Les échos des concerts et festivals
 

Le Casino

Monté Carlo

07 Décembre 2004

 

Monaco : Comme le dit si bien Eddy Mitchell De la musique avant toute chose. Des temps forts nous attendent toute l'année dans un lieu magique où des mondes différents se côtoient, tout simplement réunis pour le plaisir de la musique.
Le Cabaret au casino de Monté Carlo, un programme complet de diversités, jazz, blues, de Mc Coy Tyner, à The Dizzy Gillepsie Alumni All Star Big Band, Chicago Blues Festival, Marcus Miller, Kurt Elling, etc.……
Monaco : Pour ce soir le Cabaret vire au blues avec Jody Williams

 

 

 



 

Pour finir 2004 sur une note blues, le Cabaret de Monaco a reçu mardi 7 décembre la formation lauréate de la dernière édition du Chicago Blues Festival dans le cadre de la traditionnelle tournée internationale annuelle.
Chaque année, ce fameux festival qui se déroule dans la ville éponyme, élit un musicien représentatif de la scène blues accompagné de son band et d'invités hors pairs (instrumentistes-chanteurs). La tournée était cette année emmenée par Jody Williams et son Blues Band. Il avait convié la chanteuse Deitra Farr et le chanteur guitariste Andrew Junior Boy Jones.

Une soirée à guichet fermé dans cet écrin luxueux d'ordinaire dédié au Jazz. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse… A l'heure prévue, le band ouvre le bal. Guitariste blanc (style Chicago prohibition des années 30, avec casquette et pantalon à pinces, pull sans manches sur chemise et cravate) ; bassiste blanc (style Blues Brothers costard noir, chapeau et lunettes noirs) et batteur noir (chemise blanche et chapeau noir).

Dès les premières mesures, vite oublié les fastes, les tentures rouges et les chaises pourpres… La qualité (remarquable) de la sonorisation conjuguée à la magie du répertoire nous a transportés illico dans un autre monde, hors du temps et de l'espace : le monde du blues.
Chris James, Patrick Ryle, et Willie Hayes ont un quart d'heure durant fait monter la température avant l'entrée en scène de Andrew Junior Boy Jones.
Guitariste et chanteur à la voix affirmée, un peu acidulée, souvent malicieusement décalée, Andrew Jones, né en 1948 à Dallas, joue, dès son adolescence, de façon régulière avec Freddie King qu'il suivra en tournée durant 3 ans. Pendant plus de huit ans, il sera ensuite le compagnon de scène de Charlie Musselwhite. On se rappelle ses interventions précises, tranchantes, pleines de feeling lors de sa prestation au Festival de Cahors en 1991. 1997 : JSP Records lui propose d'enregistrer son premier album sous son nom : I need Time. Vont suivre : Watch What You Say chez Bullseye en 1998 et Mr.Domestic chez Galexc en 2002.

Après vingt minutes pendant lesquelles a plané l'ombre de Freddie King, Deitra Farr entre en scène. Chapeau noir, tunique noire longue imprimée de gros dessins. Fougueuse, énergique, enthousiaste, stimulante elle fut nominée au Femele Artist of the year en 1995 par la British Blues Connection Awards.
Diva de la formation Mississippi Heat avec laquelle elle enregistre deux fabuleux albums Learned the Hard Way et Thunder in my Heart, licenciée Es-lettre de Colombia, Deitra Farr est connue comme poète, auteur et interprète de ses chansons et se produit dans le monde entier. On n'a pas oublié sa participation lors de la tournée
Chicago Blues Festival 2000 en guest de Lil Ed and the Blues Imperials.
Elle déchaîne les passions à Monaco comme ailleurs, et les gens se lèvent pour Deitra et les applaudissements sont spontanés. Elle dit un truc humoristique sur Bush. Elle entame un morceau qui ressemble musicalement à Thrill is gone mais elle chante Bad company. Ensuite, one, two, you know what to do…
Arrive ensuite Jody Williams (guitare rouge, comme celle de Gérard au bœuf du Jack's Blues Café à Cagnes sur Mer ! ), cheveux blanc ras, barbe blanche rase, quelques dents en moins me semble-t-il. Pionnier du West Side sound de Chicago dès le début des années 50, il restera dans l'ombre de Magic Sam, Buddy Guy et Otis Rush. C'est en 1961 qu'il décide de disparaître de la scène musicale pour changer de voie et entreprendre une carrière d'électronicien. Peut être fut-il découragé par le manque de reconnaissance du milieu dans lequel il évoluait. Toujours est-il qu'en 77 on le retrouve pourtant sur un album qu'il partage avec Earl Hooker : The Leading Brand. Sa participation à l'Estafette Blues Festival d'Utrech en novembre 2000 lui offre la reconnaissance du public qui le redécouvre et ne l'a plus oublié.
Quelques illustrations de son dernier CD, You left me in the dark. Sa musique est une douce alchimie du Delta Blues et du Blues urbain sophistiqué. Un blues aux tonalités cristallines, valorisé par un jeu de guitare aux phrasés limpides et aux effets saisissants, accompagné par une voix ronde et chaude.
Le public du Cabaret se montre respectueux mais en redemande. L'heure du rappel vient de sonner. Dix minutes où toute la bande se retrouve sur scène avec sa palette du blues électrique des années 50, dans la plus pure tradition des jam sessions, pour opérer un final swing et coloré, salué par l'auditoire heureux de ce beau moment d'échange et de partage.

Compte rendu et crédit photographique Max Del Passo



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