Les échos des concerts et festivals
 

RHINO JAZZ FESTIVAL
du 09 au 15 octobre 2010

 

Texte et photos : Jean-Philippe Porcherot

La 32ème édition du Rhino Jazz(s) Festival faisait la part belle au Blues, puisque pas moins de 6 concerts étaient programmés par Ludovic Chazalon cette année, dont Joe Louis Walker, Greg Zlap, Mathieu Pesqué & Roll Pignault, Awek, Peter Nathanson et Nina Attal.

 

 

Nuit du Blues avec Greg Zlap et Joe Louis Walker - St-Chamond (42) - 9 Octobre 2010

 
Mathieu Pesqué à gauche et Roll Pigault à droite

C'est par un concert gratuit du duo Mathieu Pesqué-Roll Pigault, salle Condorcet, que débutait cette soirée Blues à St-Chamond. Et pour le public, ce fut une véritable révélation. Les voies explorées par ces deux musiciens sont d'une originalité séduisante, balançant entre Folk et Blues. D'ailleurs, lors d'une interview " express ", Mathieu Pesqué m'avouait que ses influences venaient plutôt du Folk américain et d'artistes comme Bob Dylan, Bruce Springsteen ou le groupe Nebraska. Il ne cache pas d'ailleurs vouloir évoluer dans cette veine avec Neil Young pour modèle. Son jeu de guitare électro-acoustique est limpide, subtil et varié. Sa voix chaude crée un climat feutré que renforce le jeu d'harmonica précis et tout en retenue de son compère Roll Pignault. Roll, plus extraverti, se définit lui-même comme le coloriste de la musique de Mathieu (écouter Landscape pour vous en convaincre). C'est lui qui apporte la tonalité Blues au duo. Dans ce domaine, ses influences viennent de musiciens comme Skip James, Bukka White… et il espère bien continuer d'apporter sa touche bluesy aux compositions de son acolyte. Un nouveau CD allant dans ce sens est actuellement en préparation et devrait sortir en 2011. La base de leurs prestations actuelles reste cependant les morceaux figurant sur leur excellent album Blues Bound, mélange de compos et de reprises parfaitement intégrées. L'appropriation de titres tels que Stagg O Lee, I Can't Be Satisfied ou Born Under A Bad Sign redonne une seconde vie à ces standards, à mille lieues des pâles copies habituellement proposées. Les deux artistes surent séduire leur auditoire et firent l'unanimité sur leur talent.

 

 

Greg Zlap

La Nuit du Blues dans la grande salle Aristide Briand, s'annonçait donc sous les meilleurs auspices après cette entame de qualité. Jean-Paul Chazalon, créateur et dynamique directeur de ce festival, ne cachait d'ailleurs pas sa satisfaction concernant cette soirée affichant " complet ". C'est une excellente prestation de Greg Zlap et son band qui anima cette première partie de soirée. Pas de temps morts, ça groove un max au son de l'harmo inventif de l'un des maîtres français de la spécialité. Parfaitement soutenu par le tandem rythmique Toma Milteau (batterie) - Christian Bré (basse), le clavier de Damien Cornelis et la guitare du jeune Eric Starczan (attention, il décoiffe celui-là !), Greg Szlapczynski nous offre un set haut en couleur, auquel le public adhère d'entrée de jeu. La barre est placée haut pour le suivant.

 
Toma Milteau
 
Christian Bré

 
Eric Starczan
 
Damien Cornelis

 

 

 

Joe Louis Walker

Et le suivant n'est autre que Joe Louis Walker, dont bon nombre de spectateurs gardaient en mémoire la fabuleuse prestation qu'il nous offrit dans cette même ville de St-Chamond en 1994, lors du regretté Festival Blues. Malheureusement, ce soir, le défi ne put être relevé par un Joe Louis Walker semblant jouer à l'économie, se faisant même voler la vedette, à certains moments, par son guitariste (et bon chanteur) Muraly Corryel qui tenait pourtant parfaitement sa place, en retrait de son leader. Que dire du rôle d'Amar Sundy en troisième guitariste d'un soir, remplaçant le rôle insipide du clavier qui accompagnait la tournée estivale, sinon que son apport à l'ensemble sembla entraîner une certaine confusion dans le jeu sous le regard imperturbable du bassiste Henry Oden. Le public se plaignant par ailleurs d'un son beaucoup trop fort, cette prestation ne restera pas dans les annales, même si elle ne fut pas mauvaise en soi. Ce ne sont pas les quelques efforts de la vedette Joe Louis Walker en fin de set et le rappel joué solo qui permirent d'illuminer ce concert relativement décevant.

Muraly Corryel

 
Amar Sundy
 
Henry Oden

 


Peter Nathanson - St-Etienne (42) - 14 Octobre 2010

Le Rhino Jazz(s) Festival 2010 invitait, dans la petite salle du Pax à St-Etienne, le plus français des bluesmen américains, Peter Nathanson, pour une prestation solo. Avec sa formation, Peter Nathanson joue habituellement un Blues-Rock électrique, pêchu, agréable certes, mais sans grande originalité, il faut bien l'avouer. L'occasion était donc bonne à saisir pour découvrir cet artiste en version solo.
Dans une ambiance intimiste, s'accompagnant de sa seule guitare Gretsch électro-acoustique, ce natif du Massachusetts vivant le plus souvent à Paris, nous proposa un répertoire dont l'éclectisme s'avéra une excellente surprise. Explorant différents styles, de la Pop avec une très bonne version de A Whiter Shade Of Pale à la Country music avec un hommage à Graham Parsons ou une valse texane, en passant par le Bluegrass, Peter Nathanson se montre parfaitement à l'aise et fait preuve d'une grande sensibilité, tant dans le jeu que dans le chant. Côté Blues, outre quelques compositions personnelles, il passe allègrement de Robert Johnson à Ray Charles, revenant à Jimmy Reed après s'être approprié de manière originale le I Want Make Love To You de Muddy Waters et le Rock Me Baby de BB King.
Après un ultime slow Country, l'artiste nous offre en rappel deux bons Blues, dont une compo sur tempo rapide impliquant pleinement le public. On en redemande !
Un bon conseil, si Peter Nathanson se produit en solo près de chez vous, n'hésitez pas à aller l'écouter dans ce registre. Vous ne serez pas déçu par la fraîcheur de son set que rend malheureusement imparfaitement sa dernière production discographique A Drinking Man's Friend (2010).


Awek - Doizieux (42) - 15 Octobre 2010

 
Bernard Sellam
 
Stéphane Bertolino

La Grange Crozet à Doizieux affichait " complet " comme chaque année pour son traditionnel concert Blues, dans le cadre du Rhino Jazz(s) Festival. La prestation du groupe Awek fut remarquable d'énergie, de groove et de feeling. Rien à dire, l'ensemble joue de façon très professionnelle et le chanteur-guitariste Bernard Sellam se révèle au fil des concerts un véritable showman. La très solide section rythmique composée de Joël Ferron (basse) - Olivier Trebel (batterie) se révèle des plus efficaces et offre à Stéphane Bertolino et son harmonica flamboyant le terrain de jeu idéal. Plus de deux heures d'un Blues juteux à souhait devant des spectateurs très participatifs, c'était l'ambiance idéale pour élever la température de quelques degrés en cette fraîche soirée d'automne.

Bloqué par la pénurie en carburant dans les stations-services à cette période, je n'ai malheureusement pu me rendre au concert de Nina Attal programmé à St-Joseph (42) le 17 Octobre. Les échos favorables qui me parvinrent à postériori sur sa prestation me le firent d'autant plus regretter.
Au final, cette programmation Blues au sein des 18 jours de musique qu'offre le Rhino Jazz(s) Festival (parmi près de 40 concerts) se révéla comme un très bon crû, même si Joe Louis Walker n'assuma pas pleinement son statut de tête d'affiche.



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