Les échos des concerts et festivals
 

Cahors 2004
du 12 au 18 juillet

 

Crédit photos : Jocelyn Richez

C'est avec beaucoup de plaisir que je suis retourné cet été à Cahors pour assister à la 23ème édition du festival blues local, dans un site exceptionnel baptisé quai du blues et dans une ambiance formidable. Le festival était marqué cette année par l'hommage à Gérard Tertre président fondateur du festival qui est décédé dans l'année qui a précédé. Je tiens d'entrée à souligner l'ambiance conviviale de ce festival, avec un côté presque familial et un air de vacances. Je remercie Michèle et Nelly pour leur excellent accueil. Cahors est un festival où on se sent bien où l'on peut allier blues et gastronomie.

12 juillet
En prélude au festival de Cahors était organisé sur le boulevard Gambetta, le boulevard des cafetiers, plus qu'un échauffement avant les scènes officielles puisqu'il y avait sur le boulevard pas moins de sept groupes. Alors évidemment, compte tenu de la proximité des groupes et du volume sonore élevé de certains d'entre eux, il y avait souvent des interférences. Si les charmantes Fire girls étaient présentes au rendez-vous, ce ne fut pas le cas du public assez clairsemé en ce lundi pourtant ensoleillé. C'est bien dommage, car il y avait parmi ces sept formations, des groupes de grande qualité à commencer par les Rosebud Blue Sauce, pourtant dans des conditions difficiles, Jesus Volt et sa grosse sono jouant dans le bar d'en face. C'était l'occasion pour moi de faire connaissance avec Cyril Laurent, le nouveau saxophoniste du groupe. Si le petit nouveau était encore un peu timide, les trois anciens étaient en grande forme notamment Nico Duportal, impérial à la guitare. J'ai particulièrement apprécié son hommage à Pee Wee Crayton. J'attends le nouveau cd avec une impatience non dissimulée !

La découverte de la soirée fut pour moi un groupe toulousain, le Gadjo zaz trio. La composition de cette formation est assez originale avec deux guitares et une contrebasse, donc pas de batterie. Ils jouent une musique inspirée par les années 20/30, mélange de swing, de jump, de jazz manouche. Autre formation intéressante, celle du Texan de Dixie Frog : Neal Black avec un concert à deux facettes, l'une acoustique, vraiment excellente, l'autre électrique, parfois pyrotechnique mais toujours intéressante grace à la qualité de son jeu de guitare, à sa grosse voix caverneuse, ses compos, son style personnel mélange de blues / rock / country et des sonorités qui m'ont parfois rappelé les Allman Brothers.

J'ai aussi découvert avec curiosité une nouvelle formation, les Howling dogs, composées de musiciens bien connus des amateurs de blues : Nicolas Coulonge (guitare et chant, leader de Lonj & the Shuffle maniacs), Denis Flaichez (harmonica et chant ex Rosebud Blue Sauce), Charlie Duchain (bassiste des Flying saucers) et Fabrice Bessouat (batteur de JB Boogie). Si le potentiel du groupe est indiscutable, j'ai vu une formation en rodage qui a encore du pain sur la planche pour se trouver un véritable style, un son, un répertoire original. La dernière découverte pour moi fut le groupe Spear it, du Havre. Je les ai vus trop rapidement pour émettre un jugement définitif. Cette formation au style blues / rock s'appuie surtout sur la voix puissante de sa chanteuse, jouant un répertoire éclectique de reprises. Les trois titres que j'ai écouté étaient Proud Mary interprété à la manière de Tina Turner, Mercedes Benz de Janis Joplin chanté accapela et l'incontournable Sweet Home Chicago en fin de soirée.

14 juillet
Le festival débute dès midi par un concert des Scratch my back, l'occasion aussi de découvrir et d'apprécier le nouveau site situé en bordure du Lot à deux pas du pont Valentré. L'endroit est sympa, ombragé à une heure où le soleil est très présent. L'horaire n'est pas évident, à un moment où il fait déjà très chaud et où la plupart des spectateurs ont envie d'aller manger. Scratch by back est désormais un groupe bien rodé, mené par son harmoniciste chanteur à la voix de velour Kevin Double et dans lequel Julien Broissand s'affirme de plus en plus à la guitare, devenant de toute évidence l'un des meilleurs spécialistes français. Ils jouent un répertoire Chicago swing avec beaucoup de finesse et de virtuosité. Le festival ne peut être mieux lancé !

C'est ensuite l'occasion de voir ou de revoir Stinky Lou and the goon Mat avec leur invité permanent, Lord Benardo à l'harmonica. Leur delta blues, leurs boogies furieux font mouche et il est étonnant de voir Jimmie Wood, le chanteur des Imperial Crowns scotché devant la scène, fasciné par la musique de notre trio Franco-Belge.
Ce groupe est vraiment original, leur musique est cohérente, ils ont trouvé un style et ils s'y tiennent, ils ont le son qui va avec, un bon cocktail de compositions personnelles mélangées avec des reprises bien choisies, une énergie brute et contagieuse, et de l'humour dans les différentes interventions de Mathias Dalle pour présenter les morceaux et les musiciens aussi pour montrer comment danser (en balançant la tête d'avant en arrière !!!) sur leurs boogies endiablés. Ils prouvent que le blues des racines ne donne pas forcément le cafard et peut même engendrer une ambiance festive et chaleureuse.

Je reste devant la scène Juke joint blues pour enfin découvrir ce groupe de Los Angeles j'entend beaucoup parler depuis quelques temps et notamment depuis mon arrivée à Cahors, je veux parler des Imperial Crowns. Alors, la première chose qui frappe les esprits avant même de les avoir entendu, c'est leur look extravagant en particulier celui du chanteur Jimmie Wood, à la banane digne d'un héros de BD de Franck Margerin, rouflaquettes et petite barbiche, une chemise rouge flamboyante au large col débordant sur un costume bleu à paillettes, un look qui sous certains aspects me rappelle Willy De Ville. Quant à leur musique, j'ai un peu de mal à la qualifier tant elle est inclassable. Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas du blues (même s'il y en a dedans), c'est un cocktail explosif qui ne laisse personne indifférent, en gros, on adore ou on déteste. Personnellement, je me classe plutôt dans la deuxième catégorie.

Comme une partie du public, j'en profite pour retourner en direction de la scène Dobro blues pour découvrir Napoléon Washington, un pseudonyme étonnant pour un jeune musicien suisse. Là encore, c'est un retour aux sources qui nous est proposé mais avec une démarche très différente de celle de Stinky Lou and the goon Mat, moins festive, moins énergique, plus sophistiquée, plus intimiste, Napoléon Washington étant seul sur sur scène, chantant et s'accompagnant à la guitare acoustique ou au dobro. Sa voix est grave et envoûtante et il communique en grande partie en français avec le public. Un bel hommage aux pionniers de notre musique favorite !

Il est alors temps de rejoindre la grande scène du théâtre de verdure pour le premier concert de la soirée, celui du pianiste néerlandais Mr Boogie Woogie, de son véritable nom Eric Jan Overbeck. C'est un personnage exubérant à l'image de son look spectaculaire avec son habituel chapeau noir vissé sur la tête, des chaussures noir et blanche et une veste dans les tons gris avec des motifs qu'on a plus l'habitude de voir sur des rideaux ou sur des papiers peints. Il est accompagné d'un jeune groupe comprenant Fabrice Bessouat (de JB Boogie) à la batterie d'une jeune bassiste et un guitariste au jeu flamboyant, au visage grimaçant, un show man capable de faire le fameux duck walk en jouant Okie Dookie stomp !
Contrairement à ce que laisse penser son surnom, Mr Boogie Woogie ne joue pas que du boogie woogie, loin de là, même s'il excelle dans ce style. Pour ce concert à Cahors, il n'en a joué que deux. Son répertoire est finalement assez éclectique avec semble t'il une prédilection pour les pianistes de la Nouvelle Orléans. En fin de concert, il s'est assis sur son piano, un pied sur les touches pour un morceau plus intimiste. Globalement, il se dégage de sa musique une énergie et une bonne humeur communicative.

Avec Walter Trout, le changement de style est net, le guitar hero californien propose un blues rock sans fioritures. Son look est plus négligé (jean, T shirt noir, cheveux mal coiffés) et rapidement il en rajoute avec de nombreuses grimaces. Tout tourne autour de sa guitare, tous les morceaux sont prétextes à de longs solos. C'est un guitariste démonstratif et techniquement très compétent. C'est sûr, Walter Trout n'est pas le premier venu (30 ans de carrière, ce n'est pas rien !) son show est bien rodé, son batteur a un jeu spectaculaire jonglant avec ses baguettes au milieu d'une batterie particulièrement fournie. Le volume est assez élevé mais les organisateurs ont tout prévu, distribuant gratuitement des bouchons anti-bruit pour se mettre dans les oreilles. Je n'avais jamais vu cela auparavant. Malgré l'énergie déployée par Walter Trout et sa viruosité à la guitare, on ne peut que constater qu'une grande partie du public est partie avant la fin. Est ce que ce style guitar héro serait démodé ? Est ce que le son était trop fort ? Est ce que le public attendait autre chose ? Est ce parce qu'on n'était que jeudi et que le public local travaillait le lendemain ? C'est sans doute un peu de tout cela à la fois, toujours est il que les gradins du théâtre de verdure étaient bien clairesemés à la fin du concert.

15 juillet
Napoléon Washington était de retour, l'occasion pour moi de le revoir, cette fois pour un concert complet. L'après midi est particulièrement ensoleillé et c'est l'occasion d'apprécier à sa juste valeur le site bien ombragé de la scène Juke Joint où se produit Without, un groupe qui vient du Nord. Ils jouent relativement rarement mais sont présents sur de grands festivals comme la nuit du blues à Thouars et le Bay-Car au printemps et ce festival de Cahors où toujours, ils se montrent à leur avantage, semblant même progresser à chaque fois. Dans le style blues rock, c'est incontestablement l'une des meilleures formations françaises (avec Awek) et l'une des plus originales, ils disposent de deux bons chanteurs (Stéphane Bak et Eric Liagre) aux styles différents, de deux bons guitaristes complémentaires (Eric Liagre et Christophe DeWaele) ce qui leurs donnent beaucoup plus de possibilités qu'un power trio classique, en variant les voix, en enchaînant les solos de guitare avec beaucoup d'énergie et de fraicheur. Leur musique est puissante est très cohérente, basée sur les compositions du groupe mené par le charismatique Stéphane Bak. Ces gars là prennent visiblement beaucoup de plaisir à jouer qu'ils transmettent aisément au public venu nombreux. Décidément, après Stinky Lou and the goon Mat, le nord est à l'honneur dans ce festival !

Ce n'est pas évident ensuite d'apprécier Lenny Lafargue et Raoul Ficel sur la petite scène Dobro blues. Après le show tonitruant des Without, leur swamp blues parait un peu mou. Le côté tranquille, lazy de Lenny Lafargue et Raoul Ficel tranche avec l'énergie des without et il faut un peu de temps pour rentrer dans leur univers. C'est l'occasion de découvrir des textes en français inspirés par la vie de tous les jours, dans un style qui rappelle forcément Benoit Blue Boy. Ils ne recherchent pas la virtuosité ou les solos à rallonge, proposant un blues basique basé sur la spontanéité et les émotions, une musique vraiment attachante.

Retour sur la scène Juke Joint Blues pour retrouver les Scratch my back encore meilleurs que laveille, sur une scène plus grande, plus à la hauteur de leur grand talent devant un public nombreux et chaleureux. La température est idéale au démarrage du concert alors que la nuit vient de tomber. Ces gars là ont une grande expérience de la scène et ça se remarque. Ils ont attaqué très fort avec une versiontonitruante du Kidney Stew d'Eddie Cleanhead Vinson et ont continué sur leur lancée jouant la plupart des classiques de leur répertoire comme Caledonia et Flip, flop and fly" sans oublier de formidables compositions comme Hot black women où Julien Broissant s'est particulièrement mis en évidence. De son côté, Kevin Double était sur un nuage, avec son jeu d'harmonica alliant virtuosité et spontanéité, puissance et feeling soulevant l'enthousiasme de la foule. Ce gars là a décidément tous les talents !
Les scratch my back ont enflammé le quai du blues cadurtien nous offrant à mon sens, le meilleur concert du festival.

Les Impérial Crowns avaient ensuite une deuxième chance pour me séduire mais décidément, ils ne m'enthousiasment pas, ne me font pas taper du pied, ils ne me font ressentir aucune émotion, ce n'est vraiment pas ma musique, je ne m'y retrouve pas dans ce show certes bien réglé avec du visuel et un grain de folie. C'était un pari risqué de la part des organisateurs du festival que de programmer ce groupe que je qualifierais de borderline, un pari néanmoins gagnant car si quelques spectateurs ont rapidement fuit, nombreux se sont montrés très enthousiastes.

J'en profite pour retourner voir les Howling dogs que j'avais vus rapidement le lundi. Ils jouent au duplex, un bar du boulevard Gambetta. La section rythmique a changé en 3 jours, intégrant notamment Julien Dubois, le bassiste des moustiques du bayou, le groupe de Lenny Lafargue et Raoul Ficel. L'ambiance (moins festive) et le cadre (plus urbain) sont très différents de ceux du festival sur le quai du blues ce qui permet une fois encore de souligner la qualité du nouveau site. Ma première impression se confirme, malgré un intéressant potentiel, ce groupe est encore loin derrière Scratch my back ou Rosebud Blue Sauce.

16 juillet
Dès midi, c'est l'occasion de revoir Lenny Lafargue, Raoul Ficel et les moustiques du bayou interpréter leur swamp blues à la sauce française. Je ne sais pas s'ils sont plus en forme que la veille ou si c'est mon oreille qui est plus attentive, toujours est il que j'apprécie d'avantage ce concert que le précédent.

Dans l'après midi suit l'un des grands concerts de ce festival avec JB Boogie, le groupe du jeune pianiste / chanteur Julien Brunetaud qui est un véritable "all stars" du blues français avec outre Julien Brunetaud, Thibaut Chopin à la contrebasse, Anthony Stelmaszack à la guitare et Fabrice Bessouat à la batterie. Et puis, cerise sur le gateau, ils ont invité un soliste de plus, le saxophoniste hollandais Ruud DeVries qui amène de nouvelle possibilités intéressantes et s'intègre parfaitement au groupe; si on ne connaissait pas le groupe, on pourrait croire qu'il en est un membre régulier. On retrouve le répertoire de leur cd live au comptoir du jazz. L'entente entre les musiciens est parfaite et le résultat est somptueux. Le plaisir est autant sur scène que dans le public. Thibaut Chopin, un peu handicapé par des ampoules aux mains (mais qui l'a remarqué ?) en profite pour jouer de l'harmonica et chanter montrant d'autres facettes de son grand talent. Un très grand moment de pur plaisir !

Après un tel concert, il y a forcément une décompréssion et j'avoue que j'ai eu du mal à me reconcentrer pour le concert suivant, celui des Big Brazos, l'un des deux lauréats du tremplin Blues sur Seine (avec Stinky Lou and the goon Mat). Il faut dire que je connais le groupe et son répertoire par coeur pour les avoir vus souvent sur Paris. Pourtant, leur musique vivante et festive est un excellent remède contre la morosité. Comme aime le répéter le chanteur du groupe Jérôme Travers alias Docteur blues, ils interprètent une musique décloisonnée, inspirée par toutes sortes de musiques américaines comme la country, le cajun, le gospel, le folk, le ragtime et bien sûr le blues ! Là aussi, le groupe a un invité, Gérard Tartarini, leader de Bluesy train vient se joindre aux Brazos avec son banjo pour un boeuf bien sympa.

Retour sur la scène juke joint pour assister au concert de Joanne Shaw Taylor, la jeune anglaise que j'avais découverte au Bay-Car en invité d'Omar and Howlers. Elle m'avait fait une impression mitigée, notamment au chant. Mais à Cahors, avec ses propres musiciens, son répertoire personnel et plus de temps pour s'exprimer, elle s'est montrée sous un meilleur jour. Elle joue un blues très puissant, avec de la tension, de l'énergie dans un style à mi chemin entre Albert Collins et Stevie Ray Vaughan, sans doute deux de ses inspirations majeures. Elle a de longs cheveux blonds qui semblent parfois la gêner notamment lorsqu'elle se penche en avant et qu'elle renvoie régulièrement en arrière d'un mouvement de tête. En tout cas, cela n'affecte pas sa musique qui est assez excitante.

C'est ensuite Michele White qui ouvre la soirée sur la scène du théatre de verdure. Je ne sais pas trop à quoi s'attendre, sachant juste qu'elle est la fille de Tony Joe White. On découvre alors une jeune femme souriante avec une guitare électro acoustique et les pieds nus. Elle a une belle voix chaude et sensuelle mais sa musique folk pop, sans être désagréable n'est pas non plus inoubliable. Elle abandonne la guitare pour le clavier mais sa musique éclectique, sorte de synthèse de différentes musiques américaines ne m'accroche vraiment pas si bien que je finis le concert au bar à discuter avec quelques amis en écoutant la fin du spectacle de Michele White d'une oreille distraite.

Heureusement, après cette petite déception, j'ai beaucoup aimé le concert suivant. Otis Grand a réalisé une superbe prestation, démarrant par quelques instrumentaux, l'occasion d'apprécier son magnifique jeu de guitare inspiré par T Bone Walker, Albert King, Buddy Guy et surtout de BB King. Le solos réalisés avec virtuosité et feeling s'enchaînent ponctués par quelques belles grimaces. Otis Grand rendit un bien bel hommage à Gérard Tertre lui dédiant un fantastique instrumental, se permettant une longue descente dans le public, l'occasion de faire encore monter l'ambiance. Il fut ensuite rejoint par le filiforme Jimmy Thomas, un chanteur noir de Rhythm & Blues originaire de Saint Louis. Après quelques standards bien interprétés the things that I used to do, T Bone Shuffle etc...), Otis Grand a invité Benoit Blue Boy à venir le rejoindre sur scène avec ses harmonicas pour un titre. Au final, il a fait monter sur scène une jeune femme pour danser sur un boogie Hookerien avant de terminer sur un hommage à Buddy Guy. Grand concert de blues !!!

17 juillet
Malheureusement, la pluie est au rendez-vous ce samedi matin et le concert de JB Boogie et son invité Ruud De Vries initialement prévu à midi a été décalé dans l'après midi. Si on a craint un moment l'annulation pure et simple du concert, il peut finalement se dérouler mais malheureusement devant un public clairsemé. Et c'est bien dommage car ce concert fut une nouvelle fois magnifique. Les musiciens de JB Boogie n'ont rien à envier à beaucoup de groupes américains, ils ont vraiment le niveau international. A noter la présence d'une autre invitée en fin de concert, Véronique Sauriat (la chanteuse de Mama's biscuit) venant chanter avec le groupe.

En cet après midi, le sud ouest est l'honneur, le concert suivant étant celui de Blues & Trouble. Ce qui marque avec Blues & Trouble, c'est bien sûr la voix et l'énergie de sa chanteuse Gladys Amoros, aussi le jeu de guitare très fin de Michel Foizon et surtout un style unique, propre au groupe, qui est une fusion des différentes influences du groupe, allant du jazz au gospel, du swing au blues avec des compositions personnelles, un son propre et une véritable homogénéité.

On enchaîne avec le Elmore D trio, un groupe complétement inédit. En fait, Daniel Droixhe alias Elmore D s'est fait plaisir invitant pour l'occasion deux amis Philippe Ménard (guitare et chant) et Dominique Floch (harmonica et chant). Ce concert est une sorte de boeuf, ça sent l'improvisation en permanence, il y a beaucoup de fraicheur et de spontanéité mais il faut reconnaitre que la mise en place était souvent approximative. Un quatrième larron vient rejoindre le trio, c'est Benoit Blue Boy en personne avec ses harmos et en toute décontraction. Un très bon moment !
Pendant ce temps là, Joanne Shaw Taylor joue de nouveau sur la scène Juke Joint Blues et elle confirme la bonne impression de la veille.

En fin de soirée, les Juke Joints, un groupe hollandais de boogie rock dans la lignée des Nighthawks, inspirés par Rory Gallagher. Ces vétérans ont la santé et ils parviennent sans problème à faire bouger la foule par des boogies furieux et bien envoyés. Bien que ce groupe existe parait il depuis une vingtaine d'années, il s'agit pour nous français d'une révélation. Leur musique est vraiment dynamique et efficace, sans temps morts. Et puis, l'une des originalités de ce groupe est que le chanteur Peter Kempe est au fond de la scène dérrière sa batterie qu'il abandonne quelques minutes pour jouer de la mandoline !

Je fais ensuite un petit détour par le boulevard Gambetta au duplex pour aller voir les Hot Chickens, un groupe de rockabilly qui avait enflammé le festival l'année dernière. Avec eux, on ne risque pas de s'ennuyer,le spectacleestgaranti. Ce sont des fousfurieux qui ontle sens du spectacle, en particulier HervéLoison qui se permet des acrobaties étonnantes avec sa contrebasse. Il se balade sur les tables puis monte même sur le toit d'une voiture garée devant le bar (sans doute la sienne ?). Outre cette énergie brute, ce côté fun et résolument spectaculaire, ils ont un remarquable sens de l'humour et leur musique est vraiment excitante.
Je finis la soirée aux dock pour assister à la jam session quotidienne, menée par Eric Starczan. C'est l'occasion de revoir tous les musiciens qui ont joué sur le festival, quelques musiciens non programmés venus en spectateurs et aussi d'échanger ses impressions avec les amis.

18 juillet
La journée démarre avec le Elmore D trio. De nouveau, la détrontraction est de mise et on sent bien que l'objectif de ce trio est surtout de prendre du plaisir et de le transmettre au public. On sent qu'ils ont déjà plus de repères que la veille et cette fois ci, c'est Peter Kempe (le batteur chanteur des Juke Joints) et sa mandoline qu'ils invitent.
Malheureusement, durant l'après midi, la pluie se remet à tomber obligeant les organisateurs à déplacer le concert d'Eric Starczan aux docks. Evidemment, le lieu est moins sympa que le quai du blues, plus impersonnel et surtout plus sombre mais on ne peut rien contre les caprices de la météo. Avec son groupe, Eric Starczan joue lui aussi une musique décloisonnée, mélangeant son blues avec du rock et du funk. Malgré sa virtuosité à la guitare, je n'accroche pas trop.

Programmés ensuite, Les Firebirds ont été les grands malchanceux de ce festival et cela d'autant plus que Cahors était pour eux une occasion de se faire connaitre de la presse spécialisée et des amateurs de blues, comme une sorte de tremplin, une rampe de lancement. Leur concert a d'abord été décalé à cause de pluie. Ils ont commencé avec beaucoup de retard à un moment où le public avait déserté l'endroit, pensant que le concert serait annulé. Ensuite, des problèmes techniques et une mauvaise balance (sans doute faite rapidement à cause de la pluie) n'ont pas permis aux Firebirds de montrer leur meilleur visage. Il faudra donc absolument les revoir, car ce groupe est prometteur. Ils me font penser aux Scratch my back et aux Hoodoomen au niveau du line up comme du répertoire, mélangeant Chicago blues et West Coast avec un leader chanteur harmoniciste Albert Van Laggen, un néerlandais installé dans le sud ouest.

Sur la scène "Dobro blues", les Juke joints refont plus ou moins le même concert que la veille, mais l'effet de surprise, l'effet découverte n'y est plus. Neanmoins, ils confirment qu'ils ont un bon groupe expérimenté et bien rodé. J'imagine que dans un bar, ils doivent mettre le feu sans problème encore plus que sur une telle scène en extérieur. C'est vraiment une bonne découverte !


Le festival touche déjà à sa fin et pour cette dernière soirée du festival consacrée aux dynosaures du blues français, le théâtre de verdure est plein comme un oeuf, c'est la grande foule à tel point que les guichets sont fermés ! Tous les billets ont été vendus semble t'il depuis longtemps. A vrai dire, tout le monde s'attendait à voir nos trois mousquetaires en découdre tous ensemble sur la même scène. Cette réunion rapidement entrevue à l'olympia en mars 1991 avait de quoi nous emballer, nous faire rêver. Malheureusement, comme sans doute beaucoup d'autres spectateurs, j'avais mal interprété l'affiche du festival et cette dernière soirée du festival est un concert de Paul Personne avec en première partie un concert acoustique de Patrick Verbeke et Benoit Blues Boy. Patrick Verbeke s'est montré très à l'aise dans cette formule, étant même très bavard pour présenter ses morceaux, nous rappelant les grandes heures de son émission de radio de quoi j'vais me plaindre, modifiant légèrement les paroles de cette chanson en de quoi j'vais me plaindre à Cahors aujourd'hui. Verbeke a comme un don pour communiquer avec le public et il fait un triomphe. Il rend aussi un bel hommage à Gérard Tertre en interprétant un Sweet Home Chicago changé en Sweet Home Cahors, repris par le public. Comme Patrick Verbeke, Benoit Blue Boy enchaîne quelques uns de ses grands succès comme J'marche doucement, j'suis pas pressé, Lucille, Le diable au bout de mon lit.

L'ambiance est chaude lorsque Paul Personne fait son apparition sur la scène du théâtre de verdure. Il entame son concert avec quelques bons vieux titres (barjoland, ça va rouler) joués à la guitare acoustique. La séquence acoustique est de courte durée et on retrouve ensuite un Paul Personne plus habituel, beaucoup plus rock aussi avec un niveau sonore assez élevé et des morceaux plus récents. Dans son groupe, je remarque avec un certain étonnement Claude Langlois à la pedal steel.

Au rappel, Paul Personne invite Patrick Verbeke et Benoit Blue Boy à venir le rejoindre (enfin !) pour le boeuf tant attendu. Malheureusement, cette jam finale semble complètement improvisée si bien qu'ils se contentent de jouer quelques gros standards Hoochie Coochie man, Baby, what you want me to do et un medley Johnny B good / Rock me baby. Mais, ne boudons pas notre plaisir sachant qu'une telle réunion des trois principaux pionniers (avec Bill Deraime) du blues français est exceptionnelle.

Au final, j'ai pris beaucoup de plaisir à écouter ma musique favorite dans toute sa diversité durant ce festival, je retiens beaucoup de bons concerts, notamment de la part des groupes français, une formidable ambiance, de la convivialité, un site magnifique (et longtemps ensoleillé). Vivement l'année prochaine et la 24ème édition !

Jocelyn Richez



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