
Une exclusivité Blues Magazine
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INTERVIEW CHIP TAYLOR Festival Blues Passions Cognac 30 Juillet 2000 |
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Interview de CHIP TAYLOR préparée et réalisée par Bernard Monnot, Claude Jandin et Jean-Marcel Laroy, lors du Blues Passions de Cognac, le 30/07/2000, traduite par Béatrice Chiocchia. Blues Magazine : Est-ce la première fois que tu viens en France ? Chip Taylor : Ce n'est pas la première fois que je viens en France, mais c'est la première fois que je joue en France. En fait, je suis allé à Cannes, voilà déjà plusieurs années, pour un de ses festivals. Ensuite, pour mon amie Florence, j'ai écrit un album, il y a 3 ans, vous savez les gars "Seven Days In May" ; c'était des chansons d'amour pour une femme, et cette femme s'appelle Florence, je suis donc allé voir sa famille près de Paris, il y a quelques années. Demain, je vais revoir la à Paris. Pour répondre donc clairement à ta question, je suis déjà venu en France, mais c'est la première fois que je joue en France. B M : Quel est ton parcours musical ? Chip Taylor : Bien sûr! Depuis ma plus tendre enfance j'ai toujours adoré la musique mais la chose qui a vraiment changé ma voie, je parle de musique, bien sûr, c'est la première fois où j'ai entendu une station de radio country en Virginie. "Oh, de la musique country". Tu sais , je suis né à New York, en dehors de la ville, au nord de New York. Ils n'avaient pas ce genre de musique là-bas. Et quelques temps plus tard, j'ai découvert les disques de blues : Jimmy Reed, et les premiers morceaux de Robert Johnson . Ça a été très important pour moi tous ces morceaux que je ne pouvais pas connaître avant, venant de New York, j'étais devenu fou de ce genre de musique. J'aimais cette combinaison de country et de blues, ce qui m'a réellement bouleversé musicalement. C'était très difficile de trouver ce genre de musique dans ma région. J'y arrivais après beaucoup d'efforts et de persévérence. B M : Quel effet cela fait-il d'avoir écrit des classiques du rock repris par de nombreux artistes en étant peu connu ? Chip Taylor : (rire) Ca c'est une bonne question ! Ce qui s'est passé J'étais tellement content d'être dans le "monde de la musique" que cela m'était égal de savoir comment j'y étais parvenu. Je m'en fichais. Quand les artistes ont commencé à enregistrer ce que j'avais écrit : mes chansons, Aoutch ! j'étais tellement content. J'étais fier de ça et c'est tout. Ce n'était pas important pour moi de chanter mes chansons, ce qui était appréciable et capital pour moi, c'est que je les entendais chanter par de merveilleux artistes, et ça me suffisait. J'ai toujours pensé cela. Mais maintenant, je suis très content de pouvoir les interpréter aussi. (rire) B M : Peux-tu nous rappeller l'histoire de cette chanson qui t'a fait connaître en Angleterre avant les Etats-Unis ? Chip Taylor : Surement (rire) ! J'ai
commencé ma carrière comme compositeur. J'avais un groupe
lorsque j'étais au lycée, un "country blues band".
Puis j'ai commencé à avoir du succès comme compositeur
: plusieurs disques de country suivis de quelques blues. Une de mes chansons
est partie en Angleterre et en deux semaines, elle fut au "Top 50"
: Si vite ! J'attendais sa venue aux States avec impatience. Puis ma "record
company"m'appella et me dit : "Chip, j'ai une très bonne
nouvelle pour toi, et une autre très mauvaise. La bonne nouvelle
est que tu as gagné beaucoup d'argent, la mauvaise est que ta chanson
ne sera pas sur la face A du disque , mais sur la face B du vynil". B M : Quels ont été tes rapports avec Jimi Hendrix (Wild Thing), Ike et Tina Turner (Country Girl), Janis Joplin (Try just a Little Bit Harder) ?
B M : Quel effet cela fait-il d'être survivant des "sixties" ? Chip Taylor : Oh, (rire) tu sais, il s'est passé beaucoup de choses durant les années 60 pour beaucoup de gens mais surtout dans le monde de la musique. Nous étions tous des "rebels". Mais il y a eu de mauvaises choses, tu sais, beaucoup de gens se droguaient. J'ai été très chanceux de ne pas tomber là-dedans, mis beaucoup de mes amis n'ont pas eu cette chance ; Les gens disaient :"Si tu prends de la bonne drogue, et que tu peux payer celle-ci rien ne t'arrivera". Ce n'est pas vrai. La plupart de mes amis sont morts à cause de la drogue. B M : D'après toi, que reste-t-il de l'esprit des "sixties" ? Chip Taylor : Je pense que les année 60 ont été les plus belles années, car ça a été "la Révolution de la Musique" entre la fin des années 50 et les années 60. On pouvait entendre "Nous voulons du vrai south blues ou de la true country". Ensuite, ça a été oublié avec les années 80 et 90. Mais ça revient, l'esprit revient. Aux States, un gars comme moi, que l'on écoutait presque jamais à la radio, pouvait vendre moins d'une dizaine d'album dans les années 70. Maintenant on redemande les vraies racines country, le vrai blues et ça va beaucoup mieux. C'est une très bonne période qui recommence. B M : D'après toi, pourquoi le rock est mort ? Chip Taylor : Il y a un très fort mouvement aux States, et je pense en Europe aussi, contre la "musique productive". Ce son qui ressemble à tout et à n'importe quoi : le son de "tout le monde". C'est une "petite révolution". Dans presque toutes les villes maintenant aux Etats-Unis, tu peux trouver une station de radio avec du blues, de la country, et aussi du jazz très interessant. Ces stations deviennent de plus en plus popoulaires, avec les jeunes des collèges ou des lycées qui s'interessent à ces vraies musiques, ces racines musicales un peu oubliées aux States.Ce n'est pas encore les principales radios , mais c'est de mieux en mieux. Regarde, avant à New York, tui ne trouvais pas de station de radio comme cela.Maitenant, il y en a deux "terrifiques" : WFTV et FTV, des stations universitaires. Dans tout le pays, ces stations sont de plus en plus importantes. C'est le bon moment pour le blues et le country blues aux States. B M : Comment as-tu rencontré ton guitariste, John Platana ? Chip Taylor : Je suis si content que
tu me parles de John. Il voulait venir mais il a dû rester à
New York. Je cherchais un gars qui connaisse le "country soul",
et à New York il y a énormément de musiciens qui
grandissent avec la musique. Un de mes amis m'a dit que c'était
un très bon guitariste et qu'il est né la-dedans. Je l'ai
rencontré, et nous sommes devenus de très grands amis. Il
a enregistré tous mes albums des années 70, et j'ai laissé
tomber ma carrière pour retourner jouer au casino. Entre 90 et
95 j'ai laissé mon amitié de coté car le jeu était
plus fort que moi. Alors lorsque arrété pour faire de la
musique, et que je l'ai retrouvé pour que nous retournions ensemble,
John dit : "Tu en as mis du temps !" B M : D'où vient-il ? Chip Taylor : John est de New York, vers Woodstock. Il connait tous les groupes de là-bas. J'habite à 40 minutes au nord de chez lui. B M : Connais-tu Calvin Russell dont la musique, pour nous, ressemble, parfois, un peu à la tienne ? Chip Taylor : Je connais simplement le nom, peut-être m'en diras-tu davantage sur lui.Tu sais , j'ai laissé tomber la muique au sens pur du terme : je ne l'écoutais même plus du tout. J'allais jouer tous les jours et j'en étais "accroc", et lorsque je suis revenu en 95/ 96, j'ai pensé : "J'ai tellement raté de choses !" B M : Que penses-tu de la nouvelle vague de bluesmen issue de New York (Popa Chubby, Bill Perry ) ? Chip Taylor : Je sais que John aurait pu très bien répondre à cette question. Tout ce que je ressens, comme la plupart des vrais musiciens, c'est : s'ils ont du cur pour faire ce qu'ils font, alors ce sera bien. Tout le monde apprend d'un endroit ou d'un autre, et c'est ton cur qui régit tout cela. Tous ceux qui apprennent avec la tête, ne seront pas bons. Un vrai artiste a besoin d'avoir quelque chose de plus : la sensibilité. B M : Le New York d'aujourd'hui a-t-il toujours quelque chose à voir avec celui de ton enfance ? Chip Taylor : Il y a tant d'énergie à New York City. C'est un endroit où les gens sont toujours en train de faire quelque chose, et il y a toujours de la musique qui erre autour de New York City. Pour moi, socialement, N Y est une ville géniale ; j'aime sortir tard le soir dans Soho. C'est un quartier de Manhattan qui ressemble beaucoup à l'Angleterre et il y a toujours de la musique la-bas. J'y vais diner tous les soirs. La musique est de mieux en mieux. Avant il y avait des sortes de groupes de rock ou autres qui faisaient plus de bruit que de musique. Tu peux y trouver de très bons groupes maintenant/ de rock, blues, country Ils arrivent et jouent avec leurs tripes. C'est un bon moment à savourer à New York. B M : C'est fini. Chip Taylor : Merci les gars, vraiment
beaucoup. J'ai beaucoup apprécié d'être en votre compagnie.
C'est tellement amusant pour moi d'être en France. Et ça
a été très surprenant pour moi. Je ne savais pas
que je pouvais jouer mes chansons et que les gens me comprendraient ici.
J'ai beaucoup de chansons dans mon récent album qui sont à
propos de "héros" ou autres et elles sont plutôt
compliquées à comprendre ou à suivre. Je sens bien
que si je les chante ici on me comprendra, bien sûr, peut-être
pas mot pour mot, mais il y a le "feeling" ici. Et ça
me surprend beaucoup, mais agréablement. Je peux donner le meilleur
de moi, car il y a le "spirit", et j'en suis si heureux. Il
y a la connexion. C'est une agréable sensation. J'avais si peur
avant de venir que les gens ne m'aiment pas ici. J'y passe un si bon moment.
Les festivals comme celui-ci sont géants. On rencontre des musiciens
agréablement. C'est si bon. J'espère que l'on me réinvitera
car je suis partant pour revenir. Ca a été un super moment
passé avec vous les gars. Merci beaucoup. |