Les Chroniques CD

de Blues Magazine N°16

- Avril 2000 -

 


Tommy Castro -   "Live At The Fillmore" - Dixiefrog - 4 Cds

Tommy Castro en concert au Fillmore ! Cet impressionnant guitariste de Blues-rock, à la Stevie Ray Vaughan (il faut bien l’avouer), nous l’a fait, et…c’est une réussite ! On s’y croirait, tellement l’ambiance est chaude, et le son très présent. C’était, il y a un an, le 6 mars 1999.  Entre autres, ses compositions personnelles, il nous donne une excellente interprétation ( version longue, de « My Time After Awhile » de Bob Geddins (que l’on connaît par le grand Buddy Guy), de « Can’t You  See What You’re Doing To Me » d’ Albert King, du rock, avec "The Girl Can’t Help It" de Troup, et de la soul-funk, avec « Sex Machine » de James Brown, aussi excitante que l’originale !…. Voilà un « live » qui nous montre, en une heure, un Tommy Castro, fidèle à ce qu’il nous avait déjà prouvé en studio !

Jean-Marcel LAROY


Magic Slim - "44 Blues" - Wolf - 4 Cds

 

Encore un « live » de Magic Slim, qui paraît deux ans après celui du  Zoo-Bar   N° 5 de 1980 sous-titré "Highway Is My Home ». Celui-çi est un enregitrement  de 1992, réalisé à Vienne, en Autriche, et comparativement, à l’écoute…le son est plus soutenu et meilleur que celui des Etats-Unis. Entouré de Nick Holt, son frère, et de son ami, John Primer qui démarre le CD par une  interprétation bien personnelle de son "Big Fat Mama", Magic Slim, lui se montre toujours aussi à l’aise sur ses compositions. Les sessions de "I’M Ready" de Willie Dixon (4’39), et surtout de «Blues With A Feeling » de Little Walter (8’55), laisse apparaître un Magic Slim plein de sensibilité. Bien sûr, il est parfait sur son air de prédilection de Chester Burnett (alias Howlin’ Wolf) "Highway Is My Home", que l’on retrouve içi, à point nommé. Par contre, le "44 Blues" de 7’46 est rendu avec un punch trés particulier : dommage que l’on ait attibué la composition de ce blues à Charley Patton ; les vrais créateurs, douteux peut-être, seraient Little Brother Montgomery, Lee Green ou Roosevelt Sykes, mais, en aucun cas celui indiqué sur la pochette : le Wolf a le droit à l’erreur et ce CD serait un bon achat, pour l’inconditionnel de Magic Slim, malgré la participation de Bonnie Lee qui n’a rien de vraiment accrochant sur "I’m Good".

Jean-Marcel LAROY


 Popa Chubby - "How a White Boy Get The Blues" - Dixiefrog - 4 Cds
 

Pas facile de donner un avis sur le dernier CD de Popa Chubby, qui doit sortir le 10 avril , et qu’en amateur de Blues comme moi, et beaucoup d’autres, on pense que le Popa, en question n’est autre qu’un gros lourdaud sorti des rangs du Hard, et nous distille, de temps à autres, un morceau qui a une sonorité "bluesienne". Il faut déjà connaître le bonhomme, et savoir que Popa Chubby, malgré sa dégaine, n’est pas spécialement un "hardos", mais bel et bien un bluesman nouvelle génération , sorti du Bronx, qui nous sert un Blues de New-York, musique réputée urbaine et crue, avec tout ce que cela comporte d’agressivité. Il a , en effet évolué dans plusieurs genres , allant du Rock, à la Soul, au Jazz, à la Funk et… Malheureusement au Rap…et ce dernier CD nous montre la variété de ce qu’ il sait faire. Je comprends que l’ensemble prend le thème « Comment un jeune blanc peut avoir le Blues ? » Eh bien, en cherchant, il trouve que les racines de la musique qu’il aime est portée comme une torche par Willie Dixon, évidemment, Robert Johnson et Muddy Waters. Il s’aperçoit qu’ il a toujours été dans ce milieu : tout est bâti sur l’histoire de ce jeune blanc qui cherche son bien-être, et le meilleur extrait de ce CD c’est lorsqu’il voit que c’est une sale journée de ne pas trouver dans la ville de New-York une salle pour exprimer son blues "It’s A Sad Day In New-York City When There Ain’t No Room For The Blues". Toutefois , il reconnaît en Willie Dixon le père du blues  qui a donné le rock’n’roll et la musique qu’il aime, sur un rythme excité "No Comfort". Et l’on tombe dans le morceau rap du CD "Lost My Leg" de 9’  qui prend la tête, sauf si on aime ce rythme lassant et déprimant…Dommage ! Heureusement, la dernière plage "How A White Boy Get The Blues", nous montre le doigté du Popa sur une guitare acoustique, avec une voix chaude qui nous révèle qu’il a vraiment trouvé le Blues. Ce CD mérite de le parcourir, mais je préfèrerais nettement les phases plus blues que nous avons déjà entendues de ce Popa Chubby que, personnellement, je découvre. Je ne suis pas déçu d’avoir fait sa connaissance….je dirais même… enchanté ! A suivre…

Jean-Marcel LAROY


Corey Harris - "Vü-Dü Menz" - Alligator - 4 Cds
 

Ce CD est le fruit d’une collaboration étroite entre deux jeunes lions du blues New-Orléans, qui évoluent dans un esprit et dans la tradition de James Booker et Professor Longhair. Corey Harris à la guitare et chant et Henry Butler au piano nous permettent de juger le sérieux de cette interprétation acoustique des 15 plagesde ce CD allant de morceaux de Blues  le plus "roots", ("King Cotton"), au style ragtime ("Sugar Daddy"), boogie woogie ("If You Let A Man Kick You Once"), gospel ("Didn’t My Lord Deliver Daniel ?", "Why Don’t You Live So God Can Use You", et même funk ("There’s No Substitute For Love") et tout cela est très agréable à entendre, d’autant que le son est très clair. Après "Greens From The Garden" de Corey Harris et "Blues After Sunset" d’Henry Butler, "Vü-Dü Menz" est un CD intéressant qui mérite qu’on lui trouve une place de choix dans la Cdiscothèque.

Jean-Marcel LAROY


Mighty Mo Rodgers - "Blues Is My Wailing Wall" - Blue thumb records - Indispensable

 

On ne sera pas surpris d'apprendre que Mighty Mo Rodgers a été producteur, tant le travail de studio sur ce disque est proprement hallucinant. Une qualité de réalisation mise au service de l'authenticité, pour une visite ensorcelante de la musique afro-américaine: le Blues, bien sûr (et qui pourra encore dire que tous les Blues se ressemblent ?) mais aussi la soul avec "Sweet Soul Music" et "Shame", sans oublier les racines africaines avec "Took Away the Drums". La présence des paroles dans le livret n'est pas une coquetterie. Sobres et efficaces, elles contribuent à faire de ce disque une oeuvre d'art engagée. Là encore, tel un sage jetant un regard avisé sur son époque et l'histoire de son peuple (il faut savoir qu'il écrit actuellement une thèse de doctorat sur la métaphysique du Blues) Mighty Mo Rodgers retrouve les grands thèmes qui ont jalonné l'histoire du Blues : la contestation, l'humour et la transmission de l'héritage noir. Un chef-d'oeuvre.

Benoit Chanal


Lurrie Bell - "Blues Had a Baby" - Delmark - Indispensable
 

Bien qu’étant musicien professionnel depuis une vingtaine d’années, Lurie Bell enregistre malheureusement assez peu en qualité de leader. C’est regrettable car son dernier disque est une nouvelle fois exceptionnel. On y sent l’influence de Buddy Guy époque Chess/Vanguard bien sûr, mais écrire que le jeu de guitare de Lurrie Bell est inventif ou créatif ne suffit pas. Comme le souligne Scott Dirks, producteur de l’album, Lurrie Bell ne connaît pas de limite : Il explore des territoires inconnus à la plupart des guitaristes mais ne tombe jamais dans un registre purement démonstratif. La voix est sensible, intense, bouleversante. Lurrie Bell joue donc le blues, mais pas le Blues stéréotypé de ceux qui vendent leur âme au diable à un carrefour, le blues actuel d’un homme, plus que musicalement doué, mais qui n’a jamais vraiment pu posséder une guitare et vivant parfois presque en marge de la société. J’ai lu une fois que Lurie Bell était "un génie tourmenté". C’est exact. Lurrie Bell est un génie.

Michaël "Athletic" M.

N.B : Si ce n’est déjà fait, vous pouvez également acheter les yeux fermés le précédent
disque de L. Bell "Mercurial Son" toujours sur Delmark


 Little Charlie And The Nightcats - "Shadow of the Blues" - Alligator - 4 Cds 

 

Le gang californien a encore frappé…en 1998 ! Je n’ai ce CD entre les mains que maintenant alors qu’il est sorti il y a plus d’un an. Il ne faudrait pourtant pas passer à côté de ce disque car il est excellent. Toujours emmené par "Little" Charlie Baty à la guitare et Rick Estrin à l’harmonica et au chant, le quatuor de la côte Ouest délivre un Blues solide, alternant habilement les morceaux lents avec des tempos plus rapides. Le jeu de guitare de Charly Baty, précis et bien construit, répond parfaitement à l'harmonica et à la voix nasillarde de Rick Estrin. Rick Estrin, décidément en grande forme, signe d’ailleurs les trois quarts des compositions de ces enregistrements. C’est donc du très bon "Little Charlie and the Nightcats" et à l’écoute de ce disque, on aimerait bien revoir et entendre live "Little Charlie and the Nightcats". Messieurs les tourneurs et organisateurs de concerts, si vous lisez cette chronique…

Michaël "Athletic" M.


Sam Cockrell And The Groove - "I’m in the Business" - Socadise Europ’ - 4 Cds

 

Un bassiste leader, issu de Chicago, influencé par la famille Jackson (Jackson Five) et Kool and The Gang dans les années 70/80, puis par B.B. King qu’il a côtoyé et qui l’a encouragé. Le résultat : “ I’m in the Business ”, un bon CD, de plus d’une heure, qui fait dire que Sam Cockrell est une valeur montante du Chicago blues. Il a tout compris : 13 plages où il chante et se fait aider, au chant et aux instruments, de quelques noms connus dans la discipline. Ainsi, on y rencontre Carl Weatherby, Billy Branch... pour ne citer qu’eux !... Il y a bien sûr , du Chicago blues, avec des morceaux lents (“I know you still care about me”) de 7 minutes et des morceaux rythmés (“Get it up”). Du blues, et du bon blues ! Et bien sûr, quelques incursions dans la Soul Funk (“I can’t stand being alone” et “Allnight long” mais ce ne sont pas deux fausses notes), c’est normal, jeunesse oblige et c’est bon ! Ne lui en veuillons pas ! Ce CD est excellent et promet à Sam Cockrell un bel avenir. Sympa, il fait un clin d’œil dédié à John Lee Hooker par une interprétation personnelle, avec effet de basse, de “ Boom Boom ” qui n’a rien à voir avec l’original du maître.

Jean-Marcel Laroy


Sara  K - "No Cover" - High Resolution Technology - 4 Cds

 

Joli ! Une blueswoman, on peut le dire, qui n’en est pas à son coup d’essai : elle a déjà enregistré  4 CDs avant celui-ci. Avec ce CD, enregistré “ live ” (mais ça ne s’entend pas), elle nous raconte de jolies balades dans un esprit un tantinet jazzy, bien saccadées (“ Ball’n Joint ” “ Horse J used to Ride ”, “ Tell Me J’m not Dreaming ”, “ What’s a Little More Rain ”, “ What you don’t Know ”...) Dans sa voix, il y a un peu de Janis Joplin, un peu d’Annie Lennox, un peu de Bonnie Raitt et ça sonne “ sensibilité ” (feeling) notamment sur “ Tell me J’m not Dreaming ”. Elle joue de la guitare 4 cordes et est très bien accompagnée par Hui Cox (co-producteur) aux guitares et mandolines, par Gary Richardson à la basse, Told Turkisher aux percussions et drums, et Corrin Huddleston qui place son harmonica aux moments opportuns Blues ? Blues-Jazz ? Ce CD mérite le double label et mérite aussi un rang de choix dans votre C-Discothèque !

Jean-Marcel Laroy


Ray Bonneville - "Rough Luck" - Blueside - Indispensable

 

Voilà un monsieur que l’on ne connaissait pas et qui nous ressort un nouveau CD, produit, celui-ci par Tim William, après “Gust of Wind” (chroniqué dans notre dernier numéro), et c’est de la même veine, en 42 minutes. Un plaisir d’entendre un country blues admirablement interprété, à la manière de Bob Dylan et J.J. Cale (messieurs, rassurez vous, la relève est assurée !) accompagné par Ray Bonneville himself, à la guitare et à l’harmonica, toujours enregistré dans les studios canadiens, devenus, on pourrait le croire, au service de Monsieur Bonneville, tellement le son est pur. C’est agréable à écouter,... C’est un bonheur... Ca fait passer le stress, et pour cela, je le cataloguerai de CD indispensable !

Jean-Marcel Laroy


Dr John - "Duke Elegant" - Parlophone - 4 Cds

 

Tiens, un nouvel album du docteur Mac Rebennack ? Si tôt après l’excellent "Anutha Zone" ? Pas vraiment en fait puisqu’il s’agit d’un album-hommage à Duke Ellington, donc exclusivement composé de reprises. Mais alors attention ici on fait pas dans le réchauffé ni dans la facilité, puisque le doc s’est attaché à choisir des morceaux rares ou alors jamais repris. Evidement, comment rendre hommage au Duke sans faire apparaître un "SatinDoll" ou un "Don’t get around much any more", mais là ou le tour de passe-passe "gris-gris" de Dr John réussi, c’est dans cette arrogante facilité à nous faire oublier que ces morceaux ont été écrit il y a fort longtemps, ce qui n’est pas évident à deviner quand on écoute un tel résultat. Duke peut se reposer tranquillement, son patrimoine est bien gardé. Et comme le dit lui-même Dr John : « le secret de l’immortalité, c’est d’écrire un morceau simple que les gens joueront et chanteront génération après génération ». Alors quand en plus c’est bien fichu et bien produit…

Thomas Puyregner


Tino Gonzalès - "Tequila Nights" - Dixiefrog - 4 Cds

 

Deuxième album studio pour cet anti-conformiste du circuit (voir par ailleurs son interview), adepte du Blues métissé à déguster un verre de Mezcal à la main. Pour ceux qui l’aurait déjà vu sur scène, la question est de savoir si en studio, ce chère Tino arrive à se calmer un peu, tant les avalanches de notes sont nombreuses
et étouffantes sitôt qu’un bar le programme. Et bien, après quelques réticences (vous l’avez compris), on est forcé de constater que la galette, elle est merveilleuse ! ! Quelle production, quel talent pour les arrangements ! Non, vraiment, y’a rien à dire, les compos sont toutes plus entêtante les unes que les autres, la voix chaude de Tino porte à merveille et…y’a pas trop de notes, juste les bonnes ! Aller, promis, on donne une deuxième chance à Tino pour nous mettre à genoux la prochaine fois qu’il passe pas loin !

Thomas Puyregner


Coco Montoya - "Suspicion" - ALCD - 4 Cds

 

Comme à son habitude, Coco Montoya nous distille à nouveau du Blues à l'état pur. Douze morceaux qui semblent "glisser", sans jamais lasser. Une fois de plus il a su s'entourer de musiciens à la hauteur, avec notamment un très bon Bob Glaub à la basse. Un son électrique parfait pourrait on dire, il alterne morceau rapide incisif et Blues lent mélancolique. C'est un véritable hommage à Albert Collins, et l'on peut se demander si l'élève n'a pas une fois de plus dépassé le maître ? L'enregistrement du premier morceau "Enough is enough" et du dernier "Nothing but Love" aux studios Doghouse de Burbank (Californie) ainsi que les autres aux studios Rumbo Recoders de Canoga Park (également Californie) font ressortir une "special sun touch" qui nous transporte littéralement sur la côte pacifique. Le "mastering aux studios Chicago de Chicago donne un rendu "original Blues". Ce nouvel album est bien la preuve que cette musique du début du siècle a franchi ce nouveau millénaire sans aucun problème grâce à la magie de ce gaucher à la stratocaster. Cet album enchantera les mordus, convaincra les détracteurs et attirera les néophytes. Un disque a mettre entre toutes les mains, un vrai bonheur.

Claude Jandin


Pinetop Perkins - "Live at 85’" - Shanachie - 4 Cds

 

Non, ce n’est pas un enregistrement  « live » , vieux de quinze ans, oublié au fond d’un tiroir ! C’est à l’occasion de l’anniversaire de ses 85 étés (pour ne pas dire printemps)que  Pinetop Perkins se produisait sur scène en bonne compagnie, le 4 juillet 1998, au Tierneys Tavern de Monclair ,dans le New-Jersey. On retrouve la verve et la fougue de l’une de nos légendes interprétant toujours avec une aussi brillante habileté ses succés. Et ça commence très fort par "Chicken Shack", "Just a little bit", "High Heel Sneackers", "How long", "Ida B", "Hoochie Coochie Man",….et d’autres de ses maîtres. Il y va même d’un long boogie woogie de sa composition (Down in Mississippi ), soutenu par de bons solos de guitare  d’un certain George Kilby  Jr appuyé par de solides cuivres. Une petite heure de
bonne musique à ne pas rater !….C’est du grand Pinetop… au Top !

Jean-Marcel Laroy


Jimmie Lee Robinson - "Remember me" - Analogue Productions Originals - 4 Cds

 

Avec une voix de baryton, Jimmie Lee Robinson est à la fois poète, philosophe et bluesman. Il attaque tout d'abord par un morceau d'introduction où il se présente. Puis, place au Blues "roots". Remarquable voix puissante et profonde, qui résonne, il ne s'accompagne pas à la guitare, mieux il l'a fait chanter en l'effleurant sans jamais l'a maltraiter. On a vraiment la sensation d'une grande complicité, dans laquelle les six cordes sont comme une sillon tracé sur la route du Blues. Il retrace un périple que l'on connaît bien en direction du Nord. Certains morceaux comme "Keys to the Highway" ou "Three O'clock in the morning" restent traditionnels, mais sous ses interprétations,  il prennent un sens beaucoup plus vrai. Il est accompagné par Jimmy D Lane fils de Jimmy Rogers, une des dernières figure du Blues Legend. Ce disque peut ne pas vous accrocher à la première écoute, mais dévoile toute sa force intérieure au fil du temps. Comme le Blues. Un grand moment avec une belle place à réserver à ce disque dans votre discothèque.

Claude Jandin


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