Les échos des concerts et festivals
 

Aulnay All Blues

Le Cap et Jacques Prévert

du 15 au 23 Novembre 2008

 

 

Photos : Christophe Ubelmann
 
 
Billy Branch de dos
Lurrie Bell
John Primer
 
Cassie Taylor
Corey Harris
 
Bassekou Kouyaté
Otis Taylor

 

Le froid au rendez-vous, ainsi que les amateurs de Blues, laissaient présager que de grands événements étaient sur le point de se passer à Aulnay sous Bois, dans les jours et les heures qui venaient ! Les soirées devenant tellement incandescentes, musicalement parlant, que je me souvenais de cette agglomération de banlieue comme partie prenante de l'ancienne Seine et Oise d'avant 1968. Il faut dire qu'à l'époque, j'étais moi-même un mioche demeurant à Sevran, et que les deux bourgades voisines étaient séparées par des champs ! J'avais donc une excuse. En guise de salut, j'en profite même pour avoir une petite pensée pour Bruno Migliano, photographe, et ancien gamin de Sevran lui aussi. Comme quoi, le 9.3 n'est pas toujours synonyme de… sic ! Nous n'en avions jamais douté d'ailleurs.
Et c'est au CAP, au milieu des tours et du béton, que tout allait recommencer à nouveau…

L'inauguration musicale revenait à So Kalmery, originaire du Congo. Pendant son set, l'artiste a joué de la guitare acoustique, accompagné par des percussions et une section rythmique classique, mais à la tenue de route irréprochable. Il a d'ailleurs su mélanger le Swahili et l'anglais dans les textes qu'il a chantés. Version métissée de la Brakka, musique des rues de son pays, les morceaux qu'il a interprétés se révélaient de véritables pièces musicales multi ethniques, tant le musicien a su s'imprégner de ce qu'il a entendu durant ses voyages à travers le monde. Cela rappelait dès le départ, les fondamentaux de ce festival aulnaysien, qui sont, entre autre, altérité culturelle et passerelles entre Chicago et l'Afrique ou l'Afrique et Chicago

En seconde partie de spectacle, et comme pour justifier ce que je viens d'affirmer, c'est Mr Lurrie Bell qui entrait en scène, personnage riche en couleurs comme propulsé d'un Buster Keaton ou d'un Laurel et Hardy musical, tant son look semble venir de la nuit des temps ! Heureusement que son Blues est différent, car en ce qui concerne la partition musicale, nous sommes en pleine immersion chicagoenne. Rien que de la bonne guitare électrique, magistralement accompagnée par les artistes qui constituent le Living History Band : ce qui veut dire Billy Flynn à la guitare, que nous avons pu apprécier au Festival Blues en Loire de la Charité, Johnny Iguana aux claviers, Felton Crews à la guitare basse, qui accompagne les plus grands bluesmen de par le monde, et le génial Kenny Beedy Eyes Smith à la batterie qui, lui aussi, est de toutes les excellentes soirées bleues, et de tous les bons plans, sa présence au sein de Mississippi Heat ou auprès de Robert Belfour ou T-Model Ford, lors de l'avant dernier soirée du Festival d'Ile de France, confirme mon assertion.

Le lendemain vendredi, la deuxième soirée au CAP achevait la première partie de ce nouveau Festival : Corey Harris jammant avec Billy Branch, puis nous offrant un de ses merveilleux récitals dont il a le secret. Si je parlais anglais comme il parle français, je pense que je pourrais m'inscrire à Oxford demain. D'une gentillesse et d'une générosité extraordinaire, il a pleinement réussi à séduire et à conquérir le public. Pour avoir vendu les CD des artistes après leur passage sur scène, je peux vous affirmer qu'il n'est d'ailleurs pas resté en peine à l'issue de ce petit passage obligé d'après spectacle.

Ensuite, est venu le tour de James Leva and His Purgatory Moutain : du Bluegrass en veux-tu en voilà, véritable plongée dans le Folk Blues irlando américain, où violon et mandoline sont rois ! Une ambiance formidable, où l'envie et le besoin de se fondre dans le côté universel de la musique sont complètement intégrés au spectacle. Comme quoi, les espaces entre les genres musicaux sont moins grands que l'on croit. Encore un artiste d'outre Atlantique pour qui le français n'a plus de secret. Il faut dire que lors de son premier séjour chez nous, il venait étudier Samuel Beckett, et il a d'ailleurs fini par passer un Doctorat de Français, option écrivains de la Renaissance Rabelais, Villon et Cie…
Une musique authentique dont nous aurons l'occasion de reparler, lorsque nous vous livrerons les propos que nous avons tenus, lui et moi, dans les coulisses du théâtre du Cap.

Ainsi s'achevait la première partie de cette manifestation musicale toute de bleue vêtue.

Un grand merci aux Aulnay Drôles de Dames, qui ont su nous proposer avec gentillesse et sourire aux lèvres, thé à la menthe, bricks et pâtisseries orientales, pour un coût très modique, et à profusion… Ce n'est pas Felton Crews qui me contredira, bien qu'il est été davantage séduit par le sourire de la cuisinière que par le goût de ce qu'elle proposait… J'ai d'ailleurs profité de l'instant, pour lui demander quelles étaient les notes des cordes de sa guitare basse à six cordes.

Moi qui en était resté à Mi, La, Ré, Sol avec les basses à quatre cordes. C'est avec gentillesse qu'il m'a spécifié :

B Low
E
A
D
G
C High

Ce qui change tout, vous en conviendrez comme moi. Il n'est jamais trop tard pour apprendre.

Et voilà que le samedi d'après commençait la première soirée à L'Espace Jacques Prévert, de la vieille ville d'Aulnay. Rien que du beau monde, aussi bien côté rue que côté cour, le seul qui nous intéresse pour le moment. Un petit air de la cité ventée nous siffle aux oreilles… Lurrie Bell, John Primer et Billy Branch nous distillent des airs qui fleurent bon le South Side de la cité du nord des Etats Unis.
Gros rassemblement humain, gros moyens tant du point de vue des artistes que de la logistique : présentation de l'album Chicago Blues A Living History, les musiciens qui ont enregistré le disque jouant sur scène avec les têtes d'affiche. Tout est en place pour que nous ayons l'illusion d'être là-bas. Il ne manque que le Jack pour achever le délire. Nous sortons de ce samedi soir-là, la tête dans les étoiles. Cela bourdonne le bourbon, longtemps après dans les oreilles. Deux des plus grands guitaristes du genre et l'un des derniers piliers à l'harmonica font de l'événement quelque chose d'unique !
Nous n'hésiterons pas à penser que c'est le point culminant du crû 2008. Les spectateurs, plus nombreux que les autres soirs ne s'y sont, d'ailleurs, pas trompés.

Un dimanche après midi humide permettait de vérifier ce que nous venons d'écrire…
Et pourtant, c'est justement à ce moment précis que se vérifient les fameux fondamentaux, dont nous parlions précédemment. Il y a une universalité de la musique qui transcende les genres et les spécificités, qui dépasse l'origine continentale et historique, pour se fondre dans un tout que l'on pourrait aussi bien appelé BLUES que MUSIQUE, tout simplement.

Bassekou Kouyaté, le N'Goni Ba, James Leva, Otis Taylor et Corey Harris, chacun à tour de rôle puis tous ensemble, nous livrent en pâture une musique à l'état brut… telle qu'elle devait se jouer autrefois, à l'époque où les continents ne faisaient qu'un, où les peuples appartenaient tous à la race des terriens tout simplement… où les mots concurrence et influence n'existaient pas encore, ou plutôt, n'étaient pas encore venu polluer le monde des musiciens, des griots et des artistes poètes.

Un univers que ceux d'Aulnay ont voulu reconstituer, et vis à vis de qui, nous serons longtemps reconnaissants d'avoir su croire en ce bel idéal toujours réalisable. Que nous réservent-ils à l'avenir ?

Dominique Boulay

 

 

 

 

CHICAGO BLUES A LIVING HISTORY
The Living History Band
Raisin Music

Enorme évènement sur la planète Blues que la sortie de ce double album. Il relate l'histoire musicale du Blues de Chicago. 21 classiques du genre, joués par un band composé de musiciens qui comptent parmi les meilleurs : Lurrie Bell, John Primer, Billy Boy Arnold ou Carlos Johnson aux guitares, Billy Branch à l'harmonica... Ces artistes contemporains sont eux-mêmes accompagnés par The Living History Band, composé de Matthew Skoller à l'harmonica, Billy Flynn à la guitare, Johnny Iguana aux claviers, Felton Crews à la basse et Kenny Beedy Eyes Smith aux drums. 1ière reprise remonte à 1940 et la dernière date de 1991. Un livret composé des biographies des créateurs des morceaux, complété par la présentation des musiciens, fait de ce disque un Indispensable du genre. Si chaque fan de Blues veut initier un néophyte, c'est avec cet album qu'il doit commencer les cours…

Dominique Boulay

 



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