Les échos des concerts et festivals
 

10 jours bluesy à Beauvais

du 05 au 15 mars 2008

 

Mercredi 5 mars, ouverture de la treizième édition du Festival de Blues Autour du Zinc de Beauvais, qui s'est joué de nos tympans pendant dix jours, du 5 mars au 15 mars.

C'est au Conseil Général de l'Oise que sont conviés les chanceux qui ont réservé à l'avance, pour cette soirée privée. Malgré la froideur du sol marbré et l'atmosphère pas franchement intimiste, Eric Bling nous offre, à travers son one musicman show, un rare moment musical rempli d'émotion et de force, avec l'assurance d'un artiste complet aux pieds nus. Sa musique, qu'il distille à base de samples électroniques, mélangés à des riffs bluesy traditionnels, nous témoigne de ce nouveau style de Blues qu'est le Nu Blues. Viennent ensuite Awek, groupe de Blues franchement énergique, à tendance chicagoenne. Ces quatre gaillards nous gratifient d'un Blues sans fioritures, avec un soupçon d'épices toulousaines. En défendant les couleurs et les sons de notre pays aux Etats-Unis, ce sympathique quartet a fini en tête du Blues Challenge de Memphis, en janvier dernier.

Le lendemain, on dévit ensuite quelque peu du Blues pur, avec deux shows très énergiques et plutôt Rock'n Roll et groovy : Peter Night Soul Delivrance et Zenzille
.
C'est le troisième jour du festival que le show peut commencer !

Vendredi 6 et Samedi 7 mars, rendez-vous est donné dans les quelques dix bars et brasseries qui accueillent pas moins de vingt groupes venus du monde entier, pour une soirée divisée en deux ou trois tranches horaires.

Traditionnellement, le week-end des Zincs nous offre deux soirées inoubliables, généralement le vendredi et le samedi. On déambule alors de bars en bars, les rues de Beauvais se transforment en un espace où chacun se croise et se recroise dans la bonne humeur et une ambiance festive au milieu d'un espace urbain plein de vie.
On rentre, on sort de ces multiples endroits à zic. Difficile de se faufiler jusqu'à l'artiste, mais l'ambiance est chaude, la buée envahit nos binocles et autres appareils de prise de vue. Ca danse, ça clappe, ça bouge, ça parle et ça crit, ça sourit et ça rit, chacun est là pour se retrouver autour de cette passion commune pour la musique qui vient du coeur et qui fait remuer les fesses.

Evidemment, cette pluralité et cette abondance de groupes ne permet pas d'assister à chaque concert. Il faut donc sélectionner ses préférences et organiser ses allées et venues dans les rues On aura pu apprécier au cours de ces deux jours, en vrac, deux vieux authentiques bluesmen américains que sont Boo Boo Davis et Donald Ray Johnson, le formidable quatuor explosif de Rockabilly The Revolutionnaires, le canadien Mike Deway avec son Blues traditionnel et chaleureux, le trio hendrixien The Brew, son Blues Rock énergique et son jeune guitariste prodige, Shake your Hips groupe de Blues Rock qui swingue, Base Camp trio francais éxotique et sensible qui navigue entre jazz et blues roots, Pera Joe Blues Band remarquable et sympathique groupe de blues Serbe, Big Dez remarquable groupe francais de Blues texan, Zeb Heintz bluesman francais solo au style très personnel et Bill Sheffield accompagné de Dave Saunders qui nous ont offert un Blues roots très authentique.

Quand les rues de Beauvais s'endorment, on assiste à une migration de la population qui se dirige vers le pays chaud. A une heure du matin, une autre soirée commence au Magic Mirrors, chapiteau mobile-rétro, à l'ambiance si particulière. S'y rejoignent alors les inconditionnels et les irréductibles de la musique bleue et du Rock'n Roll, pour un show qui durera jusqu'à plus de 3h30 du matin.
Cela commence fort avec Scott McKeon Band qui nous viennent de Grande Bretagne. Son leader et jeune guitariste nous gratifie d'une voix mélodique, accompagnée d'une guitare roots et rageuse à la Stevie Ray Vaughan. Au cours des deux soirées au Magic Mirror se succéderont des groupes plus ou moins bluesy, Rock, Pop et Indie. On retiendra le groupe anglais The Ramon Goose Band incroyable de groove mélangeant le Hip hop au Blues ! Avec des riffs à la John Lee Hooker et des rythmes d'un batteur ayant cotoyé BB King et James Brown. Don Cavalli, francais revélé par le grand Ben Harper, avec un Rythm'n Blues rocailleux et expérimental. D'autres groupes, plus Rock comme les Never The Bride, chanteuse explosive rappelant Tina Turner et Jonis Joplin épaulée par des musiciens ayant accompagné les grands Rory Gallagher et James Brown !

Jeudi 13 mars, nous avons la chance d'être conviés à blueser dans un lieu de comédie, le théâtre de Beauvais. Le show commence par le formidable Adolphus Bell venu direct d'Alabama. Ce noir américain nous gratifie d'un Blues authentique et rural, en s'accompagnant de sa guitare, de ses cordes vocales et d'une grosse caisse. Ensuite, nous avons eu la chance de réentendre le groupe Nalle Trio, déjà croisé lors de notre tournée des bars… à zic. Ce groupe, composé d'un grand monsieur du Rock'n Roll scandinave, nous offre un Blues acoustique roots. Enfin, la soirée se terminera sur le très original Carolina Chocolate Drops, jeune trio afro-américain qui nous vient des USA, pour nous offrir ce si particulier Folk Blues mélé de sensibilité, de douceur et d'un dynamisme exotique… à suivre !

Vendredi 14 mars, la soirée prend place au sein d'une ancienne chapelle rebaptisée Auditorium Rostropovitch. La programmation était en parfaite adéquation avec l'ambiance particulière du lieu.
Le duo Irlandais de Shane 0'Fearghail nous emporte dans son univers doux et magique, en surfant sur des mélodies ennivrantes, carréssées d'une voix magique, nous évoquant Damien Rice… pas étonnant que cet artiste soit la révélation du festival 2008. Ensuite, nous avons la chance de recroiser le bordelais Eric Bling, dans une ambiance, qui cette fois-ci, lui sied davantage dans l'intimité et la moiteur qu'il propose. Enfin, la soirée s'achève par le show de Denis Hopper Choppers, croisé également au coeur d'un bar au cours du week-end des zincs… Cet homme, au physique imposant, nous propose avec son saxophoniste, un univers bien à lui et quelque peu indéfinissable mélé de douceur et de bestialité.

Pour le dernier jour du festival, un brun de nostalgie nous enveloppe. Samedi 15 mars, le Blues n'est plus dans la musique, mais dans le coeur. Nous aurons la chance d'écouter les deux têtes d'affiche du festival : Moriarty qui nous sert une musique originale et moderne, mais par son style Pop Rock Indie, hélas bien éloignée du Blues. La soirée et le festival se cloturent sur le formidable show du grand Bob Brozman, one musicman débordant de talents musicaux, rythmiques et… oratoires. Cet ethnomusicologue canadien, incroyablement sympathique et charismatique, nous aura offert un show bluffant, mélange de musiques et de rythmes venus des quatre coins du monde, formidable !

Merci à toute l'équipe du Festival, en particulier à son directeur artistique, Laurent Macimba, de nous avoir offert ce concentré de Blues, qui permet, chaque année depuis treize ans, à toute personne aimant la Blues Music, de la (re)découvrir dans une ambiance unique et de manière abordable, et souvent gratuite ou presque… Bravo !

Geoffrey Arnoldy



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