
Les Chroniques CD
de Blues Magazine N°23
- Janvier 2002 -
Marvellous Pig Noise - " Big Road Blues " - 4 CDs
Auto produit par Marvellous Pig Noise "Homesicknes", leur premier CD était déjà un bon CD, plein dénergie et de bonne humeur. Celui-ci, comme son titre lindique, est un mélange de reprises et de traditionnels. Ca vous donne une pêche.. ! Quand je vous disais quil faut les voir sur scène Grande formation ! A suivre. Bravo.. à nos languedociens ! Jean-Marcel Laroy. " ACOUSTIC BLUE CHICAGO " - " RED HOT MAMAS " " CLARK STREET RAMBLERS " - " MOJO MAMAS " 4 CDs Blue Chicago Records Pour ceux qui nont pas le temps, le courage de le prendre ou le pognon, voici un excellent voyage au pays du blues urbain représenté dignement par ces quatre productions du fameux BLUE CHICAGO, ensemble de deux petits clubs de Clark street à Chicago. Petits par la taille, ces deux établissements sont le blues down town de la Windy City. Les enregistrements sont publics et lambiance est bien traduite. Je mettrais peut être une petite prime à "Red Hot Mamas", mais cest que jai vu certains des acteurs de cette scène, dont Bonnie Lee et Patricia Scott. Attention, par acoustique, le blues chicagoan nentend peut être pas la même chose que vous. Les harmonicas sont sur des micros clairs, il ny a pas de batteur ni de bassiste et les guitares ont des caisses (de temps en temps), voilà, on reste loin des sonorités de Robert Johnson, on est délibérément urbain. "Clark Street Ramblers" est dédié aux habitués masculins du club, les "Mamas" étant lillustration de ces dames. Les boutiques spécialisées détiennent ces petites merveilles, sinon le web. Patrice de Rendinger. Alligator Records - " 30th Anniversary Collection " 4 CDs Alligator Comme tout le monde le sait, Alligator Records fête ses trente ans dexistence. Et pour cela Alligator a réuni sur un double cd quelques un des représentants du label, dont le premier disque contient des enregistrements studio et le second des enregistrements live. Toutes les générations y sont représentées, les jeunes qui montent tel que Shemekia Copeland, ceux qui saffirment de plus en plus tel Michael Burks et Corey Harris, les incontournables comme Luther Allison, Carey Bell, James Cotton, Junior Wells, Albert Collins et bien évidemment les pionniers représentés ici par Hound Dog Taylor. En bonus un extrait du concert dHound Dog Taylor au festival dAnn Harbor le 9 septembre 1973, document intéressant qui permet à tous ceux qui nont pas eu la chance de voir cet artiste se produire sous leurs yeux. Bien sur tous le représentants du label ne sont pas présent sur ce disque, mais tous le titres sont ici de très bonne qualité musicale, ce qui nest pas toujours le cas dans les compilations. Enfin ce disque montre que le blues est une musique vivante et quelle continue à nous faire vibrer. Stéphane Biset Bob Dylan - " Love And Theft " - 4 CDs Columbia 504364 2 Ce 43e album a été célébré par l'ensemble de la presse, (toute la presse même Les Échos !), comme sa meilleure galette. Dylan lui-même le tient pour un " greatest hits sans les hits ". Après le magnifique crépuscule de l'album précédent, Time out of Mind (97), voici douze chansons surprenantes et lumineuses, une superbe arlequinade de " hits " enregistrée en deux semaines. Le nasillard a mis son groupe de scène à contribution, une machine pleine de dents composée de Tony Garnier (basse), David Kemper (batterie), Augie Mayer (orgues et accordéon). Les guitaristes de Time ont laissé la place à Charlie Sexton et Larry Campbell (qui tient aussi le banjo, la mandoline et le violon). Jack Frost, le producteur, participait déjà à la production du précédent. Dylan chante d'une voix glaireuse, relativement douce pourtant. Ses compositions alternent d'un blues-rock cuit bleu (Cry a While avec son riff outrageusement Delta), à une sorte de vaudeville country-jazz (Floater) pour le repos du guerrier. Ajoutons l'extase franchement country de Mississippi, une chanson d'abord écrite pour Sheryl Crow, un zeste de rockabilly (Summer Days), et quelques fantômes surgis de la Highway 61 (Tweedle Dee & Tweedle Dum). Distinguons enfin la ballade qui ferme l'album, un rayon de grâce intitulé Sugar Baby. Surtout, ne perdons pas de vue que Dylan est un genre à lui tout seul et cessons de guetter, dans Love and Theft, l'ombre du jeune homme qu'il fut. Mississippi, Bye and bye, High Water, Po' Boy le pète-sec du Minnesota coule toujours d'affectueuses illades aux muses du blues rural, au moins par les thèmes si ce n'est formellement par les actes. Album extraverti, bienveillant, Amour et Rapine a été conçu POUR son public ; il ne constitue pas l'un de ces exercices de style (à la manière de ) auxquels le Zim s'adonne parfois avec des fortunes diverses (cf. Self Portrait, hélas !). Eh bien ? Achète cet album, ami lecteur, tu le vaux bien. Achète-le au moins pour Sugar Baby. Dans un film de Sam Peckimpah (Pat Garrett and Billy the Kid), on demandait à Dylan : " Qui es-tu ? ". Réponse de l'intéressé : " C'est une bonne question ". Vingt-cinq ans plus tard, notez bien, on en est toujours là.
Christian Casoni. Keith B. Brown - " Got To Keep Movin" - 4 Cds Juna Records CD1001 Un très beau son acoustique et une voix à la limite du crooner, un accompagnement limité à une basse acoustique et un harmonica clair, lensemble se ballade, cest le terme, sur une série de compositions originales. La main droite du guitariste alterne les rythmiques tchac poum et des phrasés très détachés. On a pu découvrir Keith B. Brown sur le stand de Fabrice Gougi à Cognac, voilà une excellente raison de continuer à le fréquenter. On lannonce sur les scènes françaises sous une forme identique à celle du CD avec Jean Pierre Carraro à lharmonica chaud devant ! Patrice de Rendinger. RL Burnside - " Well Well Well " - 4 Cds
MC Records MC 042 Plus live Je ne vois pas, RL Burnside se raconte dans une petite interview, sort à Curtis Salgado des vannes du style la dernière du singe qui , rigole, le tout entre deux morceaux acoustiques. Cest un peu comme si vous étiez dans votre salon et quil se trouvait dans la cuisine, sa guitare sur les genoux avec un vieux copain et quentre deux gorgées de bière et deux tranches de sauciflard, il tape un morceau, discute, se marre. Total : ces enregistrements de 86 à 93 constituent un vrai disque vivant de lun des acousticiens du blues les plus attachants. Lacoustique rappelle les collections de la bibliothèque du Congrès ramassées par Alan Lomax sans les gratouillis du repiquage sur les vieux 78. R. L. Burnside possède une main droite métronomique et un jeu sobre posant bien une voix agréable et puissante et les musiciens qui laccompagnent sur quelques rares morceaux, comme Calvin Jackson aux drums sur "GoinDown South", restent discrets well well well. Patrice de Rendinger. Tommy Castro Band - " Guilty Of Love " - 4 Cds
Dixiefrog Records/Night & Day Nostalgie, pour la première chanson de ce nouvel album de Tommy Castro, qui commence par un duo avec le grand John Lee Hooker sur le titre éponyme de ce disque, qui sera le dernier enregistrement du Healer. Disque qui nen est pas pour autant triste, bien au contraire avec le troisième titre " Shakin The Hard Times Loose " dans lequel le piano de Jimmy Pugh (Robert Cray) apporte une touche " roots " et le sax de Keith Crossan dynamisme. " Dirt Road Blues " est un blues lent plus traditionnel, en alternance avec dautres titres au rythme lent comme " I Aint Gonna Make That Call " et " Aint No Fun To Me ", et des titres plus entraînant comme " If You Aint Lovin, You Aint Livin ". Tommy Castro est donc toujours aussi à laise au chant et à la guitare , bien sur pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Stéphane Biset The Downchild Blues Band - " The Downchild Collection " - 4 Cds Blue Wave CD#141 Voici une, ou plutôt la compilation dun band mythique à géométrie variable (comme presque tous les Blues Bands) créé et toujours animé par le grand Don Walsh. Diverses variantes de ce groupe viennent au long dune sélection de vingt titres vous émoustiller les esgourdes. Les morceaux couvrent une douzaine dalbums enregistrés entre 73 et 96. Pour ceux qui nont pas eu de contact avec cette locomotive du blues blanc, ce condensé du meilleur est une acquisition à ne pas louper. Il faudrait en fait chroniquer chaque morceau. Patrice de Rendinger. Dr John - " Creole Moon " - Coup de Cur du Chroniqueur EMI Records 7243 5 3591 2 3 Décidément, le sorcier est toujours impérial, oscillant entre jazz, blues et rythmes caraïbes, fantasque et rigoureux, musicien, quoi ! Depuis les années 70, il revisite sans cesse les mêmes territoires emprunts de mystère (ici "Bruha Bembe"), de tendresse (là "Georgianna" quelle merveille !) et dune exotique moiteur. Sur toute cette période, on cherchera en vain un faux pas, une contre performance. Ce disque vient après le fantastique hommage original à Duke Ellington et retourne à "Back To New Orleans". Une montagne de groove vous envahit dès les premières mesures. Cette incroyable souplesse des rythmiques, ce rebond permanent des basses, la perfection des arrangements, la chaleur des churs, je fonds La base du groupe est celle qui laccompagnait à Marciac en 2000 renforcée par des cuivres et des choristes, no comment. Incontournable. Patrice de Rendinger. Gaye Adegbalola - " Bitter Sweet Blues " - Coup de Coeur du Chroniqueur
Alligator Records ALCD 4870 Le premier album solo de Gaye Adegbalola est une pleine réussite, tant par la qualité de la prise qui sait préserver les qualités communicantes de la chanteuse guitariste du groupe Saffire, que par le staff des participants. En effet, la seconde guitare est celle de Rory Block, voire de Tom Principato. Un très émouvant "Need A Little Sugar In My Bowl", une originale reprise de "You Really Got A Hold On Me" voisinent avec de fortes compositions personnelles, fortes tant par les mélodies que par les textes. "Nothings Changed" (rien na changé)est un fantastique constat du décalage entre le discours et les actes. "The Dog Was Here First" (le chien était là le premier), présente un drôle de drame conjugal à propos du chien qui occupe une place exagérée. Une petite pratique de langlais nest pas superflue pour apprécier pleinement ces joyaux, mais la fantastique énergie de Gaye suffit à rendre ce CD incontournable. Patrice de Rendinger. LE COIN DES NOSTALGIQUES Walter Horton - " Live At The Knickerbocker " - Coup de Coeur du Chroniqueur JSP Records JSPCD 2152 Compilation denregistrements publics de 1980 où, admirablement bien servi par la guitare aux harmonies jazzifiantes et aux sonorités grasses de Ronnie Earl, lun des plus brillants souffleurs de dix trous exprime ici pleinement son talent. Lharmonica est utilisé dans tous ses registres, en notes détachées, en accords, tour à tour cristallin et tonitruant, subtil et puissant. Les autres sidemen sont à la hauteur de lévénement, Ola Dixon aux tambours et Sugar Ray chauffant la salle au chant pendant les 3 premiers morceaux pour la préparer à Walter Horton. Merci à JSP davoir réédité ce petit chef duvre où Walter Horton sert au milieu de ses compositions personnelles un exceptionnel "Its Not Easy", version camouflée de "Easy" de Ivory Joe Hunter. Par ailleurs, "Lord Knows I Tried" (où Walter Horton nintervient pas) suffirait à lui seul à justifier ce disque. Patrice de Rendinger. Jay Mc Shann - " Jay Mc Shann And The Blues Singers 1941 - 1949" - 4 Cds Historic Recordings 159 902 / EPM EPM possède un catalogue sympa dune trentaine de titres allants du début des années 20 à la fin des années 40, Historic Recordings, et un catalogue plus récent dune douzaine de références, Blues Collection, lensemble distribué surtout par correspondance 188, bd Voltaire 75011 PARIS et sur www.epm.fr. Cest intéressant lorsquon se confronte régulièrement à la pauvreté des bacs Blues des disquaires Jay McShann na pas eu le succès de Count Basie, ni même de Jimmie Lunceford, pourtant, ses qualités de pianiste, son style son répertoire et le choix des membres de ses formations - Charlie Parker, Ben Webster sont passés chez lui auraient pu en décider autrement. Souvent, un tourneur, une maison de disques font la différence. Walter Brown et Jimmy Witherspoon assurent la plupart des titres, mais on y découvre une Numa Lee Davis émouvante, Bob Merill, Julia Lee lensemble nous promenant sur des standards comme " Trouble In Mind ", " How Long Blues ", mais également en majeure partie des créations de Jay McShann et des chanteurs comme " New Style Baby ", un boogie co-signé Jay McShann et Walter Brown. Lensemble donne à entendre un swing agréable tout à fait dans la couleur du Cotton Club. Patrice De Rendinger Champion Jack Dupree "Natural And Soulful Blues" et "Champion Of The Blues" - 4CDs
Atlantic Réédition chez Atlantic et distribué par Warner Jazz d'un cd regroupant deux disques de la carrière de Champion Jack Dupree "Natural And Soulful Blues" de 1960 et "Champion Of Blues" de 1961. Cet ex-boxeur de bon niveau et surtout pianiste compositeur chanteur au jeu de piano fluide et précis avec ses changements de rythmes, dont la chaleur et la sensualité vocale donne toute sa personalité au Blues. Sur "Natural And Soulful Blues" il faut tout retenir est en particulier "Death Of Big Bill Broonzy", "Don't Leave Me Mary", "How Long Blues" de Leroy Carr sa grande influence, et "Mother In Law Blues" accompagné d'un très (trop) discret Alexis Korner à la guitare et Jack Fallon à la basse. Sur "Champion Of The Blues" ou il est seul au piano, la aussi tout est bon mais retenons néanmoins "Roll Me Over, Roll Me Slow", "That's All Right", "Day Break Stomp", "New Wicksburg Blues" et "Jonhson Street Boogie Woogie". Vingt deux titres superbes et même si ils ne valent pas l'album "Blues From The Gutter" chez Atlantic également, ils doivent absolument entrer dans votre discothèque si ce n'était déjà fait. Christian Le Morvan |