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Les années se suivent et ne se ressemblent pas vraiment à
La Défense Jazz Festival.
L'édition 2002 avait vu un concert de Jazz d'anthologie, donné
par Roy Haynes et sa bande, tandis que Buddy Guy avait piètrement
défendu les couleurs du Blues.
Lors du millésime 2003, les valeurs vont s'inverser au profit du
Blues.
Créé depuis maintenant plusieurs années, La Défense
Jazz Festival est un festival gratuit qui se tient sur le parvis entre
début juin et début juillet. Chaque année, il tente
avec succès de mettre les petits plats dans les grands, pour ses
deux soirées de clôture. Par ailleurs, un tremplin d'excellent
niveau, attribue un certain nombre de prix aux meilleurs jeunes espoirs
du Jazz, venants concourir (à quand une catégorie Blues
???). Rappelons, au passage, que la gratuité et la qualité
de ce festival évoquées plus haut, sont dues aux dons
des sociétés présentes sur le parvis de la Défense.
Même si elles sont légions, de leur générosité
dépend l'affiche du festival. A voir les artistes qui se succèdent
d'années en années, celle-ci ne se dément pas. Très
peu de festivals gratuits peuvent se prévaloir d'une telle continuité
qualitative. Voir Roy Haynes, Kenny Garrett, Buddy Guy, John Hammond ou
Popa Chubby sans bourse délier, n'est pas commun par les temps
qui courent
Mais revenons un peu sur l'édition 2003. Samedi 14 juin, Kenny
Garrett et son quartet nous ont donné à écouter et
à voir, ce que le Jazz peut donner de plus mauvais aujourd'hui.
Peut-on d'ailleurs parler de Jazz, à l'écoute de ce que
l'on nous a servi ? Le Sieur Garrett doit, sans doute, être bien
en mal d'inspiration, pour nous jouer la belle soupe World branchouille
qu'il a tenté de nous faire absorber. A moins qu'il ait senti l'air
du temps et cru bon de saisir l'opportunité. Si c'est le cas :
BINGO !!! On a même eu droit au petit buf de circonstance
avec un rapeur du cru
De quoi vous écurer du Jazz pour
le restant de vos jours
Les héritiers de Miles sont décidément
bien fatigués. Même l'orchestre qui l'accompagnait n'était
pas à la hauteur, ce qui est vraiment une rareté dans le
Jazz. Mais au fait, à la hauteur de quoi fallait-il être
ce soir là ??? Kenny Garrett vaut beaucoup mieux que cela, il suffit
de se rappeler comment il mit le feu l'an dernier, lors du concert de
Roy Haynes. Souhaitons qu'il revienne rapidement
au Jazz. Bref,
tournons vite cette triste page.
C'est
une toute autre prestation à laquelle s'est livré Popa Chubby
le lendemain, dimanche 15 juin 2003. Sauvage, brute et tout à la
fois raffinée, sans concession. A l'image du personnage et de sa
musique.
André Francis aura eu toutes les peines du monde à donner
les résultats du tremplin, rappelant, au passage, que sans le Blues
le Jazz n'aurait jamais existé, avant que l'homme du Bronx ne monte
sur scène. Qu'on aime ou pas Popa Chubby, il est indéniable
que ce garçon a du talent, et qu'il est une des valeurs sûres
du Blues actuel. Un Blues gorgé de Rock, certes, mais dont les
racines restent inaltérables.
Si j'attends toujours Le disque de Popa Chubby
, celui qui nous fera
tomber à la renverse et nous prouvera, si besoin en est, qu'il
fait bien partie des grands, sur scène, il est de ceux qui actuellement
nous offrent l'une des meilleures prestations du circuit. Et de fait,
son show de plus de deux heures aura été presque sans fausse
note, si ce n'est une reprise de Hey Joe façon Jimi Hendrix. Celle-là,
il aurait volontiers pu la garder dans sa poche. Jouer pour soi, c'est
bien dans un buf entre copains, devant un public, c'est beaucoup
moins bien
Voire affreusement gavant
Mais ne nous attardons
pas trop sur ce mauvais moment, alors que les bons
ont été si nombreux. Notamment lorsque Jean-Jacques Milteau,
venu en touriste, est monté sur scène pour donner la réplique
au guitariste new-yorkais. L'accord entre les deux musiciens fut parfait,
et les standards du Blues qu'ils ont enchaînés pendant quelque
temps, nous ont procuré ce qui restera, sans aucun doute, comme
le clou de la soirée. A croire que ces deux-là se connaissaient
de longue date. D'ailleurs, mon petit doigt me dit que l'on retrouvera
très bientôt leur joute musicale sur un disque (à
paraître) du gars Popa
Qui reprend justement quelques bons
vieux standards du Blues
Mais, chut
ne vendons pas la mèche
trop vite.
Il est 23 h bien tassé lorsque les lumières du show s'éteignent
enfin. Nous sommes heureux, la tête pleine de bonne Zik. De quoi
aborder la semaine avec beaucoup de tonus. On the road again, et à
l'année prochaine pour de nouvelles zavantures musicales sur le
parvis.
Patrick Guillemin
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