

C'est maintenant au tour de l'atelier Gospel du Centre des Arts des Mureaux de prendre place autour de Régine et Denis Lapassion pour nous présenter le travail accompli au cours des deux jours de master class qui leur ont été proposés. Rappelant quelque peu la Cène, le tableau réunit treize choristes en toges jaunes aux côtés de leurs deux formateurs et nous délivre deux morceaux qui s'avèrent être une prière d'une part et d'autre part un chant de liesse et d'espoir qui annonce de par les montagnes la naissance de l'enfant Jésus…

Place enfin à Gospel Feel, qui s'articule autour du piano de Denis Lapassion et des voix de Didier Querin, Myriam Candé, Edna Renard et Régine Lapassion. Travaillant sur des registres qui vont du ténor au soprano, le quatuor vocal entonne un splendide When the Saints go marching in avant de dérouler son lot de standards allant de Amazing Grace à Glory Alléluia en passant par un Down by the Riverside puisé dans le Negro spiritual et adapté pour le Gospel. De manière très théâtrale, Gospel Feel fait vivre son spectacle en utilisant tout à tour chacun de ses chanteurs pour mettre en valeur les morceaux selon leurs couleurs musicales respectives et pour haranguer un public qui, s'il s'avérait un peu coincé au début du spectacle, participera au final aux diverses chaînes d'amour et autres manifestations de joie spontanées. Après une heure d'une prestation remarquable, Gospel Feel invitera les choristes de la master class à les rejoindre sur deux titres, dont un Swing low, sweet chariot quelque peu déplacé en ce jour où l'équipe de France essuyait une plate défaite en Coupe du Monde de Rugby face aux Anglais et un Yeah men impeccablement interprété devant un public debout et frappant des mains en semblant ne plus jamais vouloir s'arrêter. Après les quelques remerciements d'usage, Gospel Feel recevait un tonnerre d'applaudissements bien mérité et s'en retournait dans la sacristie transformée pour l'occasion en loges…

Mr Boogie Woogie - Irish Corner - Cergy - 17 novembre

Ambiance surnaturelle pour cette soirée qui se déroule au beau milieu de nulle part, dans un pub irlandais qui ne débite pas de Guinness à la pinte et sur la dalle d'un centre commercial entouré de bureaux et d'administrations, totalement désert à cette heure tardive. Après avoir cherché un moment l'Irish Corner, nous y pénétrons et une nouvelle surprise nous attend… Blues-sur-Seine est loin de ses terres naturelles et compte tenu de l'absence totale d'affichage dans l'établissement et aux alentours, il n'y a sur place que quelques bénévoles, le staff du festival et une poignée de jeunes spectateurs. Arrivés en force avec Jean Guillermo, Egidio 'Juke' Ingala, ses musiciens et Jean-Philippe Kaufmann, nous garnissons quelque peu l'espace qui nous est proposé…

Eric-Jan Overbeek est assis depuis peu au piano, son Firesweep Blues Band à ses côtés, et envoie son légendaire Boogie-woogie avec une dextérité impressionnante. En toile de fond, on assiste au Top Tubes de MCM2 et on s'amuse de voir les Bangles, The Verve, Paul Simon, Indochine ou Noir Désir se trémousser en dehors du rythme sur les notes distillées par Mr Boogie-Woogie. D'aucuns remarqueront le petit coté cartoon qui se dégage du tableau. Tels des Aristochats qui joueraient devant un poste de télévision, le Firesweep Blues Band se produit spontanément ! Entré totalement dans son concert, le groupe ne démérite pas et assure comme il se doit, envoyant aussi bien Rhythm'n'Blues que Jazz ou Rock devant un public d'aficionados qui, s'il n'est pas en nombre conséquent, apprécie à sa juste valeur la prestation du Hollandais qui nous offre quatre vingt dix minutes d'un show fabuleux, là où d'autres auraient rendu leur tablier bien avant compte tenu des conditions… Mr Boogie-Woogie nous aura ainsi fait l'honneur de nous offrir un concert privé. Après tout, ce n'est déjà pas si mal !

Back to the Roots / Egidio Juke Ingala - Salle Municipale - Mézières-sur-Seine - 18 novembre

S'il est une soirée qui nous confronte à un choix cornélien, c'est bien de celle là dont il s'agit ! Simultanément se produisent Mr Boogie-Woogie chez Emmaüs, Back to the Roots et Egidio 'Juke' Ingala à Mézières, mais également la fabuleuse pièce de théâtre 501 Blues dans laquelle les petites mains de l'usine Levi's de La Bassée prennent une revanche sur l'histoire en retraçant sur scène leurs mésaventures passées et la mort de leur usine. Quand les mains bleues deviennent artistes, le ton sonne juste et la performance est authentique…

L'alternative est simple puisque pour avoir vu Overbeek la veille, nous choisissons le concert de Mézières-sur-Seine en nous promettant d'aller voir la pièce de théâtre dès son prochain passage dans la région. Les Back to the Roots ont enchaîné les soucis techniques et après la défection de Christophe, harmoniciste attitré du groupe, ils doivent résoudre d'insolubles problèmes de circulation qui ne leur permettront d'arriver dans la salle qu'en même temps que leur public… Une balance faite à l'arrachée couronne le tout et le combo de Lens peut s'atteler à l'heure dite à son set. Homme à tout faire, Alain Augustyniak nous offre quelques prouesses comme celle de se produire sans micro ou encore celle d'arpenter la salle en invectivant le public… Le son est exceptionnellement bon et Dominique Grebert nous fait quelques jolies démonstrations de son talent au dobro. Le Blues traditionnel des petits gars du Nord enchante l'assistance et si Back to the Roots pioche allègrement dans 16 Blues, son album autoproduit, il n'en néglige pas pour autant les standards et nous propose quelques Down by the Riverside, Before you accuse me, Honky Tonk Woman, Hey, Hey Baby de Big Bill Broonzy mais également le légendaire That's Alright Mama d'Arthur Big Boy Crudup immortalisé par le non moins légendaire Elvis Presley… En une heure de concert, Back to the Roots a réussi à convaincre un public qui n'était pas forcément le sien. Vraiment magnifique !

Place maintenant au traditionnel défilé des enfants avec L'Ecole de La Villeneuve et la classe de CE2 de Monsieur Massy à l'harmonica, emmenée par un Greg Szlapcynski en grande forme qui leur fait interpréter deux titres dont un vibrant Le lion est mort ce soir puis à Anouch Adjarian qui nous présente la classe de CE1 de Madame Gambach de l'Ecole Les Tilleuls au travers de deux chants qui ne sont autres que le superbe J'ai vu New York et une chanson des îles interprétée en Créole. Les parents apprécient à leur juste valeur les démonstrations de ce qu'il est possible d'inculquer à de jeunes enfants en peu de temps…

Il est 22 heures quand Egidio Juke Ingala et ses trois compères investissent la scène au son de leur excellent Blues mâtiné de Swing et de Boogie. Accompagné de l'impressionnant Alberto Blueyes Colombo à la guitare, de Billy Billiani à la basse et de Gio Rossi à la batterie, Egidio brille à l'harmonica mais également au chant. Charismatique à souhait, le leader use de son Milanese fighting spirit pour délivrer un set où se rencontrent technique et feeling. Il nous propose un détour par le Blues de Chicago mais aussi par le Mississipi et nous présente quelques morceaux empruntés à Guitar Slim, Little Walter ou William Clarke avec la même maestria que ses propres compositions. Un petit passage par le Blues des fifties et par les pionniers du genre et Egidio et consorts entament un gros Boogie bien musclé puis des démonstrations individuelles avant de nous quitter une première fois. A la demande générale d'une salle qui s'est malheureusement évaporée après la prestation des écoles, les Italiens reviennent pour un ultime morceau qui réunira tout le monde devant la scène. Egidio Juke Ingala a réussi à nous offrir une heure et demie de pur bonheur et un concert bourré de réalisme et d'ingéniosité qu'il ne fallait absolument pas manquer !

Aubade de Limay - CAC Georges Brassens - Mantes la Jolie - 19 novembre

Soirée soft puisque ce sont aujourd'hui les apprentis musiciens de l'Ecole de Musique de Limay qui se lancent dans la pratique collective du Jazz et du Blues et qui viennent nous demander d'être les témoins privilégiés du résultat de leurs ateliers d'initiation. Initialement prévue à leurs côtés, l'Ecole de Musique de Magnanville aura du déclarer forfait à la dernière minute pour cause de maladie de la plupart de ses membres…

Si la soirée tarde quelque peu à démarrer, c'est en raison de l'arrivée tardive de Greg Szlapcynski qui s'est retrouvé coincé dans le train de banlieue qui l'amenait à Mantes-la-Jolie… A peine arrivé, il regroupe ses ouailles et monte sur scène, lançant au pied levé la soirée… Ce sont les élèves de Madame Carré et de Monsieur Lessicard de l'Ecole Paul Bert qui sont appelés ce soir à restituer les cours d'harmonica et de chant qui leur ont été prodigués. Si les harmonicistes en herbe en restent aux deux démonstrations habituelles, les jeunes chanteurs conduits par Anouch Adjarian viennent ajouter à leur répertoire un chant venu des champs de coton. Conquise, la salle remerciera à sa manière les enfants mais également les deux intervenants…

Composé de musiciens âgés de 10 à 23 ans, le groupe qui se produit devant nous aborde sans aucun doute sa première expérience scénique, du moins sous cette forme. La formation est conséquente et regroupe deux claviers, deux saxophones, une trompette, une guitare, une basse et une batterie. Les réglages, quelque peu délicats dans une salle pas vraiment adaptée à ce genre d'exercice, ne sont pas tout à fait au point et c'est sous un déluge de basses que débute la représentation. Vite résolu, le problème de son se fait moins oppressant et les jeunes gens peuvent se lancer dans un répertoire qui n'est pas sans faire penser aux Blues Brothers… Majoritairement instrumental, le concert de ce soir nous offrira toutefois deux titres chantés, dont le splendide Sweet Home Chicago qui ne pèchera que par un solo de guitare un peu sommaire. La demi-heure de concert qui nous a été offerte aura surtout permis de constater la qualité des cours prodigués par les écoles de musique locales et notre seul petit regret résidera sans doute dans le fait que les élèves aient été trop rivés derrière leurs partitions alors que la spontanéité est quand même une des composantes du Blues… Compte tenu de leur jeunesse et de leur manque d'expérience, on ne pourra pas leur reprocher quoi que ce soit et on se contentera de les encourager dans leur démarche d'apprentissage !

Chicago Blues Festival - Espace Corot - Rosny-sur-Seine - 20 novembre

Blues-sur-Seine tire à sa fin puisque nous abordons ce soir l'antépénultième soirée du festival… Si les mines sont toujours aussi réjouies, les traits sont tirés et on décèle chez certains un manque évident de sommeil. La bonne humeur reste pourtant de mise et c'est toujours avec autant de plaisir que nous retrouvons chaque soir les bénévoles, véritable âme d'une manifestation au long cours qui, sans eux, ne pourrait pas se dérouler de façon correcte.

Avant de gagner l'Espace Corot, il nous reste quelques instants que nous utilisons pour faire un léger détour par le Foyer des Jeunes Travailleurs de Mantes-la-Jolie où va se dérouler un événement spécial puisque Philippe Ménard accueille ce soir son public sur fond de dîner concert avec au menu un assortiment de douceurs dans le plus pur style de New Orleans. Montgolfière aux écrevisses, Louisiana Meat… Les effluves nous ravissent encore ! Côté musique, l'artiste et son one man band se lanceront bien évidemment dans leur one man show avec chant, harmonica, percussions, guitare… Transfuge de Tequila dont il était le frontman, Philippe Ménard reprend à son compte la tradition du Blues et l'adapte à sa manière. Bricoleur de génie, il remodèle ses instruments pour mieux pouvoir s'en accaparer et devenir un véritable homme orchestre des temps modernes. Outre son propre répertoire, il revisite la musique des pionniers qu'ont été Joe Hil Louis ou Juke Boy Bonner mais également celle plus récente des Stones, Gallagher ou Hendrix…

Place au Chicago Blues Festival qui est conduit ce soir par le Michael Burks Blues Band et qui s'articule autour de la prestation de l'inénarrable et talentueux Maurice John Vaughn, saxophoniste, guitariste et chanteur de son état. Le show peine un peu à démarrer mais les sonorités astucieuses tirées du saxo puis de la guitare de Vaughn auront vite fait de réchauffer la salle. La formation, qui évolue ce soir pour la première fois dans cette configuration, peine quelque peu à se mettre en place et les plus attentifs remarqueront quelques erreurs dans le positionnement mais au final, personne ne se plaindra de la prestation d'un groupe rejoint par la chanteuse Teeny Tucker sur quelques titres. On retiendra l'amusant The Telephone's Running My Life sur lequel Vaughn laissera libre cours à quelques facéties mais globalement, le show restera un peu trop mou en raison de l'absence de folie qui le caractérise…

L'entracte est bien entendu consacré à la restitution des cours d'harmonica prodigués par Greg Szlapcynski aux élèves du CM2 de Madame Arnaud de l'Ecole Justice qui nous offriront leur traditionnel Blues instrumental et le non moins traditionnel Santiano repris en cœur par la salle…

On découvre enfin Michael Burks et son Blues Band qui semble tout revigoré à l'arrivée du maître de cérémonie. Le niveau monte instantanément d'un cran et l'énergie arrive enfin, propulsée par la rougeoyante Flying V du guitariste ! Pratiquant l'instrument depuis l'age de deux ans, Burks le maîtrise admirablement et ne se prive pas de nous le faire savoir au cours d'un show qui, s'il peut paraître un peu mégalo, n'en est pas moins riche et généreux. De Chicago Blues en Blues Rock ou en Blues ballads, Burks nous fait visiter son propre répertoire et ne laisse que peu de place aux reprises, préférant nous faire découvrir ses œuvres et nous régalant à la demande de quelques Snake Eggs et autres mets tirés de ses cuisines personnelles. Le public, pour une fois resté en nombre conséquent, ne s'y trompe pas et applaudit à tout rompre. Après un détour en solo dans la salle et une démonstration d'orgue Burks invitera Maurice John Vaughn et Teeny Tucker à le rejoindre sur un morceau avant de nous quitter. Standing ovation à l'appui, il reviendra sur scène pour un ultime gros Rock au cours duquel le public commencera, mais un peu tard, à s'agiter comme il se doit dans ce genre de concerts à grosse connotation musclée… Une fois le spectacle plié, tout le monde se retrouvera autour du stand où les artistes dédicacent leurs albums dans un brouhaha d'où s'échappent des paroles encourageantes qui font particulièrement plaisir à entendre.

Philippe Ménard - Hôpital François Quesnay - Mantes la Jolie - 21 novembre

C'est face au Relais H de l'Hôpital François Quesnay que se produit Philippe Ménard en ce milieu d'après-midi. La sono a été volontairement réduite à sa plus simple expression pour ne pas déranger les patients et ce sont une vingtaine de personnes qui observent le troubadour, véritable artisan du Blues, qui évolue sur un matériel lui aussi dépouillé et restreint à un ensemble grosse caisse, tambourin joué au pied, guitare électro-acoustique customisée et harmonica. Démarrée sur quelques Blues au ton léger, la petite heure que durera cet excellent concert confidentiel prendra rapidement un soupçon d'envol et Ménard s'essaiera sur le tard à un Rock un peu plus remuant. Appelé à se produire le soir même à Bois d'Arcy, le bricolo Blues nous quittera prématurément en nous promettant de venir nous rendre visite très rapidement… Un philosophe bordelais contemporain nous réjouira au passage d'une de ses déclarations ô combien pertinente ! Si l'on veut se revoir un jour, il faut se résoudre à se quitter…

The Duo - Le Colombier - Magnanville - 21 novembre

On retrouve ce soir Pascal Mikaelian et Claude Langlois, harmoniciste et guitariste de renom qui œuvrent entre autres avec le trio Verbeke, au Colombier pour un concert intimiste qui ne réunit qu'une soixantaine de personnes… The Duo s'efforce dans la bonne humeur de suivre une chronologie du Blues, interprétant des morceaux des années 30, 40 et 50 puis des débuts du Rock'n'Roll avec un medley d'Elvis Presley reprenant les célèbres Hound Dog, That's Alright Mama ou GI Blues… Une pointe de Zydeco au travers d'un hommage à Clifton Chenier, quelques covers de Benoît Blue Boy mais également des compositions personnelles telles que Tarantino viendront émailler de notes bleues une soirée éminemment sympathique où les deux complices, pedal steel guitar en avant, s'efforceront de donner le maximum à une assistance malheureusement clairsemée… En aparté, Pascal Mikaelian et Claude Langlois nous annonceront que leur nouvel album est en boite et qu'il ne leur reste plus qu'à trouver un label pour le sortir ! Tiendrait on le scoop ?

Amar Sundy - Hasna El Becharia - Espace Maurice Béjart - Verneuil sur Seine - 21 novembre

Quand l'année de l'Algérie croise l'année du Blues, cela donne des soirées comme celle-ci ! Le Blues du désert est à l'honneur ce soir et c'est Amar Sundy qui se charge de faire résonner ses premières mesures dans un Espace Maurice Béjart copieusement rempli. Issu d'une famille de Touaregs, le guitariste autodidacte recèle en lui les talents acquis auprès des légendes que sont B.B. King ou Albert King. Interprétant ses titres en Arabe, Amar ne manque pas de livrer quelques explications sur leur signification et nous propose un show ethnique et cuivré avec de gros morceaux de guitare dedans. Particulièrement riche, sa musique apporte une ouverture d'esprit et nous permet de découvrir une autre manière d'appréhender le Blues. Un peu statique, le spectacle prendra une nouvelle dimension sur le tard avec l'entrée en scène de deux danseuses qui se lanceront dans une sympathique chorégraphie. Après Elle disait, seul morceau interprété en langue française, et une sombre histoire de chameau silencieux sur le sable mais bruyant sur les cailloux, Amar Sundy nous quittera sur Sunshine, un rappel emprunté à Bill Withers sur lequel une partie du public viendra enfin se trémousser devant la scène…

Après un entracte consacré à l'exposition autour du Blues qui occupe les sous-sols des lieux, il est temps de rejoindre nos places pour assister à la prestation d'Hasna El Becharia. Héritière d'une lignée de musiciens gnawas, c'est une des grandes dames de la culture du Maghreb qui se présente à nous ce soir. Des rencontres musicales qu'elle a données à la Bibliothèque Aragon de Mantes la Jolie, elle a tiré les bénéfices et quelques femmes sont venues spécialement en minibus du Val Fourré pour assister au concert en cette nuit sacrée du destin qui annonce l'approche de la fin du ramadan et où, selon la tradition, les gens ne dorment pas et entrent dans des transes particulièrement impressionnantes. L'émancipation arrivera par le mélange des cultures et par l'intelligence qu'ont les gens qui le prônent !

Entourée de ses cinq percussionnistes, Hasna El Becharia entame un spectacle haut en couleurs à la guitare électro-acoustique, nous entêtant d'une musique lancinante et répétitive mais particulièrement chargée en émotions. Elle attrape bientôt une surprenante Gibson pour nous servir quelques nouveaux morceaux, dont un qu'elle dédie spécialement à son premier mari qui l'a laissée tomber… Devant la scène, une première femme vient nous offrir une danse spontanée. On attend les youyous mais ils tardent à se faire entendre ! Place ensuite au gumbri, sorte de guitare, ou plutôt de basse made in le bled au son et à la forme caractéristiques, dont Hasna est la seule femme au monde à jouer sur scène. Les sonorités évoluent, quelques jeunes femmes dansent sur le côté de la salle et les premiers youyous arrivent enfin… Il est déjà temps de nous séparer une première fois sur une vibrante incantation reprise en cœur par le public du cru avant que l'égérie du Cabaret Sauvage ne vienne nous offrir un dernier morceau en rappel. Si les confortables fauteuils nous invitaient quelque peu à un sommeil bien mérité après cette quinzaine passée à arpenter les salles obscures, le spectacle proposé a réussi à tenir tout le monde éveillé grâce à sa richesse et à son intensité. On se quittera sur la déclaration d'un éminent maître es-multimédia qui affirmait, le rouge aux joues et les frisettes en berne : Ma femme adore, moi ça m'endort !

Boney Fields / Lucky Peterson - Salle Jacques Brel - Mantes la Ville - 22 novembre

Toutes les bonnes choses ont une fin et il faut se résoudre à quitter Blues-sur-Seine qui, pour l'occasion, lance un dernier baroud d'honneur et nous comble de bonheur avec une Salle Jacques Brel pleine comme un œuf et dans une configuration où les sièges n'ont pas leur place… L'ambiance promet d'être chaude. Jean Guillermo intronise cet ultime concert en prenant soin de saluer et de remercier les bénévoles du Festival Bay Car venus spécialement de Grande Synthe, en banlieue de Dunkerque, pour épauler leurs amis Mantais. Greg Szlapcynski et Anouch Adjarian nous offrent une dernière fois les restitutions de leurs disciples, en guise d'apéritif, avec un étonnant jeune soliste sur Missié Banjo, la chanson en langue Créole interprétée par le Merisiers Blues Band. La salle se lâche, applaudit. Les enfants peuvent être fiers de leur prestation !

Il est déjà tard quand Boney Fields et The Bone's Project investissent la scène pour nous présenter leur show aux grosses connotations funky. Entre Soul et Jazz, Boney et ses Bone's n'ont de leçon à recevoir de personne et c'est un concert carré qui se déroule sous nos yeux ébahis. Formé à l'école des Luther Allisson, Albert Collins, Buddy Guy ou Lucky Peterson, le génial trompettiste dont l'instrument accentue et magnifie les traits négroïdes, faisant encore mieux ressortir le bibi de paille posé sur des dreadlocks, brille dans un registre qui revisite allègrement le Rhythm'n'Blues et la tradition du Chicago Blues sur un rythme soutenu qui laisse toutefois un peu de place aux facéties et autres effets de scène du charismatique Boney. Le public ne s'y trompe pas et se lance dans les refrains. Come Together, Boogie All Night Long… Autant de phrases facilement mémorisables qui permettent de prendre part à la fête et de remercier le groupe comme il se doit ! Débordant quelque peu sur le timing, mais qui s'en plaindra, les Franco-Américains nous auront régalés de soixante quinze minutes, rappel inclus, d'un concert vif et coloré. Il y a fort à parier que l'on se souviendra d'eux !

L'heure tourne et le black band de Lucky Peterson arrive enfin sur scène pour nous présenter un premier morceau avant que le prodige de Buffalo ne le rejoigne pour nous proposer à son tour quelques morceaux aux accents funky. Le Blues arrive au bout d'une vingtaine de minutes, suivi de quelques ballades et autres Rocks plus énergiques… En véritable showman à l'américaine, Lucky Peterson nous époustoufle tant il gère parfaitement ses trois claviers, orgue Hammond en tête bien entendu mais également Fender Rhodes 73 Mark 2 et Rolland XV88 à l'appui. Brillant guitariste, il quitte ses ivoires et se lance dans des envolées magistrales, s'installant un instant sur le bord de la scène, chantant sans micro et perdant même son jack au cours d'une manifestation de joie… Amoureux transi de sa Les Paul, Lucky lui fait de véritables déclarations d'amour, Oh Baby I Love You…, avant que Breno Brown ne vienne prendre part au show, apportant un second saxophone à un édifice Peterson déjà imposant. Encore quelques prouesses individuelles et une relance très Rock puis il est temps de prendre congé d'un public qui semble vraiment impressionné par le jeu de l'ensemble de la formation. En guise de rappel, il nous sera proposé un gros quart d'heure d'une jam session sur laquelle se rejoindront tour à tour Boney Fields, Breno Brown ou Philippe Ménard mais aussi quelques pointures locales telles que Sébastien Debloos au saxophone et André Hervé à l'orgue Hammond…

Blues-sur-Seine s'achève sur quelques derniers mots de Jean Guillermo, sur l'hymne festivalier de Mighty Mo' Rodgers que la sono diffuse en boucle et sur la traditionnelle haie d'honneur faite par les bénévoles qui remercient le public à sa sortie… Il est temps pour certains de regagner leurs pénates, pour d'autres d'aller à l'after intime que leur propose le CAC Georges Brassens en attendant la soirée d'adieux des bénévoles prévue pour demain sur une péniche de Poissy. La nuit profonde et sans étoile ne prête pas à la rêverie. Cette cinquième édition brille pourtant déjà au firmament des grands évènements internationaux… La seule lueur perceptible sera celle d'un couple d'anges bleus qui me saluera d'un bref geste mécanique et m'invitera à leur montrer mes papiers. Apercevant le pass qui se balance à mon cou, l'aîné se contentera d'un sourire et d'un aimable Allez-y, bonne soirée, et soyez prudent…. La radio crachouille une infâme purée prétendue musicale mais d'autres notes sont bien ancrées dans ma tête. Blues sur Seine, Blues sur Seine, I can hear you call my name, so I came, to take my claim, at Blues sur Seine…. Mighty Mo' Rodgers l'avait si bien chanté… Un immense merci à tous, bénévoles, permanents, organisateurs, photographes, journalistes, musiciens, techniciens et autres gens admirables rencontrés tout au long de ces deux semaines inoubliables !

Fred Delforge - novembre 2003

Crédits photos :
Chicago Blues : Maurice John Vaughn, Mickale Burcks et Teeny Tucker : Jocelyn Richez
Djamel Deblouze et Gérard Tartarini : Michel Enfert
Toutes les autres photos : Mike Lécuyer




retour