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Crédit photos : Jocelyn Richez
C'est avec beaucoup de plaisir que je suis retourné cet été
à Cahors pour assister à la 23ème édition
du festival blues local, dans un site exceptionnel baptisé quai
du blues et dans une ambiance formidable. Le festival était
marqué cette année par l'hommage à Gérard
Tertre président fondateur du festival qui est décédé
dans l'année qui a précédé. Je tiens d'entrée
à souligner l'ambiance conviviale de ce festival, avec un côté
presque familial et un air de vacances. Je remercie Michèle
et Nelly pour leur excellent accueil. Cahors est un festival où
on se sent bien où l'on peut allier blues et gastronomie.
12 juillet
En prélude au festival de Cahors était organisé sur
le boulevard Gambetta, le boulevard des cafetiers, plus qu'un échauffement
avant les scènes officielles puisqu'il y avait sur le boulevard
pas moins de sept groupes. Alors évidemment, compte tenu de la
proximité des groupes et du volume sonore élevé de
certains d'entre eux, il y avait souvent des interférences. Si
les charmantes Fire girls étaient présentes au rendez-vous,
ce ne fut pas le cas du public assez clairsemé en ce lundi pourtant
ensoleillé. C'est bien dommage, car il y avait parmi ces sept formations,
des groupes de grande qualité à commencer par les Rosebud
Blue Sauce, pourtant dans des conditions difficiles, Jesus Volt et
sa grosse sono jouant dans le bar d'en face. C'était l'occasion
pour moi de faire connaissance avec Cyril Laurent, le nouveau saxophoniste
du groupe. Si le petit nouveau était encore un peu timide, les
trois anciens étaient en grande forme notamment Nico Duportal,
impérial à la guitare. J'ai particulièrement apprécié
son hommage à Pee Wee Crayton. J'attends le nouveau cd avec une
impatience non dissimulée !
La découverte de la soirée fut pour moi un groupe toulousain,
le
Gadjo zaz trio. La composition de cette formation est assez originale
avec deux guitares et une contrebasse, donc pas de batterie. Ils jouent
une musique inspirée par les années 20/30, mélange
de swing, de jump, de jazz manouche. Autre formation intéressante,
celle du Texan de Dixie Frog : Neal Black avec un concert à deux
facettes, l'une acoustique, vraiment excellente, l'autre électrique,
parfois pyrotechnique mais toujours intéressante grace à
la qualité de son jeu de guitare, à sa grosse voix caverneuse,
ses compos, son style personnel mélange de blues / rock / country
et des sonorités qui m'ont parfois rappelé les Allman Brothers.
J'ai aussi découvert avec curiosité une nouvelle formation,
les Howling dogs, composées de musiciens bien connus des amateurs
de blues : Nicolas Coulonge (guitare et chant, leader de Lonj & the
Shuffle maniacs), Denis Flaichez (harmonica et chant ex Rosebud Blue Sauce),
Charlie Duchain (bassiste des Flying saucers) et Fabrice Bessouat (batteur
de JB Boogie). Si le potentiel du groupe est indiscutable, j'ai vu une
formation en rodage qui a encore du pain sur la planche pour se trouver
un véritable style, un son, un répertoire original. La dernière
découverte pour moi fut le groupe Spear it, du Havre. Je les ai
vus trop rapidement pour émettre un jugement définitif.
Cette formation au style blues / rock s'appuie surtout sur la voix puissante
de sa chanteuse, jouant un répertoire éclectique de reprises.
Les trois titres que j'ai écouté étaient Proud
Mary interprété à la manière de Tina Turner,
Mercedes Benz de Janis Joplin chanté accapela et l'incontournable
Sweet Home Chicago en fin de soirée.
14 juillet
Le festival débute dès midi par un concert des Scratch
my back, l'occasion aussi de découvrir et d'apprécier
le nouveau site situé en bordure du Lot à deux pas du pont
Valentré. L'endroit est sympa, ombragé à une heure
où le soleil est très présent. L'horaire n'est pas
évident, à un moment où il fait déjà
très chaud et où la plupart des spectateurs ont envie d'aller
manger. Scratch by back est désormais un groupe bien rodé,
mené par son harmoniciste chanteur à la voix de velour Kevin
Double et dans lequel Julien Broissand s'affirme de plus en plus
à la guitare, devenant de toute évidence l'un des meilleurs
spécialistes français. Ils jouent un répertoire Chicago
swing avec beaucoup de finesse et de virtuosité. Le festival ne
peut être mieux lancé !
C'est ensuite l'occasion de voir ou de revoir Stinky Lou and the goon
Mat avec
leur invité permanent, Lord Benardo à l'harmonica. Leur
delta blues, leurs boogies furieux font mouche et il est étonnant
de voir Jimmie Wood, le chanteur des Imperial Crowns scotché devant
la scène, fasciné par la musique de notre trio Franco-Belge.
Ce groupe est vraiment original, leur musique est cohérente, ils
ont trouvé un style et ils s'y tiennent, ils ont le son qui va
avec, un bon cocktail de compositions personnelles mélangées
avec des reprises bien choisies, une énergie brute et contagieuse,
et de l'humour dans les différentes interventions de Mathias Dalle
pour présenter les morceaux et les musiciens aussi pour montrer
comment danser (en balançant la tête d'avant en arrière
!!!) sur leurs boogies endiablés. Ils prouvent que le blues des
racines ne donne pas forcément le cafard et peut même engendrer
une ambiance festive et chaleureuse.
Je reste devant la scène Juke joint blues pour enfin découvrir
ce groupe de Los Angeles j'entend beaucoup parler depuis quelques temps
et notamment depuis mon arrivée à Cahors, je veux parler
des Imperial
Crowns. Alors, la première chose qui frappe les esprits avant
même de les avoir entendu, c'est leur look extravagant en particulier
celui du chanteur Jimmie Wood, à la banane digne d'un héros
de BD de Franck Margerin, rouflaquettes et petite barbiche, une chemise
rouge flamboyante au large col débordant sur un costume bleu à
paillettes, un look qui sous certains aspects me rappelle Willy De Ville.
Quant à leur musique, j'ai un peu de mal à la qualifier
tant elle est inclassable. Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas
du blues (même s'il y en a dedans), c'est un cocktail explosif qui
ne laisse personne indifférent, en gros, on adore ou on déteste.
Personnellement, je me classe plutôt dans la deuxième catégorie.
Comme une partie du public, j'en profite pour retourner en direction
de la scène Dobro blues pour découvrir Napoléon
Washington, un pseudonyme étonnant pour un jeune musicien suisse.
Là
encore, c'est un retour aux sources qui nous est proposé mais avec
une démarche très différente de celle de Stinky Lou
and the goon Mat, moins festive, moins énergique, plus sophistiquée,
plus intimiste, Napoléon Washington étant seul sur sur scène,
chantant et s'accompagnant à la guitare acoustique ou au dobro.
Sa voix est grave et envoûtante et il communique en grande partie
en français avec le public. Un bel hommage aux pionniers de notre
musique favorite !
Il est alors temps de rejoindre la grande scène du théâtre
de verdure pour le premier concert de la soirée, celui du pianiste
néerlandais Mr
Boogie Woogie, de son véritable nom Eric Jan Overbeck. C'est
un personnage exubérant à l'image de son look spectaculaire
avec son habituel chapeau noir vissé sur la tête, des chaussures
noir et blanche et une veste dans les tons gris avec des motifs qu'on
a plus l'habitude de voir sur des rideaux ou sur des papiers peints. Il
est accompagné d'un jeune groupe comprenant Fabrice Bessouat (de
JB Boogie) à la batterie d'une jeune bassiste et un guitariste
au jeu flamboyant, au visage grimaçant, un show man capable de
faire le fameux duck walk en jouant Okie Dookie stomp !
Contrairement à ce que laisse penser son surnom, Mr Boogie Woogie
ne joue pas que du boogie woogie, loin de là, même s'il excelle
dans ce style. Pour ce concert à Cahors, il n'en a joué
que deux. Son répertoire est finalement assez éclectique
avec semble t'il une prédilection pour les pianistes de la Nouvelle
Orléans. En fin de concert, il s'est assis sur son piano, un pied
sur les touches pour un morceau plus intimiste. Globalement, il se dégage
de sa musique une énergie et une bonne humeur communicative.
Avec
Walter Trout, le changement de style est net, le guitar hero californien
propose un blues rock sans fioritures. Son look est plus négligé
(jean, T shirt noir, cheveux mal coiffés) et rapidement il en rajoute
avec de nombreuses grimaces. Tout tourne autour de sa guitare, tous les
morceaux sont prétextes à de longs solos. C'est un guitariste
démonstratif et techniquement très compétent. C'est
sûr, Walter Trout n'est pas le premier venu (30 ans de carrière,
ce n'est pas rien !) son show est bien rodé, son batteur a un jeu
spectaculaire jonglant avec ses baguettes au milieu d'une batterie particulièrement
fournie. Le volume est assez élevé mais les organisateurs
ont tout prévu, distribuant gratuitement des bouchons anti-bruit
pour se mettre dans les oreilles. Je n'avais jamais vu cela auparavant.
Malgré l'énergie déployée par Walter Trout
et sa viruosité à la guitare, on ne peut que constater qu'une
grande partie du public est partie avant la fin. Est ce que ce style guitar
héro serait démodé ? Est ce que le son était
trop fort ? Est ce que le public attendait autre chose ? Est ce parce
qu'on n'était que jeudi et que le public local travaillait le lendemain
? C'est sans doute un peu de tout cela à la fois, toujours est
il que les gradins du théâtre de verdure étaient bien
clairesemés à la fin du concert.
15 juillet
Napoléon
Washington était de retour, l'occasion pour moi de le revoir,
cette fois pour un concert complet. L'après midi est particulièrement
ensoleillé et c'est l'occasion d'apprécier à sa juste
valeur le site bien ombragé de la scène Juke Joint où
se produit Without, un groupe qui vient du Nord. Ils jouent relativement
rarement mais sont présents sur de grands festivals comme la nuit
du blues à Thouars et le Bay-Car au printemps et ce festival de
Cahors où toujours, ils se montrent à leur avantage, semblant
même progresser à chaque fois. Dans le style blues rock,
c'est incontestablement l'une des meilleures formations françaises
(avec Awek) et l'une des plus originales, ils disposent de deux bons chanteurs
(Stéphane
Bak et Eric Liagre) aux styles différents, de deux bons guitaristes
complémentaires (Eric Liagre et Christophe DeWaele) ce qui leurs
donnent beaucoup plus de possibilités qu'un power trio classique,
en variant les voix, en enchaînant les solos de guitare avec beaucoup
d'énergie et de fraicheur. Leur musique est puissante est très
cohérente, basée sur les compositions du groupe mené
par le charismatique Stéphane Bak. Ces gars là prennent
visiblement beaucoup de plaisir à jouer qu'ils transmettent aisément
au public venu nombreux. Décidément, après Stinky
Lou and the goon Mat, le nord est à l'honneur dans ce festival
!
 Ce
n'est pas évident ensuite d'apprécier Lenny Lafargue
et Raoul Ficel sur la petite scène Dobro blues. Après
le show tonitruant des Without, leur swamp blues parait un peu mou. Le
côté tranquille, lazy de Lenny Lafargue et Raoul Ficel
tranche avec l'énergie des without et il faut un peu de temps pour
rentrer dans leur univers. C'est l'occasion de découvrir des textes
en français inspirés par la vie de tous les jours, dans
un style qui rappelle forcément Benoit Blue Boy. Ils ne recherchent
pas la virtuosité ou les solos à rallonge, proposant un
blues basique basé sur la spontanéité et les émotions,
une musique vraiment attachante.
Retour sur la scène Juke Joint Blues pour retrouver les Scratch
my back encore meilleurs que laveille, sur une scène plus grande,
plus à la hauteur de leur grand talent devant un public nombreux
et chaleureux. La température est idéale au démarrage
du concert alors que la nuit vient de tomber. Ces gars là ont une
grande expérience de la scène et ça se remarque.
Ils ont attaqué très fort avec une versiontonitruante du
Kidney Stew d'Eddie Cleanhead Vinson et ont continué sur
leur lancée jouant la plupart des classiques de leur répertoire
comme Caledonia et Flip, flop and fly" sans oublier
de formidables compositions comme Hot black women où Julien
Broissant s'est particulièrement mis en évidence. De son
côté, Kevin Double était sur un nuage, avec son jeu
d'harmonica alliant virtuosité et spontanéité, puissance
et feeling soulevant l'enthousiasme de la foule. Ce gars là a décidément
tous les talents !
Les scratch my back ont enflammé le quai du blues cadurtien nous
offrant à mon sens, le meilleur concert du festival.
Les Impérial Crowns avaient ensuite une deuxième
chance pour me séduire mais décidément, ils ne m'enthousiasment
pas, ne me font pas taper du pied, ils ne me font ressentir aucune émotion,
ce n'est vraiment pas ma musique, je ne m'y retrouve pas dans ce show
certes bien réglé avec du visuel et un grain de folie. C'était
un pari risqué de la part des organisateurs du festival que de
programmer ce groupe que je qualifierais de borderline, un pari néanmoins
gagnant car si
quelques spectateurs ont rapidement fuit, nombreux se sont montrés
très enthousiastes.
J'en profite pour retourner voir les Howling dogs que j'avais vus rapidement
le lundi. Ils jouent au duplex, un bar du boulevard Gambetta. La section
rythmique a changé en 3 jours, intégrant notamment Julien
Dubois, le bassiste des moustiques du bayou, le groupe de Lenny Lafargue
et Raoul Ficel. L'ambiance (moins festive) et le cadre (plus urbain) sont
très différents de ceux du festival sur le quai du blues
ce qui permet une fois encore de souligner la qualité du nouveau
site. Ma première impression se confirme, malgré un intéressant
potentiel, ce groupe est encore loin derrière Scratch my back ou
Rosebud Blue Sauce.
16 juillet
Dès midi, c'est l'occasion de revoir Lenny Lafargue, Raoul Ficel
et les moustiques du bayou interpréter leur swamp blues à
la sauce française. Je ne sais pas s'ils sont plus en forme que
la veille ou si c'est mon oreille qui est plus attentive, toujours est
il que j'apprécie d'avantage ce concert que le précédent.
Dans
l'après midi suit l'un des grands concerts de ce festival avec
JB Boogie, le groupe du jeune pianiste / chanteur Julien Brunetaud
qui est un véritable "all stars" du blues français
avec outre Julien Brunetaud, Thibaut Chopin à la contrebasse, Anthony
Stelmaszack à la guitare et Fabrice Bessouat à la batterie.
Et puis, cerise sur le gateau, ils ont invité un soliste de plus,
le saxophoniste hollandais Ruud DeVries qui amène de nouvelle possibilités
intéressantes et s'intègre parfaitement au groupe; si on
ne connaissait pas le groupe, on pourrait croire qu'il en est un membre
régulier. On retrouve le répertoire de leur cd live au
comptoir du jazz. L'entente entre les musiciens est parfaite et le
résultat est somptueux. Le plaisir est autant sur scène
que dans le public. Thibaut Chopin, un peu handicapé par des ampoules
aux mains (mais qui l'a remarqué ?) en profite pour jouer de l'harmonica
et chanter montrant d'autres facettes de son grand talent. Un très
grand moment de pur plaisir !
Après un tel concert, il y a forcément une décompréssion
et j'avoue que j'ai eu du mal à me reconcentrer pour le concert
suivant, celui des Big
Brazos, l'un des deux lauréats du tremplin Blues sur Seine
(avec Stinky Lou and the goon Mat). Il faut dire que je connais le groupe
et son répertoire par coeur pour les avoir vus souvent sur Paris.
Pourtant, leur musique vivante et festive est un excellent remède
contre la morosité. Comme aime le répéter le chanteur
du groupe Jérôme Travers alias Docteur blues, ils
interprètent une musique décloisonnée, inspirée
par toutes sortes de musiques américaines comme la country, le
cajun, le gospel, le folk, le ragtime et bien sûr le blues ! Là
aussi, le groupe a un invité, Gérard Tartarini, leader de
Bluesy train vient se joindre aux Brazos avec son banjo pour un boeuf
bien sympa.
Retour
sur la scène juke joint pour assister au concert de Joanne
Shaw Taylor, la jeune anglaise que j'avais découverte au Bay-Car
en invité d'Omar and Howlers. Elle m'avait fait une impression
mitigée, notamment au chant. Mais à Cahors, avec ses propres
musiciens, son répertoire personnel et plus de temps pour s'exprimer,
elle s'est montrée sous un meilleur jour. Elle joue un blues très
puissant, avec de la tension, de l'énergie dans un style à
mi chemin entre Albert Collins et Stevie Ray Vaughan, sans doute deux
de ses inspirations majeures. Elle a de longs cheveux blonds qui semblent
parfois la gêner notamment lorsqu'elle se penche en avant et qu'elle
renvoie régulièrement en arrière d'un mouvement de
tête. En tout cas, cela n'affecte pas sa musique qui est assez excitante.
C'est ensuite Michele White
qui ouvre la soirée sur la scène du théatre de verdure.
Je ne sais pas trop à quoi s'attendre, sachant juste qu'elle est
la fille de Tony Joe White. On découvre alors une jeune femme souriante
avec une guitare électro acoustique et les pieds nus. Elle a une
belle voix chaude et sensuelle mais sa musique folk pop, sans être
désagréable n'est pas non plus inoubliable. Elle abandonne
la guitare pour le clavier mais sa musique éclectique, sorte de
synthèse de différentes musiques américaines ne m'accroche
vraiment pas si bien que je finis le concert au bar à discuter
avec quelques amis en écoutant la fin du spectacle de Michele White
d'une oreille distraite.
Heureusement, après cette petite déception, j'ai beaucoup
aimé le concert suivant. Otis
Grand a réalisé une superbe prestation, démarrant
par quelques instrumentaux, l'occasion d'apprécier son magnifique
jeu de guitare inspiré par T Bone Walker, Albert King, Buddy Guy
et surtout de BB King. Le solos réalisés avec virtuosité
et feeling s'enchaînent ponctués par quelques belles grimaces.
Otis Grand rendit un bien bel hommage à Gérard Tertre lui
dédiant un fantastique instrumental, se permettant une longue descente
dans le public, l'occasion de faire encore monter l'ambiance. Il fut ensuite
rejoint par le filiforme Jimmy Thomas, un chanteur noir de Rhythm &
Blues originaire de Saint Louis. Après quelques standards bien
interprétés the things that I used to do, T Bone
Shuffle etc...), Otis Grand a invité Benoit Blue Boy à
venir le rejoindre sur scène avec ses harmonicas pour un titre.
Au final, il a fait monter sur scène une jeune femme pour danser
sur un boogie Hookerien avant de terminer sur un hommage à Buddy
Guy. Grand concert de blues !!!
17 juillet
Malheureusement,
la pluie est au rendez-vous ce samedi matin et le concert de JB Boogie
et son invité Ruud De Vries initialement prévu à
midi a été décalé dans l'après midi.
Si on a craint un moment l'annulation pure et simple du concert, il peut
finalement se dérouler mais malheureusement devant un public clairsemé.
Et c'est bien dommage car ce concert fut une nouvelle fois magnifique.
Les musiciens de JB Boogie n'ont rien à envier à beaucoup
de groupes américains, ils ont vraiment le niveau international.
A noter la présence d'une autre invitée en fin de concert,
Véronique Sauriat (la chanteuse de Mama's biscuit) venant chanter
avec le groupe.
En
cet après midi, le sud ouest est l'honneur, le concert suivant
étant celui de Blues & Trouble. Ce qui marque avec Blues
& Trouble, c'est bien sûr la voix et l'énergie de sa
chanteuse Gladys Amoros, aussi le jeu de guitare très fin de Michel
Foizon et surtout un style unique, propre au groupe, qui est une fusion
des différentes influences du groupe, allant du jazz au gospel,
du swing au blues avec des compositions personnelles, un son propre et
une véritable homogénéité.
On
enchaîne avec le Elmore D trio, un groupe complétement
inédit. En fait, Daniel Droixhe alias Elmore D s'est fait plaisir
invitant pour l'occasion deux amis Philippe Ménard (guitare et
chant) et Dominique Floch (harmonica et chant). Ce concert est une sorte
de boeuf, ça sent l'improvisation en permanence, il y a beaucoup
de fraicheur et de spontanéité mais il faut reconnaitre
que la mise en place était souvent approximative. Un quatrième
larron vient rejoindre le trio, c'est Benoit Blue Boy en personne avec
ses harmos et en toute décontraction. Un très bon moment
!
Pendant ce temps là, Joanne Shaw Taylor joue de nouveau sur la
scène Juke Joint Blues et elle confirme la bonne impression de
la veille.
En fin de soirée, les Juke Joints, un groupe hollandais de boogie
rock dans la lignée des Nighthawks, inspirés par Rory Gallagher.
Ces vétérans ont la santé et ils parviennent sans
problème à faire bouger la foule par des boogies furieux
et bien envoyés. Bien que ce groupe existe parait il depuis une
vingtaine d'années, il s'agit pour nous français d'une révélation.
Leur musique est vraiment dynamique et efficace, sans temps morts. Et
puis, l'une des originalités de ce groupe est que le chanteur Peter
Kempe est au fond de la scène dérrière sa batterie
qu'il abandonne quelques minutes pour jouer de la mandoline !
Je
fais ensuite un petit détour par le boulevard Gambetta au duplex
pour aller voir les Hot Chickens, un groupe de rockabilly qui avait
enflammé le festival l'année dernière. Avec eux,
on ne risque pas de s'ennuyer,le spectacleestgaranti. Ce sont des
fousfurieux qui ontle sens du spectacle, en particulier HervéLoison
qui se permet des acrobaties étonnantes avec sa contrebasse. Il
se balade sur les tables puis monte même sur le toit d'une voiture
garée devant le bar (sans doute la sienne ?). Outre cette énergie
brute, ce côté fun et résolument spectaculaire, ils
ont un remarquable sens de l'humour et leur musique est vraiment excitante.
Je finis la soirée aux dock pour assister à la jam session
quotidienne, menée par Eric Starczan. C'est l'occasion de
revoir tous les musiciens qui ont joué sur le festival, quelques
musiciens non programmés venus en spectateurs et aussi d'échanger
ses impressions avec les amis.
18 juillet
La
journée démarre avec le Elmore D trio. De nouveau,
la détrontraction est de mise et on sent bien que l'objectif de
ce trio est surtout de prendre du plaisir et de le transmettre au public.
On sent qu'ils ont déjà plus de repères que la veille
et cette fois ci, c'est Peter Kempe (le batteur chanteur des Juke Joints)
et sa mandoline qu'ils invitent.
Malheureusement, durant l'après midi, la pluie se remet à
tomber obligeant les organisateurs à déplacer le concert
d'Eric Starczan aux docks. Evidemment, le lieu est moins sympa que le
quai du blues, plus impersonnel et surtout plus sombre mais on ne peut
rien contre les caprices de la météo. Avec son groupe, Eric
Starczan joue lui aussi une musique décloisonnée, mélangeant
son blues avec du rock et du funk. Malgré sa virtuosité
à la guitare, je n'accroche pas trop.
Programmés
ensuite, Les Firebirds ont été les grands malchanceux
de ce festival et cela d'autant plus que Cahors était pour eux
une occasion de se faire connaitre de la presse spécialisée
et des amateurs de blues, comme une sorte de tremplin, une rampe de lancement.
Leur concert a d'abord été décalé à
cause de pluie. Ils ont commencé avec beaucoup de retard à
un moment où le public avait déserté l'endroit, pensant
que le concert serait annulé. Ensuite, des problèmes techniques
et une mauvaise balance (sans doute faite rapidement à cause de
la pluie) n'ont pas permis aux Firebirds de montrer leur meilleur visage.
Il faudra donc absolument les revoir, car ce groupe est prometteur. Ils
me font penser aux Scratch my back et aux Hoodoomen au niveau du line
up comme du répertoire, mélangeant Chicago blues et West
Coast avec un leader chanteur harmoniciste Albert Van Laggen, un néerlandais
installé dans le sud ouest.
Sur
la scène "Dobro blues", les Juke joints refont
plus ou moins le même concert que la veille, mais l'effet de surprise,
l'effet découverte n'y est plus. Neanmoins, ils confirment qu'ils
ont un bon groupe expérimenté et bien rodé. J'imagine
que dans un bar, ils doivent mettre le feu sans problème encore
plus que sur une telle scène en extérieur. C'est vraiment
une bonne découverte !
Le festival touche déjà à sa fin et pour cette dernière
soirée du festival consacrée aux dynosaures du blues
français, le théâtre de verdure est plein comme un
oeuf, c'est la grande foule à tel point que les guichets sont fermés
! Tous les billets ont été vendus semble t'il depuis longtemps.
A vrai dire, tout le monde s'attendait à voir nos trois mousquetaires
en découdre tous ensemble sur la même scène. Cette
réunion rapidement entrevue à l'olympia en mars 1991 avait
de quoi nous emballer, nous faire rêver. Malheureusement, comme
sans doute beaucoup d'autres spectateurs, j'avais mal interprété
l'affiche du festival et cette dernière soirée du festival
est un concert de Paul Personne avec en première partie un concert
acoustique de Patrick Verbeke et Benoit Blues Boy. Patrick Verbeke s'est
montré très à l'aise dans cette formule, étant
même très bavard pour présenter ses morceaux, nous
rappelant les grandes heures de son émission de radio de quoi
j'vais me plaindre, modifiant légèrement les paroles
de cette chanson en de quoi j'vais me plaindre à Cahors aujourd'hui.
Verbeke a comme un don pour communiquer avec le public et il fait un triomphe.
Il rend aussi un bel hommage à Gérard Tertre en interprétant
un Sweet Home Chicago changé en Sweet Home Cahors,
repris par le public. Comme Patrick Verbeke, Benoit Blue Boy enchaîne
quelques uns de ses grands succès comme J'marche doucement,
j'suis pas pressé, Lucille, Le diable au bout de
mon lit.
L'ambiance
est chaude lorsque Paul Personne fait son apparition sur la scène
du théâtre de verdure. Il entame son concert avec quelques
bons vieux titres (barjoland, ça va rouler) joués
à la guitare acoustique. La séquence acoustique est de courte
durée et on retrouve ensuite un Paul Personne plus habituel, beaucoup
plus rock aussi avec un niveau sonore assez élevé et des
morceaux plus récents. Dans son groupe, je remarque avec un certain
étonnement Claude Langlois à la pedal steel.
Au rappel, Paul Personne invite Patrick Verbeke et Benoit Blue Boy à
venir le rejoindre (enfin !) pour le boeuf tant attendu. Malheureusement,
cette jam finale semble complètement improvisée si bien
qu'ils se contentent de jouer quelques gros standards Hoochie Coochie
man, Baby, what you want me to do et un medley Johnny B
good / Rock me baby. Mais, ne boudons pas notre plaisir sachant qu'une
telle réunion des trois principaux pionniers (avec Bill Deraime)
du blues français est exceptionnelle.
Au final, j'ai pris beaucoup de plaisir à écouter ma musique
favorite dans toute sa diversité durant ce festival, je retiens
beaucoup de bons concerts, notamment de la part des groupes français,
une formidable ambiance, de la convivialité, un site magnifique
(et longtemps ensoleillé). Vivement l'année prochaine et
la 24ème édition !
Jocelyn Richez
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