Les échos des concerts et festivals
 

Dee Dee Bridgewater

en concert à

la Cigale

21 novembre 2007
Paris (75)

 

Le matin même, une radio réputée pour l'Info distillée en continue, traitait de la baisse de fréquentation des salles de spectacle, consécutivement aux mouvements sociaux dans l'air du temps. Et bien, le passage de Dee Dee Bridgewater à La Cigale allait parfaitement confirmer l'exact contraire ! Car nous étions très nombreux à venir assister à l'une des superbes soirées que la Diva donnait en France en ce mois de novembre 2007. Et ce, malgré le fonctionnement au compte gouttes, des transports en commun, ce soir-là ! (L'artiste y a été sensible, puisque qu'elle s'est empressée de nous remercier de nous être déplacés si nombreux ! Un peu comme si c'est nous qui devions effectuer le plus gros travail du moment !

Profitons donc de l'occasion, pour revenir un peu sur ce qui peut se caractériser comme étant un parfait déroulement de carrière.

Née à Memphis, Tennessee, le 27 mai 1950, la jeune femme à propos de laquelle j'écris ces quelques lignes, grandit à Flint, Michigan. Fille d'un trompettiste de Jazz, elle se lance tout d'abord dans un trio de Rock et de Rhythm & Blues. Elle donnera, d'ailleurs, des concerts dès l'âge de seize ans. Quatre ans plus tard, elle rencontre un trompettiste de la formation d'Horace Silver, Cecil Bridgewater, qu'elle épousera bientôt. Âgée de vingt et un ans, elle intègre l'orchestre de Thad Jones et Mel Lewis, comme chanteuse et commence avec des musiciens tels Sonny Rollins, Dizzy Gillespie, Dexte Gordon et Max Roach...

Elle chantera, également, dans de grandes comédies musicales : en 1974, The Wizz. En 1975, elle interprète La bonne sorcière du Nord dans la comédie Glinda, The Good Witch, inspirée du Magicien d'Oz, et reçoit pour ce rôle le prix de la meilleure actrice du Tony Award, et remporte également le Grammy Award de la meilleure comédie musicale en 1976.

Elle jouera en France, dans Sophisticated Ladies, en 1984. Et en 1986, elle reprendra le personnage de Billy Holiday dans Lady Day.

Si nous considérons quelques instants son œuvre discographique, nous trouverons encore plus d'une raison d'être admiratif devant le parcours sans faute réalisé ! Car elle a célébré les plus grands artistes du siècle dernier : Kurt Weill, Ella Fitzgerald, Duke Ellington,
Horace Silver, et elle a aussi accomplit un album en compagnie de Ray Charles…

Si nous ajoutons à cela le fait que Dee Dee est Membre du Haut Conseil de la Francophonie, Chevalier de l'Ordre national du Mérite et Officier des arts et des lettres, on ne peut que s'incliner devant tout le travail accompli par cette fabuleuse artiste.

Une carrière de plus de quarante années et dix sept trente centimètres à son actif, explique sans nul doute, le fait incontestable qu'une tournée de cette grande Dame de la Musique et de la Chanson puisse donc être un des événements musicaux de l'année…

La notoriété avait débuté dès la sortie de l'album Afro Blue en 1974. Dee Dee avait alors vingt quatre ans… Elle revient aujourd'hui, avec son album Red Earth. Et l'on ne peut éviter immédiatement, d'établir une corrélation avec celui gravé trente trois ans plus tôt !

Le lien entre les deux est l'Afrique

Dee Dee est retournée en Afrique, au Mali, plus précisément. Et ce, après avoir cherché plus ou moins instinctivement d'où elle pouvait être issue, quel pays africain avait été le berceau de sa famille. Et elle a cherché quelles musiques africaines lui parleraient le plus ! Lesquelles seraient le plus susceptibles d'éveiller quelque chose en elle.

Il se trouve que celles du Mali lui ont, tout de suite, été familières. Et c'est plus ou moins inconsciemment aussi, qu'elle a senti qu'il y avait un lien entre la terre rouge de Memphis, Tennessee, où elle est née et la poussière ocre si abondante en ce pays africain. Et ce voyage salvateur lui a permis d'atteindre la plénitude et d'assumer pleinement, sa maturité d'artiste.

Cela a facilité la création commune de ce dernier CD, avec de grands artistes maliens. (Rappelons ici, toutefois, qu'elle n'est pas la seule artiste afro américaine a effectué cette plongée salutaire dans le passé de ses origines africaines. De nombreux bluesmen afro américains l'ont également effectuée, et la poursuivent toujours. Nous aurons l'occasion d'y revenir.)

Raison supplémentaire, donc, pour que l'on s'intéresse à cette très grande artiste, avant même d'évoquer la qualité impressionnante de sa prestation scénique et le formidable travail des nombreux artistes musiciens, présents sur scène.

Je tiens à souligner le fait qu'il est très rare de croiser la route d'une artiste aussi généreuse et gentille. Le concert, à peine commencé, elle s'empressait de présenter chaque musicien, par son nom et donnait le nom de l'instrument dont il jouait. Et, peut-être que c'est aussi par souci pédagogique, qu'elle le fera plusieurs fois de suite tout au long du spectacle qui dura deux sets.

La première partie se fait avec les nombreux musiciens qui l'accompagnent sur le dernier opus. Elle conserve, néanmoins, le noyau dure de ses musiciens habituels. Et c'est ensemble qu'ils restituent l'atmosphère contenue dans le nouvel album.

Au cours de la seconde partie, les spectateurs ont tout d'abord l'occasion de découvrir une autre formation malienne, et le concert s'achève par un spectacle qui réunit tous les artiste qui sont apparus sur la scène à un moment ou à un autre.

Des couleurs, de magnifiques sonorités, des voix, des sons, des instruments ancestraux, pour certains venus d'Afrique, des chants, des mélopées, de vieilles chansons d'autrefois interprétées par des griots. C'est à un véritable cours d'Histoire de la musique auquel nous avons assisté. Difficile de détailler, précisément telle ou telle partie du concert, car l'impression que nous sommes confrontés à un spectacle total rend une description partielle impossible. La voix de la Diva est l'expression de la maturité dont j'ai parlé précédemment. Jamais sa manière de chanter n'avait atteint une telle plénitude. Jamais elle n'avait été, elle-même, comme ce soir.

Une fabuleuse soirée dirigée par une grande prêtresse. Inoubliable !

Dominique Boulay

Crédit photographique : Sylvie Boulay



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