Les Chroniques CD

de Blues Magazine N°17

- Juillet 2000 -


Karim Albert Kook - "Je Roule Vers Toi » - Night & Day" - Coup de Coeur du Chroniqueur

Karim Albert Kook est un homme généreux et malgré le mauvais sort que lui a réservé la vie (il a perdu l’usage de ses jambes très jeune) c’est quelqu’un qui aime tout le monde et cela se ressent dans ses textes. Ce nouveau disque de Karim est donc plein d’amour et d’humanisme. Sa voix est bien en place et s’est même améliorée, les arrangements très bien réalisés. C’est du blues traditionel, funky et groovy, et même un peu cajun (« La Chanson Du Delta ». L’ensemble est fort bien fait avec une excellente production. Le concours d’amis comme Jérémie Tepper, Bernard Allison, Christophe Garreau et bien d’autres font que ce CD est un bon moment de Blues en Français (écrit en français sauf « The VoodooHut » de James Starboard). Allez le découvrir, vous serez agréablement surpris !

Christian Le Morvan


Marty Grebb with guests - "Smooth Sailin" - TELEARC - 4 Cds

Entendez !… Ecoutez !… Mais, Ecoutez bien ! Ce CD a quelque chose de déjà entendu , d ‘agréable.. En effet, on croirait reconnaître la rythmique pianistique et la voix de Randy Newman, un peu, et, un peu la voix d’Eric Clapton, dans sa période 90’s. Pratiquement, rien n’est à jeter de ce disque tellement vous êtes pris par l’ambiance entraînante, qui n’est pas forcément que… blues. De plus, le personnage, Marty Grebb, s’est entouré de beau monde ; jugez-en : Bonnie Raitt sur « Soul Mate », Doyle Bramhall  II sur « The Real Thing », Léon Russell et Steve Cropper sur « Memphis Shuffle », Amos Garrett sur "A Godsend", Taj Mahal sur « Hen House »,Jim Keltner sur « Heaven Earth » et « Soul Mate »…pour ne citer que les plus connus. Il y a même son père, Harry Grebb, jazzman saxophoniste ténor sur « Hen House ».On sent le savoir-faire de Mr Marty Grebb : rien que sur le titre « The Real Thing », grâce à Doyle Bramhall II à l’harmonica, et James Gadson aux drums, il y a un peu du style … Jimmy Reed ! Fameux !Vraiment, ce disque est absolument à classer dans votre cdiscothèque, dans le rang des meilleurs CD récents parus.N’attendez plus… ! Achetez et écoutez ce CD , c’est une réussite !

Jean-Marcel LAROY


Barry Levenson-Jake Sampson Band - "Closer To The Blues" - Storyville - 4 Cds

Le Blues a une histoire de collaborations avec de fortes racines et de longues histoires : il suffit d’écouter B B King et Bobby « Blue » Bland, Junior Wells et Buddy Guy, Anson Funderburgh et Sam Myers , …etc…Eh bien, Barry Levenson et Jake Sampson est un autre duo avec qui il faudra compter et que vous remarquerez avec  ce CD. Voilà les personnages : Complètement envoûté par  « A Man And The Blues » de Buddy Guy, influencés par des artistes comme The Fabulous Thunderbirds et autres Roy Buchanan.., l’ambiance jazzy et rythm and blues,…imprégné des musiques de Pee Wee Crayton, Big Mama Thornton, Lowell Fulson,…c’est Barry Levenson, qui s’est retrouvé, au milieu des années 70, à jouer de la guitare, aux côtés deLuther Allison….Quant à Jake Sampson, il passait ses nuits à écouter Chuck Berry et Eddie Kirkland, et s’exerçait, à la basse, sur les musiques de Willie Dixon, en déclarant que son chanteur favori était…Buddy Guy. Et c’est peut-être le point commun qui les a fait se rencontrer pour réaliser cet excellent CD de 45’ (un peu court !), très bien orchestré. C’est surtout du chicago blues et ça balance pas mal : le premier titre : « Miss Lucky’s » est joué à la ZZ Top,…c’est vous dire ! Le duo est très bien entouré et a fait appel à Johnny Dyer sur « Every Saturday Night » (le plus long morceau du CD : 6’20 ) au chant et à l’harmonica, et à  Elliott Chavers au saxophone sur « Handyman »(le plus court morceau du CD : 2’55 ). Ils se permettent une reprise de "Reap What You Sow" de Butterfield-Bloomfield-Gravenites, admirablement bien interprétée ! C’est un bonheur de 5’38 . Il vous faut ce CD dans votre collection !… Vous ne le regretterez pas ! Duo à suivre….

Jean-Marcel LAROY


Duke Robillard et Herb Ellis - "Conversations In Swing Guitar" - Stony Plain - Coup de Cœur de Chroniqueur

On connaît Duke Robillard comme le créateur du groupe Roomful Of Blues, qu’il a dirigé une douzaine d’années, et pour d’autres expériences discographiques réussies, avec les FabulousThunderbirds, Jimmy Witherspoon et Jay Mc Shann notamment, dans le Blues-rock, le Blues et le Jazz. Pour juger de ses qualités, dans tout ces genres, il suffit d’écouter « Duke Robillard Plays All That Blues », et « Duke Robillard Plays All That Jazz » parus pour Sky Ranch chez Virgin, en 1997. Récemment encore, il est apparu en accompagnateur du ténor saxophoniste de Jazz, Scott Hamilton « Blues, bop and ballads » chez Concord Records. Là, c’est en compagnie d’un grand guitariste de Jazz,qui a rencontré toutes les grandes stars de la discipline, Herb Ellis  (79 ans), avec qui il relève le défi de ses capacités.« Conversations In Swing Guitar » est un CD reprenant des thèmes de Benny Goodman-Lionel Hampton ("Flying Home »), Duke Ellington (« Just  Squeeze Me »), Coleman Hawkins (« Stuffy »),enfin… du Jazz …et aussi des compositions de Duke Robillard avec toute sa technicité et son  feeling ! L’écoute de ce CD est agréable et nous met dans un confort anti-stress de prés de 50’, tellement cette conversation entre ces deux virtuoses est chaleureuse. Certes ce n’est pas du Blues, mais qui dit que ce jazz là, interprété de façon aussi cool n’est pas aussi émouvant et prenant que le blues ?

Jean-Marcel LAROY.


Otish Rush - "Live And Awesome" - Adelphi Records - Coup de Cœur du Chroniqueur

D’abord, on entre dans une salle de spectacle ! C’est un concert !…On annonce "Otis Rush !…" et, c’est l’intro musique, sur « The Preacher », Otis Rush aborde le public, d’une voix rassurante…Il calme les instruments !…Restons !..Il parle et lance un  "I Got A Woman" de Ray Charles (5’32) illico soutenu par son orchestre,…enchaîne, sans transition sur  "Gambler’s Blues" de B B King (9’23) admirablement bien exécuté, suivi de "Feel So Bad" de Chuck Willis et "Let’s Have A Natural Ball" d’Albert King, mené "gaillard" et,…arrive du pur feeling Otis Rush avec "Right Place, Wrong Time" de 7’22. Pour suivre, encore un hommage à B B King avec « Please Love Me », puis un autre pur produit signé Otis Rush "All Your Love", cossu, comme à ses débuts. Passons sur "Lonely Man" bien joué, néanmoins. Le 10ème titre est un hommage émouvant à T.Bone Walker, avec "Stormy Monday", guitare et piano langoureux à souhaits…Unique !… Et un public participant !…Pour conclure le concert, c’est « Cold Day In Hell » d’Otis Rush (8’17), de la même veine que "Stormy..". Très bien ! Ce CD enregistré en 1996 est une compilation, bien mixée, des spectacles réalisés par  Otis Rush, au cours de ses tournées en Europe. L’audition en est agréable : tout coule facilement, sans pratiquement de coupures, ou peu, entre chaque morceau. Comme l’indique le titre de l’album, ce CD est impressionnant de vérité ! On s’y croirait, tellement le son est clair et présent. Plus de 62’ de plaisir. .De ce CD, je fais mon « coup de cœur  », pour ne pas dire qu’il est indispensable…et il le mériterait…

Jean-Marcel LAROY.


Tommy Bankhead - "Message To St Louis" - FEDORA - 4 Cds

D’abord le contenant : la pochette, très belle, représente sur un fond irisé sapia, un bluesman assis sur un tabouret de bar, en train de jouer de la guitare. L’intérieur nous décrit, en anglais bien sûr, le parcours du personnage : Tommy Bankhead. On y apprend , entre autre, qu’il est né le 24 octobre 1931 à Lake Comorant, dans le Mississippi, que sa famille a déménagé dans l’Arkansas, état voisin, qu’il y a fait sa première prestation en public à l’age de 16 ans, qu’il a joué avec l’orchetre d’HowlinWolf, ou encore qu’il n’a enregistré qu’un seul album ("Please Mr Foreman"), en 1983, avant celui-ci , avec son groupe "Les Blues Eldoradoes". Le contenu : C’est donc dans les studios de Benton Park à Saint Louis, les 15 et 16 juillet 1999, qu’à 68 ans, il enregistre ce CD de 11 plages dont 9 sont de sa composition. C’est un régal, compte tenu du monde qu’il a cotoyé, on y retrouve un mélange de blues chicagoan et de blues de Saint-Louis ; il est , pour ce faire, accompagné de l’équipe de Chris Millar, producteur de Fedora. Il y a notamment Bob Lohr aux claviers, et Charles « Nephew » Davis à la basse ; quelques plages avec des cuivres ajoutent un intérêt certain à ce bon CD.

Jean-Marcel LAROY


John Logan et Doug Mc. Leod - “Live as it gets” - Mocombo - 4 Cds

Enregistré live au B.B.King Blues Club, ce disque offre un blues acoustique d’un excellent niveau, fruit d’une entente parfaite entre ces deux musiciens californiens. A écouter sans modération. Si vous voulez sentir votre cœur danser sur les accords d’un blues authentique, n’hésitez pas, faites-vous plaisir, achetez-le.

Michel Enfert


John Leee Hooker - "Young and wild" - Frémeaux et associés - 4 Cds

Si John Lee Hooker n’a enregistré qu’après un purgatoire de plusieurs années, le succès sera immédiat avec le légendaire “Boogie chillen”, face B de son premier 78 tours qui le propulsera en tête des ventes dans les quartiers noirs à travers tous les Etats-Unis. John Lee Hooker s’est toujours défini lui-même comme un professionnel, gérant sa carrière avec un opportunisme lucide et sans concessions, s’adaptant son style aux goûts du public pour conquérir de nouvelles audiences. D’où une discographie pléthorique, avec des hauts (dont plusieurs sommets) et des bas et dans laquelle il est parfois bien difficile de se retrouver. Les rééditions et autres compilations en CD ne permettant pas d’y voir plus clair, personne ne se plaindra de voir sortir ce premier volume d’une intégrale qui s’annonce passionnante. Parmi les 36 titres qui couvrent les années 1948-1949, on retrouvera, outre “ boogie chillen ”, les autres tubes qui lui succéderont immédiatement comme “Crawling King Snake”ou “Whistling and Moaning Blues”. JLH est seul à la guitare et au chant, à l’exception de 2 titres qui marquent les débuts de sa fructueuse collaboration avec l’harmoniciste Eddie Burns. Son style hypnotique et sensuel, indifférent à la virtuosité et d’une inimitable liberté formelle est déjà complètement défini.

Benoit Chanal


Collectif - "Blues against racism" - On a faim. BP16686004 Poitier Cedex - 4 Cds

C’est à Christian “Lightnin’ ” E., guitariste et grand amateur de blues que revient l’initiative d’enregister un disque de Blues sur le thème du racisme et de la ségrégation. Bien vu dans ce monde où il vaut mieux naître blanc que noir et riche que pauvre ! Little Bob, Juju Messengers, Roland Malines, Tao Ravao, Magic Buck, Cajun Express : en tout 17 groupes, en majorité français, qui chantent avec émotion leur vision du racisme, après une introduction extraite du discours de Martin Luther King du 28/08/63. La jaquette qui accompagne ce CD raconte le blues et la ségrégation, avec des citations de BB.King, Taj Mahal, Ray Charles, des dessins originaux et le contact des groupes. Il y a beaucoup d’auto-produits et l’on excusera donc parfois la qualité d’enregistrement. L’idée est tellement valeureuse que je conseille à tout le monde d’acheter ce CD.

Christian Le Morvan


Bill Wyman - "Groovin’" - Frémeaux et associés - 4 Cds

Qui aurait pu parier que parmi les Stones d’origine, celui dont la carrière solo serait la plus honorable serait le discret Bill Wyman ? Depuis qu’il a renoncé à suivre le Barnum de ses anciens collègues dans leur relevés réguliers des compteurs, Bill réunit périodiquement les Rhythm Kings pour se faire plaisir avec des albums délibérément rétros mêlant jazz et blues. Ce troisième album enchaîne reprises ("I put a spell on you", "Groovin’, Daydream") et inédits (Bill rappelle, avec des titres comme “Tell you a secret” et “Streamline woman” qu’il sait aussi composer) avec un swing toujours impeccable, comme si mettre la virtuosité et l’expérience au service de l’authenticité et de la tradition était la chose la plus naturelle au monde. On a du mal à imaginer que ce vieux Bill lui-même, dont le jeu de scène avec les Stones consistait principalement à battre des paupières ait pu rester stoïque pendant l’enregistrement. Dans le langage d’un musicien anglais, se faire plaisir doit se dire “groovin’ ”.

Benoit Chanal


Artistes Divers - "Red River Blues" - Ace - 4 Cds

Quand on pense blues de Louisiane, le premier nom de producteur qui vient à l’esprit est celui de Jay D. Miller à Crowley. Mais Mira Lewis, plus au nord, dans la partie redneck et anglo de l’état (celle où Jerry Lee lewis est né, celle où sévissait le Louisiana Hayride), a enregistré les mêmes types de musique (à l’exception de la cajun) que Miller. Cette compilation présente ses artistes blues dans des styles variés (cela va du blues plaintif au style Bo Diddley en passant par le swamp pop et le rock’in blue) et révèle des talents inédits (quasi 50% des titres jamais parus) comme Sonny Boy Willamson III, Banny Price, TV Slim, Vincent Williams. Le seul qui m’ait laissé indifférent est Little Melvin Underwood. Mais les autres valent le déplacement jusqu’à la rivière rouge.

Bernard Boyat


Sax Gordon - "You Knock Me Out" - Bulleye - Coup de Coeur du Chroniqueur

Gordon Beadle, alias Sax Gordon, malicieux saxophoniste bien connu comme accompagnateur de Duke Robillard, a joué sur de nombreux disques ; vous pouvez ainsi l’écouter sur "Zeb And The Blues Machine", guitariste the Doo The Doo. "You Knock Me Out" est son premier CD dont il a écrit tout les morceaux dans un esprit à la King Curtis. C’est très swing, très rock, mais aussi très Blues... Il s’ésaie même au chant avec une certaine réussite. Duke Robillard, qui produit le disque, est venu prêter sa guitare sur tous les titres et même sa voix sur le chanson titre de l’album. On sent tout au long de l’album une volonté de bien faire tout en s’amusant et c’est très réussi. Alors si vous aimez le sax, le swing, le rock, le blues et que lors de votre prochaine teuf’, vous voulez faire danser tous vos potes, achetez ce CD, ambiance garantie !

Christain Le Morvan


 

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