Mahalia Jackson

Intégrale Mahalia JACKSON - VOL. 2 - 1947/1950
Frémaux & Associés
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Si elle chantait le Blues, elle serait
une autre Bessie Smith... C'est ainsi que J. Louis Studs Terkel,
un des premiers disc-jockeys blancs à programmer, sur une radio de même couleur,
des artistes noirs, présentait Mahalia Jackson. Quant à Robert Anderson, un
des pianistes de la chanteuse, il affirmait que Mahalia avait été la première
à amener le Blues dans le Gospel. Il est vrai que dans cet album, fidèle reflet
de sa carrière, de 1947 à 1950, elle est tour à tour bluesy There's not a
friend like Jesus ou recueillie Child of a king, The last mile
of the way, I do, don't you.
Trèt tôt, la France reconnut son talent, grâce au critique Hugues Panassié,
qui la diffuse sur les ondes françaises et écrit un article à son propos dans
la Revue du Jazz. Vous retrouverez dans cet album I'm glad salvation is free,
qui lui vaudra en France le Grand Prix de l'Académie du Disque, I can put
my trust in Jesus, Grand Prix de l'Académie du Jazz et Prayer changes
things, grand succès confirmant le début d'une carrière impressionnante,
pendant laquelle Mahalia se produira sur les scènes les plus prestigieuses,
comme le Carnegie Hall, ou le Yates Auditorium de Houston. Sa présence scénique
était très sensuelle, contrairement à certaines photos qui la représentent avec
un air de sainteté : certaines églises ne voulaient plus l'employer,
car les fidèles étaient scandalisés par ses déhanchements et son belly dancing
! D'autres par contre, plus nombreux, adhéraient sans réserve à ses lamentations
et à sa façon de crier son chagrin, ramenant parfois ses auditeurs au temps
de l'esclavage. Elle réussit ainsi à rassembler 21000 personnes dans la stade
d'Atlanta, la plus grande foule noire jamais rassemblée pour un concert... Elle
rencontra Martin Luther King, persuadée, comme lui, que dans un monde livré
aux ténèbres et au désordre, le royaume de Dieu peut encore régner dans le cur
des hommes, et c'est cette ferveur qu'elle s'attache à faire passer dans
sa musique.
Accompagné, comme il est de coutume chez Frémeaux, d'un riche livret, ce C.D.
a un grand intérêt historique, mais il est vrai qu'il nous fait moins frémir
d'émotion que d'autres interprétations de Gospel, et nous regrettons de ne pas
reconnaître le swing rempli de jubilation dont les ardents admirateurs de Mahalia
Jackson ne se lassaient pas. Ceci, bien sûr, ne remet pas en question son talent
: écoutez-la et vous comprendrez pourquoi John Hammond disait d'elle :
Mahalia possède une voix d'un pouvoir, d'une étendue et d'une souplesse énormes,
et elle l'a utilisée avec un naturel hardi. Elle a une personnalité rayonnante,
exprimant une passion religieuse et chaleureuse.
Bernadette Monnot