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Le
matin même, une radio réputée pour l'Info distillée
en continue, traitait de la baisse de fréquentation des salles
de spectacle, consécutivement aux mouvements sociaux dans l'air
du temps. Et bien, le passage de Dee Dee Bridgewater à La
Cigale allait parfaitement confirmer l'exact contraire ! Car nous étions
très nombreux à venir assister à l'une des superbes
soirées que la Diva donnait en France en ce mois de novembre 2007.
Et ce, malgré le fonctionnement au compte gouttes, des transports
en commun, ce soir-là ! (L'artiste y a été sensible,
puisque qu'elle s'est empressée de nous remercier de nous être
déplacés si nombreux ! Un peu comme si c'est nous qui devions
effectuer le plus gros travail du moment !
Profitons donc de l'occasion, pour revenir
un peu sur ce qui peut se caractériser comme étant un parfait
déroulement de carrière.
Née à Memphis, Tennessee, le 27 mai 1950, la jeune femme
à propos de laquelle j'écris ces quelques lignes, grandit
à Flint, Michigan. Fille d'un trompettiste de Jazz, elle se lance
tout d'abord dans un trio de Rock et de Rhythm & Blues. Elle donnera,
d'ailleurs, des concerts dès l'âge de seize ans. Quatre ans
plus tard, elle rencontre un trompettiste de la formation d'Horace Silver,
Cecil Bridgewater, qu'elle épousera bientôt. Âgée
de vingt et un ans, elle intègre l'orchestre de Thad Jones et Mel
Lewis, comme chanteuse et commence avec des musiciens tels Sonny Rollins,
Dizzy Gillespie, Dexte Gordon et Max Roach...
Elle chantera, également, dans de grandes comédies musicales
: en 1974, The Wizz. En 1975, elle interprète La
bonne sorcière du Nord dans la comédie Glinda, The
Good Witch, inspirée du Magicien d'Oz, et reçoit
pour ce rôle le prix de la meilleure actrice du Tony Award, et remporte
également le Grammy Award de la meilleure comédie musicale
en 1976.
Elle jouera en France, dans Sophisticated Ladies, en 1984.
Et en 1986, elle reprendra le personnage de Billy Holiday dans Lady Day.
Si
nous considérons quelques instants son uvre discographique,
nous trouverons encore plus d'une raison d'être admiratif devant
le parcours sans faute réalisé ! Car elle a célébré
les plus grands artistes du siècle dernier : Kurt Weill, Ella Fitzgerald,
Duke Ellington,
Horace Silver, et elle a aussi accomplit un album en compagnie de Ray
Charles
Si nous ajoutons à cela le fait que Dee Dee est Membre du Haut
Conseil de la Francophonie, Chevalier de l'Ordre national du Mérite
et Officier des arts et des lettres, on ne peut que s'incliner devant
tout le travail accompli par cette fabuleuse artiste.
Une carrière de plus de quarante années et dix sept trente
centimètres à son actif, explique sans nul doute, le
fait incontestable qu'une tournée de cette grande Dame de la Musique
et de la Chanson puisse donc être un des événements
musicaux de l'année
La notoriété avait débuté dès la sortie
de l'album Afro Blue en 1974. Dee Dee avait alors vingt
quatre ans
Elle revient aujourd'hui, avec son album Red Earth.
Et l'on ne peut éviter immédiatement, d'établir une
corrélation avec celui gravé trente trois ans plus tôt
!
Le lien entre les deux est l'Afrique
Dee Dee est retournée en Afrique, au Mali, plus précisément.
Et ce, après avoir cherché plus ou moins instinctivement
d'où elle pouvait être issue, quel pays africain avait été
le berceau de sa famille. Et elle a cherché quelles musiques africaines
lui parleraient le plus ! Lesquelles seraient le plus susceptibles d'éveiller
quelque chose en elle.
Il
se trouve que celles du Mali lui ont, tout de suite, été
familières. Et c'est plus ou moins inconsciemment aussi, qu'elle
a senti qu'il y avait un lien entre la terre rouge de Memphis, Tennessee,
où elle est née et la poussière ocre si abondante
en ce pays africain. Et ce voyage salvateur lui a permis d'atteindre la
plénitude et d'assumer pleinement, sa maturité d'artiste.
Cela a facilité la création commune de ce dernier CD, avec
de grands artistes maliens. (Rappelons ici, toutefois, qu'elle n'est pas
la seule artiste afro américaine a effectué cette plongée
salutaire dans le passé de ses origines africaines. De nombreux
bluesmen afro américains l'ont également effectuée,
et la poursuivent toujours. Nous aurons l'occasion d'y revenir.)
Raison supplémentaire, donc, pour que l'on s'intéresse
à cette très grande artiste, avant même d'évoquer
la qualité impressionnante de sa prestation scénique et
le formidable travail des nombreux artistes musiciens, présents
sur scène.
Je tiens à souligner le fait qu'il est très rare de croiser
la route d'une artiste aussi généreuse et gentille. Le concert,
à peine commencé, elle s'empressait de présenter
chaque musicien, par son nom et donnait le nom de l'instrument dont il
jouait. Et, peut-être que c'est aussi par souci pédagogique,
qu'elle le fera plusieurs fois de suite tout au long du spectacle qui
dura deux sets.
La première partie se fait avec les nombreux musiciens qui l'accompagnent
sur le dernier opus. Elle conserve, néanmoins, le noyau dure de
ses musiciens habituels. Et c'est ensemble qu'ils restituent l'atmosphère
contenue dans le nouvel album.
Au cours de la seconde partie, les spectateurs ont tout d'abord l'occasion
de découvrir une autre formation malienne, et le concert s'achève
par un spectacle qui réunit tous les artiste qui sont apparus sur
la scène à un moment ou à un autre.
Des
couleurs, de magnifiques sonorités, des voix, des sons, des instruments
ancestraux, pour certains venus d'Afrique, des chants, des mélopées,
de vieilles chansons d'autrefois interprétées par des griots.
C'est à un véritable cours d'Histoire de la musique auquel
nous avons assisté. Difficile de détailler, précisément
telle ou telle partie du concert, car l'impression que nous sommes confrontés
à un spectacle total rend une description partielle impossible.
La voix de la Diva est l'expression de la maturité dont j'ai parlé
précédemment. Jamais sa manière de chanter n'avait
atteint une telle plénitude. Jamais elle n'avait été,
elle-même, comme ce soir.
Une fabuleuse soirée dirigée par une grande prêtresse.
Inoubliable !
Dominique Boulay
Crédit photographique : Sylvie Boulay
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