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Un
concert est toujours rempli de surprises, parfois des invités,
parfois des shows incroyables qui nous marquent pour longtemps, parfois
même à vie.
Parce qu'il a offert toutes ces surprises en même temps et même
plus encore, le Crossroads Guitar Festival restera à jamais dans
les annales. Trois jours de concerts, les 4, 5, 6 juin 2004 non stop à
Dallas au Texas où se succédèrent, les plus grands
guitaristes venus de tous les horizons : on a pu voir et entendre sur
ces trois jours Eric Clapton, B B King, Buddy Guy,
Carlos Santana, JJ Cale, Jeff Beck, Pat Metheny,
Robert Cray, Steve Vai, ZZ Top, Duke Robillard
et bien d'autres encore. Organisé par Eric Slowhand Clapton,
ce festival de charité avait pour but de ramasser des fonds pour
son centre de désintoxication, le Crossroads Centre à Antigua.
4 Juin : Premier Jour
Je
n'assiste pas au premier jour, qui est surtout réservé à
la presse. Les visiteurs peuvent surtout voir les grands stands des marques
de guitares, de Fender à Gibson en passant par Ibanez
. Les
concerts se déroulent sur trois principales scènes : le
Sirius Stage et le Ernie Ball Stage en intérieur
où sont proposées des master classes, et le Center Village,
la grosse scène à l'extérieur.
En début d'après midi, on peut assister sur le Sirius
à un concert organisé par Paul Reed Smith, un autre
par Chris Poland's Ohm, un concert regroupant Doyle Dykes,
Laurence Juber et Pete Huttlinger dans un set acoustique,
puis en fin de journée Honey Boy Edwards, Robert Lockwood
Jr, Bob Glaub et le grand Duke Robillard.
5 Juin : Deuxième Jour
Le deuxième jour, Samedi 5 juillet, est encore plus copieux : de
10 heures du matin à minuit vont se succéder une trentaine
d'artistes.
Le premier concert de la journée auquel j'assiste :
Jonny Lang, sur le Center Village la scène principale,
fait briller sa Telecaster et nous enchante de sa voix rocailleuse pendant
une bonne demi-heure.
Roscoe Beck enchaîne rapidement lors de la Master Class Fender.
Apres lui, Eric Johnson le shredder nous offre un show mémorable
avec sa technique irréprochable.
Après ce concert, je vais faire un tour dans les grandes salles
aménagées pour les dealers de guitares, d'amplis et de partitions.
Je ne sais pas où donner de la tête. Les vieilles Strats
Fender séries L côtoient les Gibson es 175 1963 pour le plus
grand plaisir de mes yeux. Des modèles rares de Les Paul double
manche ou triple manche, des amplis surboostées Soldano et Peavy
font de cet évènement un véritable paradis pour guitaristes
!
Je retourne vers la scène principale : Doyle Bramhall II,
le fils prodige, joue depuis déjà quelques minutes : ses
compositions sont géniales, les solos inspirés, le feeling
à fleur de peau ; c'est un de mes coups de cur de la journée
!
Après cette claque, les techniciens changent la scène plus
vite que l'éclair. Pendant qu'ils font les derniers réglages,
un murmure s'élève de la foule : quelques applaudissements
se transforment en cris puis en hurlements. Je regarde mon programme encore
une fois : JJ Cale est annoncé mais je ne le vois pas. Je
scrute la scène et je vois une personne avec une Stratocaster assise
au bord de la scène,
il s'échauffe : c'est Eric Clapton. Et lentement, à
pas de loup, arrive mister JJ Cale. Tout le monde tremble : on
va se régaler. Il attaque de suite et Clapton l'accompagne
: un grand moment ! JJ nous envoûte avec sa voix sombre et
profonde et Eric Clapton un peu en retrait, respectueux, enchaîne
les solos et les accompagnements. Ils finissent avec un magistral Cocaïne
: le pied !
Ensuite, sur la même scène, quelques minutes plus tard, arrive
John Mayer avec un show entre pop et blues rafraîchissant
!
Puis à la electric funk pedal steel Guitar arrive ensuite
Robert Randolph qui électrise la foule avec un message simple
: Love Love Love !
Il reste un dernier show maintenant : Robert Cray, Eric Clapton,
Buddy Guy, Jimmie Vaughan et Robert Randolph ; tous
ensemble entrent en scène ! La fin de soirée est blues avec
des standards comme Five Long Years et My heart beats like a
Hammer. Chacun se relaie au chant, à la guitare ! Rien n'est
prévu. Un des guitaristes lance une idée et l'ensemble répond
en coeur. C'est un véritable buf d'anthologie auxquels nous
assistons tous ébahis : un vrai plaisir, le feeling à fleur
de peau !
De nombreux artistes venus de tous les horizons musicaux se sont succédés
toute la journée avec comme point de réunion la guitare
et la musique. On a eu des surprises, des émotions fortes, des
rêves réalisés. Le lendemain s'annonce mémorable.
6 Juin : Troisième Jour
Dimanche, je me rends donc au stadium de Dallas pour un concert
d'une journée entière !
Installé confortablement dans mon siège je vois l'énorme
scène, en deux parties pour faciliter les enchaînements entre
les groupes, où de grands rideaux montrent des guitares mythiques
de Jimi Hendrix à Stevie Ray Vaughan en passant par Pete Townsend
des Who.
Il fait chaud, le soleil brille, nous sommes au Texas ! Le stade est plein
à craquer : ça va être grandiose !
Neal
Shon ex leader et guitariste de Journey commence le concert
avec l'hymne américain : tout le monde se lève, moi aussi
: je me sens américain.
Pour suivre, avec sa guitare Jem, sa monkey grip et ses fleurs
courant le manche, Steve Vai arrive pour un show très puissant
: rapidité et vitesse de jeu. Il est infaillible, comme les deux
autres guitaristes à ses cotés. Pour le final, tous alignés,
ils jouent main droite sur leur instrument, main gauche sur le manche
du voisin : impressionnant !
Larry Carlton arrive ensuite avec sa machine Blues Jazz Rock :
ça groove incroyablement et Larry improvise avec feeling
! La classe quoi !
Toujours dans la lignée Jazz, Pat Matheny et sa guitare
Pikasso 42 cordes nous offre un show très jazz classique
raffiné, suivi par John Mc Laughlin.
Robert Cray vient nous jouer son blues soul teinté de pop.
Sa voix mélangée a un superbe songwritting et des compositions
remarquables font mouche : le public est conquis !
Arrive le fils du pays : Jimmie Vaughan avec son groupe. Il joue
son désormais standard In The Middle Of The Night et régale
nos oreilles pendant une demi heure avec les titres de son dernier album
!
Puis s'enchaînent les shows de Hubert Sumlin, l'ancien guitariste
d'Howlin' Wolf, Booker T and the messengers avec le grand Steeve
Crooper, l'immense Bo Diddley et sa guitare carrée Hey
Bo Diddley et David Hidalgo de Los Lobbos.
Joe Walsh le Fou habillé en jaune et vert fluo, les cheveux
en pétard, nous offre son rock punk déjanté. Le public
chante ses chansons en cur ; Joe fait le pitre sur scène,
un très grand show !
Il est suivi par Vince Gill et son groupe de country.
Merveilleux moment quand James Taylor le songwritter country aux
mélodies et aux paroles magnifiques arrive. Il impose un tel respect,
il est si simple, si amical ! Tout le monde se calme, écoute et
boit ses paroles : c'est très émouvant !
Puis Jimmie Vaughan revient sur scène : pourquoi pas. Il
entame un morceau de blues jazz, des rumeurs montent, et Jimmie
dit au micro : Please Welcome the King Of the Blues, Mister B B King
! C'est un moment que je n'oublierai jamais, ce bonhomme, ce géant
arrivant sur scène comme s'il était chez lui ! Rock me
Baby. On rêve. Surtout quand Eric Clapton se joint à
lui ! BB King remercie Eric pour ce show, et dit que celui-ci est
le plus grand guitariste de rock de tous les temps ! Clapton est
tellement ému ! C'est un moment merveilleux! De ceux qui n'arrivent
qu'une fois.
Five long years et Buddy Guy et John Mayer arrivent et le
show se termine sur une question réponse d'anthologie entre B B
et Eric : grandiose !
Tout le monde quitte la scène. On a assisté à un
moment magique !
Le rideau descend, un autre se lève sur la scène à
coté et arrive Carlos Santana !!! Il joue ses morceaux latinos
rock avec une énergie hors du commun : il est ici à un festival
de guitare et décide de nous montrer ce qu'il sait faire : franchement
il n'est pas un des plus grands guitaristes au monde pour rien ! Il est
probablement un des rares qui sache mettre la technique au service du
feeling : renversant ! Eric Clapton le rejoint : il n'a plus le
son relativement clean des dernières années, mais un son
plus sale qui me rappelle avec bonheur la période Cream
! Tout le monde piaffe de bonheur !
Une rumeur devant moi fait part d'une tempête qui se rapproche de
Dallas.
Mais, pendant que je regarde les nuages qui se font noirs, j'entends
un vieux morceau acoustique de Robert Johnson. C'est Eric Clapton
qui joue avec Doyle Bramhall II et Nathan East. Le show
d'Eric va durer 1 heure 30 et il ne va pas nous décevoir : d'abord
quelques morceaux de Robert Johnson, puis les grands standards Wonderful
Tonight, Layla, I shot the Sheriff, Cocaïne
magnifiquement interprétés. Les éclairs zèbrent
le ciel. Le tonnerre gronde. C'est du grand spectacle !
Le groupe de Clapton reste sur scène et Clapton appelle
à ses cotés Jeff Beck !
Incroyable ! Ils ne jouent qu'un morceau : As We Ended As Lovers
mais Jeff Beck prouve à tout le monde qu'il est probablement
un des plus grands guitaristes vivants, tellement en avance avec un des
plus beaux solos que j'aie entendu !
Les ZZ Top, petit groupe local, arrivent avec leurs guitares couvertes
de poils de mouton pour finir la soirée avec tous leurs tubes dont
le saignant La Grange.
La pluie se met à tomber et les nuages roulent au dessus de nous,
pour des raisons de sécurité le boeuf prévu entre
ZZTop, Eric Clapton et Jeff Beck n'a pas lieu.
Je rentre le soir à Ennis chez Beverly Howell, ma Manager US, avec
mes amis le cur rempli de musique.
Je
me souviendrai encore longtemps de ce festival, de B.B King qui
entre en scène, d'Eric Clapton qui vient avec lui jouer
ce boeuf mythique, de ce même Clapton qui, quelques temps
après, nous offre un merveilleux concert où les éléments
semblent se déchaîner. Je n'oublierai pas tous ces géants
remerciant Slowhand pour ce show formidable, Jeff Beck jouant
ces trois notes qui touchent de près les étoiles, Santana
qui nous époustoufla par son feeling.
Cette communion entre les styles musicaux, les musiciens connus et moins
connus, unis pour défendre les valeurs telles que respect et amour,
ont permis, l'espace de trois jours, de dessiner de nouvelles lignes sur
la toile du langage universel.
Damien Lopez
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