|
Mercredi 5 mars, ouverture de la treizième édition du Festival
de Blues Autour du Zinc de Beauvais, qui s'est joué de
nos tympans pendant dix jours, du 5 mars au 15 mars.
C'est au Conseil Général de l'Oise que sont conviés
les chanceux qui ont réservé à l'avance, pour cette
soirée privée. Malgré la froideur du sol marbré
et l'atmosphère pas franchement intimiste, Eric Bling nous
offre, à travers son one musicman show, un rare moment musical
rempli d'émotion et de force, avec l'assurance d'un artiste complet
aux pieds nus. Sa musique, qu'il distille à base de samples électroniques,
mélangés à des riffs bluesy traditionnels, nous témoigne
de ce nouveau style de Blues qu'est le Nu Blues. Viennent ensuite Awek,
groupe de Blues franchement énergique, à tendance chicagoenne.
Ces quatre gaillards nous gratifient d'un Blues sans fioritures, avec
un soupçon d'épices toulousaines. En défendant les
couleurs et les sons de notre pays aux Etats-Unis, ce sympathique quartet
a fini en tête du Blues Challenge de Memphis, en janvier
dernier.
Le lendemain, on dévit ensuite quelque peu du Blues pur, avec
deux shows très énergiques et plutôt Rock'n Roll et
groovy : Peter Night Soul Delivrance et Zenzille
.
C'est le troisième jour du festival que le show peut commencer
!
Vendredi 6 et Samedi 7 mars, rendez-vous est donné dans les quelques
dix bars et brasseries qui accueillent pas moins de vingt groupes venus
du monde entier, pour une soirée divisée en deux ou trois
tranches horaires.
Traditionnellement, le week-end des Zincs nous offre deux soirées
inoubliables, généralement le vendredi et le samedi. On
déambule alors de bars en bars, les rues de Beauvais se transforment
en un espace où chacun se croise et se recroise dans la bonne humeur
et une ambiance festive au milieu d'un espace urbain plein de vie.
On rentre, on sort de ces multiples endroits à zic. Difficile de
se faufiler jusqu'à l'artiste, mais l'ambiance est chaude, la buée
envahit nos binocles et autres appareils de prise de vue. Ca danse, ça
clappe, ça bouge, ça parle et ça crit, ça
sourit et ça rit, chacun est là pour se retrouver autour
de cette passion commune pour la musique qui vient du coeur et qui fait
remuer les fesses.
Evidemment, cette pluralité et cette abondance de groupes ne permet
pas d'assister à chaque concert. Il faut donc sélectionner
ses préférences et organiser ses allées et venues
dans les rues On aura pu apprécier au cours de ces deux jours,
en vrac, deux vieux authentiques bluesmen américains que sont Boo
Boo Davis et Donald Ray Johnson, le formidable quatuor explosif
de Rockabilly The Revolutionnaires, le canadien Mike Deway
avec son Blues traditionnel et chaleureux, le trio hendrixien The Brew,
son Blues Rock énergique et son jeune guitariste prodige, Shake
your Hips groupe de Blues Rock qui swingue, Base Camp trio
francais éxotique et sensible qui navigue entre jazz et blues roots,
Pera Joe Blues Band remarquable et sympathique groupe de blues Serbe,
Big Dez remarquable groupe francais de Blues texan, Zeb Heintz
bluesman francais solo au style très personnel et Bill Sheffield
accompagné de Dave Saunders qui nous ont offert un Blues
roots très authentique.
Quand les rues de Beauvais s'endorment, on assiste à une migration
de la population qui se dirige vers le pays chaud. A une heure du matin,
une autre soirée commence au Magic Mirrors, chapiteau mobile-rétro,
à l'ambiance si particulière. S'y rejoignent alors les inconditionnels
et les irréductibles de la musique bleue et du Rock'n Roll, pour
un show qui durera jusqu'à plus de 3h30 du matin.
Cela commence fort avec Scott McKeon Band qui nous viennent de
Grande Bretagne. Son leader et jeune guitariste nous gratifie d'une voix
mélodique, accompagnée d'une guitare roots et rageuse à
la Stevie Ray Vaughan. Au cours des deux soirées au Magic Mirror
se succéderont des groupes plus ou moins bluesy, Rock, Pop et Indie.
On retiendra le groupe anglais The Ramon Goose Band incroyable
de groove mélangeant le Hip hop au Blues ! Avec des riffs à
la John Lee Hooker et des rythmes d'un batteur ayant cotoyé BB
King et James Brown. Don Cavalli, francais revélé
par le grand Ben Harper, avec un Rythm'n Blues rocailleux et expérimental.
D'autres groupes, plus Rock comme les Never The Bride, chanteuse
explosive rappelant Tina Turner et Jonis Joplin épaulée
par des musiciens ayant accompagné les grands Rory Gallagher et
James Brown !
Jeudi 13 mars, nous avons la chance d'être conviés à
blueser dans un lieu de comédie, le théâtre de Beauvais.
Le show commence par le formidable Adolphus Bell venu direct d'Alabama.
Ce noir américain nous gratifie d'un Blues authentique et rural,
en s'accompagnant de sa guitare, de ses cordes vocales et d'une grosse
caisse. Ensuite, nous avons eu la chance de réentendre le groupe
Nalle Trio, déjà croisé lors de notre tournée
des bars
à zic. Ce groupe, composé d'un grand monsieur
du Rock'n Roll scandinave, nous offre un Blues acoustique roots. Enfin,
la soirée se terminera sur le très original Carolina
Chocolate Drops, jeune trio afro-américain qui nous vient des
USA, pour nous offrir ce si particulier Folk Blues mélé
de sensibilité, de douceur et d'un dynamisme exotique
à
suivre !
Vendredi 14 mars, la soirée prend place au sein d'une ancienne
chapelle rebaptisée Auditorium Rostropovitch. La
programmation était en parfaite adéquation avec l'ambiance
particulière du lieu.
Le duo Irlandais de Shane 0'Fearghail nous emporte dans son univers
doux et magique, en surfant sur des mélodies ennivrantes, carréssées
d'une voix magique, nous évoquant Damien Rice
pas étonnant
que cet artiste soit la révélation du festival 2008. Ensuite,
nous avons la chance de recroiser le bordelais Eric Bling, dans
une ambiance, qui cette fois-ci, lui sied davantage dans l'intimité
et la moiteur qu'il propose. Enfin, la soirée s'achève par
le show de Denis Hopper Choppers, croisé également
au coeur d'un bar au cours du week-end des zincs
Cet homme, au physique
imposant, nous propose avec son saxophoniste, un univers bien à
lui et quelque peu indéfinissable mélé de douceur
et de bestialité.
Pour le dernier jour du festival, un brun de nostalgie nous enveloppe.
Samedi 15 mars, le Blues n'est plus dans la musique, mais dans le coeur.
Nous aurons la chance d'écouter les deux têtes d'affiche
du festival : Moriarty qui nous sert une musique originale et moderne,
mais par son style Pop Rock Indie, hélas bien éloignée
du Blues. La soirée et le festival se cloturent sur le formidable
show du grand Bob Brozman, one musicman débordant de talents
musicaux, rythmiques et
oratoires. Cet ethnomusicologue canadien,
incroyablement sympathique et charismatique, nous aura offert un show
bluffant, mélange de musiques et de rythmes venus des quatre coins
du monde, formidable !
Merci à toute l'équipe du Festival, en particulier à
son directeur artistique, Laurent Macimba, de nous avoir offert
ce concentré de Blues, qui permet, chaque année depuis treize
ans, à toute personne aimant la Blues Music, de la (re)découvrir
dans une ambiance unique et de manière abordable, et souvent gratuite
ou presque
Bravo !
Geoffrey Arnoldy
|