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Découvert par certains au dernier
festival de Cognac, Syl Johnson est un formidable chanteur de Rythm'n'Blues.
Il a débuté sa carrière solo dans les années
60, a été un des plus gros artistes de Hi Records
dans les années 70 et a vécu semi retiré du
milieu musical dans les années 80. Samplé par les
rappeurs au début des années 90, il retrouve l'énergie
et la motivation pour jouer de nouveau et signe chez le label Delmark.
Syl Johnson fait partie d'une famille de musiciens, puisqu'il est
le frère de Jimmy Johnson et de MacThompson, mais il nous
a également appris que sa grand-mère était
une cousine de...Robert Johnson. On croise par hasard le personnage
dans un couloir de son hôtel, lui demande si il serait prêt
à répondre à quelques questions et 20 minutes
plus tard Syl Johnson, décontracté et bien calé
dans un canapé, nous parle avec plaisir de lui, de sa fille
et du Rythm'n'Blues.
Blues Magazine : Certains spectateurs
ne te découvrent qu'aujourd'hui. Peux tu leur rappeler ta
carrière musicale ?
Syl Johnson : La première
fois que j'ai enregistré un album, c'était pour Billy
Boy Arnold. Ensuite, j'ai joué pour Junior Wells puis pour
Elmore james, John Lee Hooker, Jimmy Reed. En 1967, j'ai eu mon
premier gros hit, le plus gros hit de toute ma vie, avec "Come on
sock it to me" qui a été N°1 aux U.S.A. et qui
s'est vendu à 2.5 millions d'exemplaires. J'ai enregistré
alors "Different Strokes" qui fut mon premier disque significatif.
"Different Strokes" n'a pas été N°1 mais est
quand même rentré dans le top 10 des charts Rythm'n'Blues.
En 68 j'ai fait le disque "Dresses Too Short" et en 69 "Is it because
I'm black ?" a été N°1 aux U.S.A. dans les charts
Rythm'n'Blues et s'est vendu à 1 million d'exemplaires. En
1971, j'ai quitté le label Twinight et j'ai signé
chez Hi Records, une bonne maison de disques. Mon premier disque
pour Hi Records "One way, ticket to nowhere" est rentré dans
le top 10 mais n'a pas atteint le million d'exemplaires. En 72,
j'ai enregistré à Memphis "Anyway the wind blows"
qui a été un gros hit. Ensuite j'ai enregistré
"We did it" qui a été un bon hit aussi, puis "Here
I come..." - Il chantonne - que Johny Lang a reprise sur son album
"Lie to me". En 74, "I only have love" n'a pas connu un succès
énorme mais est rentré dans le top 10 des charts Rythm'n'Blues.
C'est une bonne chanson. En 1975, j'ai enregistré "Take me
to the river" que j'ai été le premier à enregistrer.
Al Green a écrit cette chanson pour moi, puis tout le monde
l'a reprise. En 1977, j'ai enregistré "Goody, goody, good
times..." - Il chantonne - qui est rentré dans le top 10
aux U.S. et a été N°1 au Japon. Ainsi de 1967
à 1977, chaque année je suis resté dans les
charts de Rythm'n'Blues du Billboard. En 1982 je suis revenu dans
les charts et j'y suis resté jusqu'en 84 avec "Ms Fine Brown
Frame" qui a été dans la top 10 en Amérique.
Puis, j'ai pris ma retraite. Le Rythm'n'Blues était en perte
de vitesse et c'était l'époque du Disco puis du Rap.En
1992 je suis revenu. Les rappeurs de toute la planète ont
samplé "Different Strokes". En fait, ils ont samplé
presque tous les disques mais "Different Strokes" a été
samplé par presque tout le monde : MC Hammer, Ice T, Ice
Cube, DJ Paulo, beaucoup de rappeurs de la côte Ouest, comme
The ghetto boys et Mr Scarface, et quelques rappeurs de la côte
Est. TLC, MPAD, Public Ennemy m'ont aussi samplé. The ghetto
boys et Scarface m'ont très bien payé, Ice T, Ice
Cube et MC Hammer beaucoup moins bien.
Blues Magazine : Apprécies
tu que les rappeurs samplent tes titres ?
Syl Johnson : Oui, beaucoup. Pour
l'argent bien sûr mais aussi pour le prestige. Le Rap est
une musique très jeune et ainsi ma musique traverse les années.
Les jeunes m'écoutent toujours et c'est donc une bonne chose.
En plus, les gens finissent par me payer et maintenant je gagne
plus d'argent que je n'en ai gagné pendant toute ma vie.
En 1995, le Wu-Tang Clan m'a donné un chèque à
6 chiffres pour pouvoir sampler "Different Strokes". Ils ont samplé
"Shame on a niger" - Il imite une voix de rappeur reprenant "Shame
on a niger" - Black Entertainment Television a utilisé cette
reprise pour un générique et ils m'ont bien payé
: J'ai reçu un autre chèque à 6 chiffres. En
1999, je suis encore samplé.
Blues Magazine : Est ce que c'est
grâce aux rappeurs que tu es revenu à la musique et
que tu joues encore ?
Syl Johnson : Oui.
Blues Magazine : Tu joues ailleurs qu'à
Cognac cet été ?
Syl Johnson : Oui, je joue en Europe
mais je ne connais pas toutes les dates par coeur. On joue en Hollande,
en Scandinavie, à Helsinki, en Suède aussi où
je fais de bonnes ventes.
Blues Magazine : Tu as joué
avec Johny Lang sur ton disque "Bridge to a legacy". Tu apprécies
la nouvelle génération de bluesmen ?
Syl Johnson : J'aime Johny Lang.
C'est un ami. Je le connais depuis qu'il a 13 ans et il a ouvert
pour certains de mes concerts. Je m'entends très bien également
avec sa mère, son père et ses soeurs. Ce sont des
gens vraiment bien.
Blues Magazine : Tu as toi même
une fille, Syleena, qui débute une carrière musicale.
Syl Johnson : Sylena, ah...Elle fait partie
des grands comme Elvis Presley, Nat King Cole, Stevie Wonder, Aretha
Franklin, Sam Cook, Frank Sinatra. Les plus grands. Elle fait partie
de ceux là. Je ne sais pas si elle sera une grande star mais
elle est tellement forte...
<Blues Magazine : Tu es très
fière de ta fille...
Syl Johnson : Non, non. J'ai d'autres
filles, mais celle-là ouh. Tous les 10 ans, on rencontre
ce genre de chanteurs. Les années passent et à un
moment un chanteur de cette trempe arrive. Elle est incroyable,
elle peut tout faire. Elle commence juste à chanter du Rythm'n'Blues.
Avant, elle ne chantait que du gospel à l'église.
Au moment de mon divorce, en 1993, elle m'a dit vouloir chanter
du Rythm'n'Blues. Au début, je lui ai dit "Oh, non, non,
non" et elle me répondait "Si, si, si". Alors j'ai écouté
et j'ai dit oui.
Blues Magazine : Sur son dernier
disque, Syleena joue avec Buddy Guy.
Syl Johnson : Mon Dieu ! Je n'aime
pas ça. J'aime Buddy Guy mais je n'apprécie pas qu'il
joue avec elle. Elle n'a que 20 ans. Elle devrait chanter avec moi.
Il est
trop vieux et moi je suis son père ! Mais bon, c'est OK.
Blues Magazine : J'ai été
très impressionné par ton guitariste Wil Crosby qui
a également joué avec Eddie Clearwater. Comment l'as
tu rencontré ?
Syl Johnson : Oh, je l'aime bien.
C'est un guitariste de la nouvelle génération du West
Side de Chicago. Pour ma part, je ne suis allé que quelques
fois dans le West Side, c'est trop triste. Je joue du Rythm'n'Blues,
pas le Blues du West Side.
Blues Magazine : Comment fais tu
pour faire se rencontrer les publics de Blues, Rythm'n'Blues et
de Soul ?
Syl Johnson : Je joue du Rythm'n'Blues
: Le rythme ET le blues. C'est tout. Muddy Waters, John Lee Hooker
c'est du blues - Il chantonne un air de Hooker -. BB King joue un
peu de Rythm'n'Blues - Il chante "Thrill is gone" -. Tout ce que
je fais c'est de prendre un bon rythme auquel j'ajoute une teinte
bluesy. Lorsque j'étais jeune, j'ai joué de la guitare
uniquement Blues. Ensuite, lorsque j'ai grandi, je jouai un peu
de Rythm'n'Blues avec Junior Wells déjà. Lorsque je
jouais dans son groupe, il reprenait des chansons de James Brown.
"Messing with the kids" c'est du Rythm'n'Blues - Il chantonne "Messing
with the kids" -. Ensuite, quand j'ai fait mon premier disque, j'ai
fait du Rythm'n'Blues car c'était ce que je voulais faire.
Je comprends que les gens aiment le Blues mais ils aiment aussi
le Rythm'n'Blues. Le Blues et le Rythm'n'Blues sont deux bonnes
musiques.
Blues Magazine : En tant que Noir
Américain, tu te sens proche de l'Afrique ?
Syl Johnson : Oui, mais pas tant
que ça car ma culture est différente. Il n'y a pas
beaucoup de points communs entre la culture Noire Américaine
et la culture Africaine et les Noirs Américains devraient
apprendre la culture Africaine. J'aime l'Afrique car c'est d'où
je viens mais ma culture, mes repères, mes valeurs, mes habitudes
ont changés et sont différentes maintenant de celles
de l'Afrique.
<Blues Magazine : Selon toi, quel sera
le Blues et le Rythm'n'Blues en l'an 2000 ?
>Syl Johnson : Le Rythm'n'Blues
ne mourra jamais. Toute la musique est basée sur le Blues
et le Rythm'n'Blues. Toute la musique : La Country, le Rock, le
Funk, le Gospel... Pourtant, on chantait le Gospel avant de jouer
le Blues, mais le Blues a dépassé le Gospel par la
suite. Maintenant, le Gospel est devenue une musique commerciale.
Blues Magazine : Justement, tu partages
ce sentiment religieux que beaucoup de Noirs Américains ressentent
lors de messes et de chants religieux ?
Syl Johnson : Oui, je comprends
Dieu. Dieu aime toutes les bonnes musiques, le Blues, la Soul, le
Funk, le Rythm'n'Blues, le Rock...Alors, si c'est bon pour lui c'est
bon pour nous également ! <
Propos recueillis par Françoise
Astorg et Michaël M. dans le cadre du Festival Blues
Passions 1999 de Cognac
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