Les Chroniques CD

de Blues Magazine N°24

- Avril 2002 -


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Bluesville - " Out Of Town " - Autoproduit - 4 CDs

Décidément ces français du Sud (Région PACA) ont une sacrée pêche ! Philippe Faissole, voix rauque à merveille, Philippe Sangara aux guitares (National Dobro 1930 et Epiphone Riviera 1964), Gilles Artero à labasse, David Giancola à l’harmonica et Benjamin Savoldelli aux drums forment le groupe Bluesville qui nousprésente cet excellent CD de 12 morceaux dont 8 solides compositions et 4 reprises de Robert Johnson ("Stop Breakin’ Down"), de T.Bone Walker ("Call It Stormy Monday"), de Tommy Johnson ("Big Road Blues") et deMuddy Waters ("Nineteen Years Old"). Ils ont en invités Frédéric Osman au piano et Manfred Kovacic ausaxophone. Groupe homogène, à suivre de très très près.

Contact : Gilles Artero au 04 90 78 92 56 ou au 06 84 90 03 05.

Jean-Marcel Laroy


Awek - "Barber shop" - MOSAIC MUSIC - 4 CDs

Bernard Sellam et ses acolytes nous font le petit cadeau qui enterre tous les petits paquets que l'on a reçu pour Noël .Un groupe à retenir pour l'avenir …proche D'abord il y a des compositions personnelles qui tiennent vraiment la route, des interprètes de grand talent. Et finalement un style bien à eux se dégage de la galette

Les reprises sont sélectionnées avec goût justesse et originalité :"Bo Didley, J Vaughn" Que dire de plus les arrangements ne sont pas trop chargés ,quelques backing vocals bien placés.font que le blues français vit encore et mérite notre oreille attentive et des louanges dans ce cas précis .Bon vent à Awek .

Fabrice Seignan


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Amar Sundy - " Live And Blues " - Célia - 4 CDs

Après l’homme en bleu, " Live and Blues " est le 3° album d’Amar Sundy, guitariste / chanteur excellent musicien, guitariste top niveau, possédant une très bonne voix qu’il n’utilise pas assez à mon goût. " Live and Blues " est dons une disque plutôt instrumental de Blues, de Funk avec parfois des tendances Jazzy. Un CD intéressant qui ne laisse pas l’oreille indifférente, une version revisitée de " Sky Is Crying " un poil Jazzy, tendance Long Carlton, " As The Years Go Passing ", mélange de Funky Jazz, " Rahala ", chanté en berbère que l’on retrouve en version instrumentale au 7° titre, original et coloré, " Najma " Blues aux influences diverses " Come On Home " teinté de Funky, " Quelqu’un a aimer " où il chante en français, l’une des trois langues avec l’anglais et le berbère qu’il utilise sur ce CD. 7 titres composés par Amar Sundy sur les 10 que comportent l’album qui se termine par un Medley " Rock Me Baby " et " Blues Is All Right ". " Live and Blues " a été comme son titre l’indique enregistré " Live " lors de différents festivals et curieusement on ne ressent pas du tout le côté " Live ". Tout semble avoir été gommé. Ceci dit c’est un très bon album.

Christian Le Morvan 


BB & The Blues Shacks - " Midnite Diner " - CCR Records ccd 11070 - 4 CDs

17 plages en comptant l'Intro et l'Outro (!). Presque toutes les pièces sont des premières mains, sauf deux reprises. (Et encore, il fallait le savoir.) Première écoute : Blues des années 50. Faux. Le disque n'a pas un an. Des Yankees, à n'en pas douter. Doutons : les Blues Shacks viennent de Hanovre ; ils ont gravé leur frisbee outre-Rhin. La frénésie avec laquelle ils cuisinent leur gumbo prouve qu'on assiste aux premiers pas discographiques d'un groupe néophyte. Ça au moins, c'est imparable ! C'est leur septième album, nez de bœuf ! Avoir su conserver cet enthousiasme intact jusqu'au n°7 mérite un coup de saucisse. La jaquette est ajustée rétro, comme toutes celles qui habillent les disques précédents (depuis 1994).

Le groupe des frères Artl cherche sans malice à faire couleur locale, c'est vrai, et il y parvient merveilleusement bien : swamp, Southside, Westside. Parfois un éclair de rockabilly-boogie. Parfois une lointaine réminiscence de Louis Prima. L'Intro et l'Outro nasillent et craquellent comme une gravure des années 20. Entre les deux, objectif unique : faire swinguer sans pontifier, avec ce naturel déterminant qui manque parfois aux bluesmen français.

De l'entertainment du début à la fin et une collection de bons points : un excellent chanteur harmoniciste, dont la flamme évoque Little Walter. Un très bon guitariste au jeu plus savant qu'il n'y paraît, imitatif certes, mais plein de moelle. Une excellente section rythmique, au sein de laquelle le batteur aligne des chapelets de bonnes initiatives. Mais… Taratata ! Pas question d'hésiter une seconde.

Christian Casoni.


Medeski, North Mississippi Allastars, Randoph

"The Word" - Ropeadope Records - 4 CDs

L'œuvre s'intitule The Word, mais elle est uniquement composée d'instrumentaux. The Word, le Verbe incarné, c'est le petit Jésus… que ce disque insolite attend au carrefour du nord et du sud. Il est le résultat d'une cohabitation singulière associant, pour une orgie de gospel expérimental, deux Nordistes et un combo méridional de rock and roll. Au dessus de la Ligne : John Medeski, clavier new-yorkais qui s'illustre habituellement au sein d'un trio de jazz, jazz-rock. Robert Randolph (New Jersey) s'adonne, lui, à la steel guitar ; il longe un itinéraire d'églises après avoir expérimenté le Allman Brothers Band. Sous la Ligne : le North Mississippi Allstars est animé par les frères Dickinson et leur bassiste Chris Chew. Ces " young rascals with ancient souls " donnent d'ordinaire dans une sorte de rock and roll hillbilly. The Word, coentreprise de gospel, rend hommage à la House of God, une église réputée pour la tournure blues de ses hymnes. L'aventure ressemble au scénario d'un thriller hollywoodien : trois personnages que rien ne dispose à se rencontrer sont désignés pour accomplir une mission impossible. Marier la musique du diable avec celle des anges en l'occurrence. Le ménage à trois donne naissance à un étonnant moment de gospel instrumental, trempé de country, de blues, parfois d'un funk très sobre, avec de nombreuses reprises (Blood on that Rocks, Keep your lamp trimmed and burning), et des compositions originales (Waiting on my Wings, crépitant de washboard électrique). L'orgue joue en profondeur le chœur gospel, la guitare s'enjoue avec gravité (c'est possible !), puis les morceaux se répandent dans tous les azimuts, soulevés par une ferveur à laquelle on ne comprend plus rien. Au final, comme l'écrivait un commentateur avec une inspiration déconcertante : " This record is rock and roll ".

Christian Casoni


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The James Solberg Band - " One Of These Days " - Ruf Records - 4 CDs

La bande de James Solberg avec Charlie Bingham à la guitare, Ken Faltinssen à la basse, Rob Stupka aux drums et Mike Vlahakis au piano, à l’image de la superbe moto de collection qui orne la pochette, démarre au quart de tour comme une belle machine bien huilée. Mixé au 315 Beale Studios de Memphis, l’ombre bienveillante de Luther Allison plane au dessus d’eux. Les parties de guitare font penser aux envolées de " Lucille " quand BB King se lance dans de longues improvisations… Il y a quelques invités sur certains morceaux : les bassistes Bill Black et Dave Smith, Jon Paris, à la pedal slide, The Memphis Horns aux cuivres et les choristes Jacqueline Jonhson & Jacquelyn Reddick ; le connaisseurs apprécieront… Du beau travail, vaoilà du blues comme on l’aime.

Jean Pierre Morvan


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Duke Robillard - "Living With The Blues" - Dixiefrog - 4 CDs

The "Duke" of Blues a encore frappé !!!. Au milieu d'une production pléthorique qui se traduit un, voire deux disques par an depuis plus de trente ans, Duke Robillard vient de sortir un album fabuleux. Un de ses albums dont il a le secret, et qu'il nous offre régulièrement tous les trois ou quatre ans.

La finesse de son jeu de guitare (B.B King dit de lui qu'il est un des plus grands instrumentistes), son sens des arrangements musicaux et sa voix, font véritablement merveille sur ce disque. Beaucoup d'excellentes reprises ("If walls could talk" de Little Milton, "I live the life i love" de Willie Dixon, "Use what you got" de Freddie King et "Living with the Blues" de Brownie Mc Ghee, ainsi que "Hard Road" de Tampa Red, qu'il joue merveilleusement à la guitare acoustique (une première), sans doute une "National Still".

Egalement quelques très bonnes compositions, comme "By me a dog" ou "Painful memory". Seule fausse note, à mon goût, l'instrumental "Stratisfied" qui me paraît un peu long. Pas de quoi fouetter un chat…

Patrick Guillemin


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Luther Allison - " Hand Me Down My Moonshine " - Coup de cœur du chroniqueur

Cet album acoustique du regretté Luther, enregistré en 1992 sur DAT et dans son salon, nous offre 12 titres qu’il rêvait d’enregistrer depuis longtemps. Neuf d’ entre eux sont interprétés par Luther himself, à la guitare, simplement (c’est le mot !) accompagné par Zox à la basse acoustique. Sur " Castle " et " You’re The One ", on retrouve son ami Patrick Verbeke, à la steel et à la guitare 12 cordes. Enfin, sur le dernier morceau, " Meet Me In My Own Hometown " on peut savourer la voix et du jeu de slide du fiston Bernard. Un fabuleux album acoustique qu’il est indispensable de posséder lorsqu’on aime Luther Allison (et qu’il faut absolument avoir dans sa discothèque si par hasard on ne le connaît pas !!!). Les guitares sont superbes, les arrangements de Luther et Zox magnifiques, et la voix comme je l’aime, vraie et profondément humaine!!! Bon Dieu que c’est bon…

Bref, " Achetez-le ou je tue le chien !!! "

Patrick Sibilli


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Koko Taylor - "Deluxe Edition" – Alligator - Coup de cœur du Chroniqueur

Très riche idée que celle d'Alligator, de nous offrir dans la série "Deluxe Edition", une compilation des disques enregistrés sur son label par cette très grande Dame du Blues, qu'est Koko Taylor.

Pas de déchets ni de faute de goûts (excepté la couleur de la pochette…) sur ce disque, rien que du Blues "Pur sucre", comme on aimerait en entendre plus souvent par les temps qui courent. Comme toujours dans cette série, un inédit, "Man size job", qui ne ressemble pas à un fonds de tiroir, mais est bel et bien digne de figurer sur cette galette.

Au gré des morceaux, on peut écouter aux côtés de Koko Taylor, quelques "Guest Stars" comme ces inconnus qui ont pour noms Buddy Guy ou Carrey Bell. Cerise sur le gâteau, le dernier morceau est enregistré avec un très jeune guitariste, qui devrait sans aucun doute faire parler de lui dans les années à venir : un certain B.B King…

Ne revenons pas sur la pochette, on fera avec…

Arrêtez donc de baver en lisant cette chronique, et à moins de posséder déjà toute la "Collec'", n'hésitez pas à vous ruer chez votre disquaire chéri, pour faire un investissement "sûr".

Patrick Guillemin


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Big George Jackson Blues Band - "Big Shot" - Black Tan - 4 CDs

Big George Jackson : voilà un monsieur qui a déjà fait un premier CD en 1998: "Beggin’Ain’t For Me".Il a déjà fait une première tournée européenne en novembre 1999. Il a été la révélation du Festival de Lucerne. Il a participé au Moulin Blues Festival d’Ospel , aux Pays-Bas. Ce chanteur-harmoniciste, postier de son état aux U S A a, cette année, pris un mois de vacances pour refaire une tournée en Europe, et ainsi se faire connaître, et il a bien fait. On l’a vu à l’Espace Jean-René Caussimon à Tremblay où il a fait un excellent concert. On l’a croisé à Utrecht où, là aussi, il a conquis les amateurs de bon Blues. Eh bien, son CD, c’est pareil. Rien à jeter, belle voix grave et jeu d’harmonica bien maîtrisé, d’autant qu’il est secondé par un band solide et homogène, avec Jeremy Johnson et Phil Schmid aux guitares, Dwight Dario à la batterie et John Scroeder à la basse. Ce colosse de Big George Jackson a l’envergure d’un authentique grand bluesman.Ce CD, comme le premier d’ailleurs, montre qu’il promet. A suivre

Jean-Marcel Laroy.


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Popa Chubby - "The Good, The Bad And The Chubby" - Dixiefrog - 3 CDs et demi

C'est un Popa Chubby en grande forme, qui nous livre ici son nouveau CD.

Force est de constater qu'il parvient au tour de force de se renouveler en gardant son style, tout en faisant beaucoup de disques. C'est là, la marque des grands, et je dois avouer que je trouve ce disque assez bon. Bien sûr, ce n'est pas un disque de "pure" Blues, mais plutôt d'un Blues trempé au Rock, au Funk, au Rap et parfois au Jazz ("I'll be there for you"). Cela étant la marque de fabrique de cette nouvelle génération de Bluesmen, sortant de la scène New-Yorkaise, et revendiquant l'appellation de New York City Blues.

Popa nous livre ici, de fort belle manière, quelques impressions personnelles sur les attentats du 11 septembre 2001, et sur sa vie, qui à l'entendre, n'est pas pavée que de roses… Bad luck Blues…

A écouter avec jubilation : "Somebody let the Devil out", "If the diesel don't get you then the jet fuel will" (les fameuses impressions personnelles…), et "Stress will kill you every time".

Patrick Guillemin


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Tony Joe White - " The Beginning " - Edel Records - Coup de Cœur

Magnifique album que ce nouveau Tony Joe White, enregistré en toute simplicité, 3 micros branchés dans une console. Sa guitare acoustique, son harmonica, sa voix grave et nonchalante et la " Boots " qui marque la mesure. Sons " Roots " sortis du marais de sa Louisiane natale, des rythmes purs et chants sentant bon le Sud profond, on ferme les yeux, on est en plein Swamp, la chemise qui colle à la peau dans la chaleur humide du Bayou. Un retour aux sources avec de vrais Blues, "  Rich Woman  Blues ", " Rainning On My Life ", " Ice Cream Man ", " More To This Than That ", " Rebellion " …. Quelques jolies ballades dont il a le secret, " Going Back By The Border " …. 11 titres de sa composition où il raconte sa vie envoûtante au fil des morceaux. Superbe !

Christian Le Morvan


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The Delta Jukes - " Working For The Blues " - Black Magic - 4 CDs

Vous vous souvenez de Jelly Roll Kings qui était l’association , en 1997, de Big Jack Johnson (guitare), Frank Frost (harmonica) et Sam Carr (batterie) ? Et bien, The Delta Jukes, c’est l’association, en juillet 2000, du même Sam Carr avec Dave Riley (qui avait déjà joué avec Frank Frost et qui a été le bassiste de Byther Smith) à la guitare et John Weston à la guitare et à l’harmonica, tous deux compositeurs, accompagnés du producteur de ce CD, Fred James à la guitare, à la basse et au piano electrique selon les morceaux. Morceaux qui, au nombre de 12, sont tous excellents comme souvent chez Black Magic. A consommer sans aucune modération.

Jean-Marcel Laroy


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Ronnie Earl and friends - Telarc - 4 CDs

Co-produit par Joe Harley et Ronnie Earl, ce CD paru à l’automne 2001, a été enregistré les 30, 31 octobre et 1er novembre 2000 au Studio Bearsville à Woodstock. Ronnie Earl y joue avec Luther "Guitar Jr" Johnson sur "All Your Love" de Magic Sam et "Bad Boy" d’Eddie Taylor, avec Kim Wilson ("Rock Me Baby", "Last Night" et "Blue and Lonesome") associé à James Cotton ("Mighty Fine Boogie", "One More Mile" et "No More"), avec la chanteuse Irma Thomas ("I’ll Take Care Of You/Lonely Avenue" et "New Vietnam Blues") qui fait ressortir une sensibilité extrême. Coup de chapeau au pianiste David Maxwell sur "Marie", composition d’ Otis Spann. Une conclusion un peu abrupte du CD sur un mini morceau de Magic Sam : "Looking Good". Ronnie Earl, refais nous des réunions d’amis aussi bien réussies. Bravo !

Jean-Marcel Laroy



LE COIN DES NOSTALGIQUES

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John Lee Hooker - " The Real Blues. Live In Houston 1979 " - JSP Records - 4 CDs

Maintenant que John Lee Hooker nous a hélas quitté, et que les compilations de toutes sortes vont immanquablement arriver sur le marché, il est intéressant d’écouter cet album enregistré " en direct, live " à Houston, en 1979. Quand John Lee avait repris la route , et se retrouve seul avec sa guitare, après s’être entouré de gens comme le groupe Canned Heat ou joué en duo avec Van Morrison et Elvin Bishop. C’est dans ces conditions qu’on retrouve le bluesman authentique qu’il a toujours été. Il nous livre là, sept morceaux de son meilleur crû, pas forcément les plus connus, mis à part l’inévitable " Boogie Chillun ". John Lee Hooker, plaisante même avec le public avant d’entamer un superbe " Jesse James Blues " et " Never Get Out Of These Alive ", dans une ambiance presque intimiste, on a l’impression que l’assistance retient sa respiration pour mieux écouter et apprécier le " maître ". C’est là que l’on s’aperçoit de la perte irremplaçable de ce monstre sacré du blues.

Jean Pierre Morvan


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Nine Below Zero - "Third Degree" - Riverside Records - 3 CDs

En 1982 Third Degree, troisième album du groupe, portait les couleurs d'A&M Records. Dépoussiérée en version CD, revoici la rondelle… constellée de macarons : Virgin, Riverside, New Risin' Blues. Comme c'est, la vie ! De tous les albums de Nine Below Zero, Third Degree est celui que je n'écoutais plus, le trouvant trop marqué par l'époque. Certes, il sonne nettement moins boogie-blues que les autres (voire plus du tout). Pourtant, l'ayant réentendu à l'occasion de ce commentaire, Third Degree est aujourd'hui celui que je préfère !

Ce groupe de pub-rock britannique avait débuté sa carrière discographique par un live, en pleine new-wave. La touche d'harmonica (plus fougueuse que poignante) était bonne à prendre, en cette fin de règne froid qui marquait le début des 80's. Nine Below Zero en avait-il assez de faner sur le circuit des pubs, en donnant la énième reprise de Got my Mojo Working ? Il a tenté la survie avec un album de pop new wave britannique, acéré comme le premier Joe Jackson. On notera quelques exemples de compromission commerciale, Why can't we be…, Mystery Man, dont la guitare au timbre synthétique porte, hélas ! les stigmates de l'époque. Bah ! ce passif ne pèse rien en regard de l'ensemble, rusé mais honnête à sa façon, toujours sympathique et vivifiant, des vertus que le groupe pourrait ériger en devise. Wipe away your kiss, You can't say yes… démontrent le savoir-faire qu'a acquis Nine Below Zero en l'espace de trois albums. Le titre qui aurait dû faire le hit (l'a-t-il fait ?), Sugarbeat, est une dose sonore de Prozac® qui vous exalte et insuffle soudain l'envie de fonder une dynastie ! Et si la pilule ne vous fait aucun effet, votre cas est désespéré. Jetez-vous dans le feu !

Casoni Christian.


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Mahalia Jackson

Intégrale Mahalia JACKSON - VOL. 2 - 1947/1950 - Frémaux &Associés - 3 CDs

"Si elle chantait le Blues, elle serait une autre Bessie Smith..." C'est ainsi que J. Louis "Studs" Terkel, un des premiers disc-jockeys blancs à programmer, sur une radio de même couleur, des artistes noirs, présentait Mahalia Jackson. Quant à Robert Anderson, un des pianistes de la chanteuse, il affirmait que Mahalia avait été la première à amener le Blues dans le Gospel. Il est vrai que dans cet album, fidèle reflet de sa carrière, de 1947 à 1950, elle est tour à tour "bluesy" - "There's not a friend like Jesus" -, ou recueillie - "Child of a king", "The last mile of the way", "I do, don't you" -.

Trèt tôt, la France reconnut son talent, grâce au critique Hugues Panassié, qui la diffuse sur les ondes françaises et écrit un article à son propos dans la Revue du Jazz. Vous retrouverez dans cet album "I'm glad salvation is free", qui lui vaudra en France le Grand Prix de l'Académie du Disque, "I can put my trust in Jesus", Grand Prix de l'Académie du Jazz, et "Prayer changes things", grand succès confirmant le début d'une carrière impressionnante, pendant laquelle Mahalia se produira sur les scènes les plus prestigieuses, comme le Carnegie Hall, ou le Yates Auditorium de Houston.

Sa présence scénique était très sensuelle, contrairement à certaines photos qui la représentent avec un "air de sainteté": certaines églises ne voulaient plus l'employer, car les fidèles étaient scandalisés par ses déhanchements et son "belly dancing"! D'autres par contre, plus nombreux, adhéraient sans réserve à ses lamentations et à sa façon de crier son chagrin, ramenant parfois ses auditeurs au temps de l'esclavage. Elle réussit ainsi à rassembler 21000 personnes dans la stade d'Atlanta, la plus grande foule noire jamais rassemblée pour un concert... Elle rencontra Martin Luther King, persuadée, comme lui, que "dans un monde livré aux ténèbres et au désordre, le royaume de Dieu peut encore régner dans le cœur des hommes", et c'est cette ferveur qu'elle s'attache à faire passer dans sa musique.

Accompagné, comme il est de coutume chez Frémeaux, d'un riche livret, ce C.D. a un grand intérêt historique, mais il est vrai qu'il nous fait moins frémir d'émotion que d'autres interprétations de Gospel, et nous regrettons de ne pas reconnaître le swing rempli de jubilation dont les ardents admirateurs de Mahalia Jackson ne se lassaient pas. Ceci, bien sûr, ne remet pas en question son talent: écoutez-la et vous comprendrez pourquoi John Hammond disait d'elle:

"Mahalia possède une voix d'un pouvoir, d'une étendue et d'une souplesse énormes, et elle l'a utilisée avec un naturel hardi. Elle a une personnalité rayonnante, exprimant une passion religieuse et chaleureuse."

Bernadette Monnot


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