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Venu faire la promotion en France de son
dernier album solo, enregistré live à New-York au
Manny's Car Wash, Bill Perry était à Paris fin Septembre.
Ce fut un plaisir de le rencontrer et de pouvoir discuter avec lui
de la scène blues de New-York, de sa musique et de lui-même
bien sûr...
Blues Magazine
:Tu n'es pas encore très connu en France. Peux tu te présenter
un peu ?
Bill Perry
: Je suis né à Rochester dans l'état de New-York.
Ma grand-mère jouait du gospel à l'église et
c'est elle qui m'a appris à jouer de la guitare. Mon grand-père,
lui, avait beaucoup de disques de blues de Muddy Waters, Howlin'
Wolf...C'est ce qui m'a incité à jouer du blues.
Blues Magazine
: Pourquoi le blues s'est imposé à toi en tant qu'expression
musicale, plutôt que le rap, le funk ou le hip-hop, comme
pour beaucoup de musiciens de ta génération ?
Bill Perry
:Je crois que je suis influencé par quelques autres genres
musicaux en dehors du blues : J'ajoute un peu de rock dans mon blues,
un rythme un peu funky parfois. Mais j'essaie de rester toujours
dans le blues. Cela m'a toujours paru naturel de jouer du blues.
Blues Magazine
:A la fin des années 70, le blues n'était pas au mieux
de sa forme. A l'aube du troisième millénaire, c'est
une musique vivante et jouée dans la monde entier. Comment
expliques tu cela ?
Bill Perry
: Je crois que les débuts du blues ont commencés avec
des types comme Robert Johnson. Après, Muddy Waters a électrifié
le blues à Chicago. Et puis le british Blues, avec des types
plus jeunes est arrivé. Il y a eu Jimmy Hendrix, Eric Clapton
qui ont continué à faire évoluer le blues,
tout en gardant des attaches au Blues traditionnel. Les gens écoutaient
leur musique et pouvaient également retourner en arrière
pour retrouver ce qui les influençait. Je crois que c'est
grâce à ces évolutions que le Blues a pu continuer
et, dans les années 70, il y a eu un manque d'évolution
dans le blues.
Blues Magazine
:Pour toi, Stevie Ray Vaughan a beaucoup aidé à relancer
la machine ou est ce simplement dû au fait que les thèmes
du Blues sont éternels et plus que jamais d'actualité
?
Bill Perry
: Je crois que Stevie Ray Vaughan a fait beaucoup pour attirer des
types plus jeunes vers le Blues. Maintenant, il y a Kenny Wayne
Sheppard et Johny Lang qui jouent un Blues auquel je n'accroche
pas trop, mais beaucoup de jeunes écoutent leur musique.
Et, grâce à eux, il y a plus de monde qui vient à
mes concerts, alors c'est bien ! C'est bien que grâce à
des types comme ça, les jeunes qui les écoutent puissent
retourner en arrière redécouvrir le Blues. C'est une
bonne initiative qui que ce soit qui joue de la musique. Blues
Magazine : Aux U.S.A., les scènes du blues les plus actives
semblent être celles du Texas, de la Louisiane et de New-York.
A quoi est dû, selon toi, le relatif déclin de Chicago
et de la région du Delta ?
Bill Perry :
Je crois que la raison pour laquelle les scènes de New-York
et du Texas bougent plus c'est qu'il y a plus d'énergie dans
les concerts et que les jeunes sont plus attirés. Ils peuvent
écouter des trucs plus traditionnels, mais au début
c'est plus difficile de commencer par ce côté. Peut-être
que toutes les personnes qui fréquentent les scènes
Blues de New-York ne redécouvrent pas les Blues authentiques,
mais il y en a qui le font et écoutent Muddy Waters, Howlin'
Wolf et Albert Collins. Je crois que c'est ce qui est en train de
se passer. Je suis sûr que ça se passe comme ça
! <
Blues Magazine :
New-York a été peu concerné par le Blues jusqu'au
début des années 90. Aujourd'hui, elle est un vivier
de jeunes talents auquel vous appartenez avec Popa Chubby et Steve
Johnson. Pourquoi ce réveil soudain ?
Blues Magazine :
Ton premier album "Love Scars" est très intimiste et essentiellement
tourné vers un thème universel : l'amour et la fin
de l'amour. Tu avais besoin d'exorciser un fantôme lorsque
tu l'as écrit ?
Bill Perry :
Non, ahah. Vous voyez, de toute ma vie, je n'ai pas piqué
de voiture et je n'ai jamais vécu dans le Delta. Par contre,
ma vie a été remplie de mauvaises relations avec les
femmes. Alors, c'est ce que j'ai écrit. J'ai écrit
ce qui m'est arrivé et c'est toujours des échecs,
des échecs, des échecs avec les femmes. A chaque fois,
ça finit mal. Ca marche bien pendant 7 ans et nous nous séparons.
C'est arrivé à chaque fois. Tous les 7 ans, elles
me disent : "Tire toi!". Alors, je prends mes 15 guitares et mes
fringues et je m'en vais.
Blues Magazine :
c'est ta vie...
Blues Magazine
:Tu es très proche de Johny Winter. Comment l'as tu rencontré
?
Bill Perry
: Je jouais dans un club de blues à New-York, le Car Wash,
et il m'y a rejoint pour jouer. C'est comme ça que je l'ai
rencontré.
Bill Perry
: Il joue de nouveau en ce moment. Il va mieux maintenant. 
Blues Magazine
: Comment s'effectue ton travail de composition ?
Bill Perry :
D'habitude, je commence à jouer d'abord la base de la musique.
Quand j'ai la musique je m'assoie et j'écris les paroles.
Je m'enregistre sur un petit magnétophone à cassettes
4 pistes. Une fois que j'ai ce canevas, le groupe arrive chez moi,
nous nous mettons à travailler et nous arrangeons tout ça.
Blues Magazine
: Tu travailles beaucoup la guitare ?
Bill Perry
:Oui, je joue tous les jours. <
Bill Perry
: Ma guitare préférée est ma Fender Telecaster
de 1963, mais j'ai aussi une Les Paul sur laquelle j'aime jouer.
Blues Magazine :
Sur disque comme sur scène tu reprends des morceaux de Robert
Johnson. Que représente t-il pour toi ? >
Bill Perry :
Il a été le premier joueur du Delta mais il a surtout
écrit des chansons magnifiques. Les paroles sont magnifiques
et la musique est magnifique. Je voulais juste lui rendre hommage,
alors j'ai repris "Come on in my kitchen". Je crois que sa musique
est intemporelle.
Blues Magazine
:A quoi attribues tu le mythe qu'il est devenu pour les musiciens
de blues et de rock ?
Bill Perry :
Parce que sa musique est très colorée et on peut y
entendre beaucoup de styles différents. Ce n'est pas uniforme.
"Come on in my kitchen" est très différent de "Rambling
on my mind". "Sweet Home Chicago" c'est encore autre chose.
Blues Magazine :
Beaucoup de ses chansons ainsi que celles de nombres de ses contemporains
sont empruntés de côtés mystiques qui semblent
avoir presque disparu aujourd'hui. Pourquoi cette disparition ?
Bill Perry :
A cause du whisky de contrebande ! On n'en boit plus maintenant...
Les Bluesmen maintenant sont différents parce qu'ils tirent
des enseignements du passé. Robert Johnson n'a pas enregistré
beaucoup de chansons et c'est dû au whisky et aux femmes.
Jimmy Hendrix n'a pas pu enregistrer énormément parce
qu'il était livré à la drogue. Je crois que
les bluesmen des années 90, lorsqu'ils regardent ces événements
passés, ne veulent pas que ça leur arrive. Moi, je
veux jouer et pouvoir donner des concerts à 70 ans. Je veux
pouvoir vieillir. Je jouerais peut-être le mieux de la guitare
à 65 ans, alors je veux voir ça.
Blues Magazine :
Penses tu, comme BB King ou Muddy Waters, que tout le monde peut
jouer du Blues pourvu qu'il soit sincère ou que seuls les
afro-américains peuvent en jouer, compte tenu de leur histoire
?
Bill Perry :
N'importe qui, qui a souffert ou qui veut exprimer ses sentiments,
peut jouer de la musique. La couleur de peau n'a pas d'importance.
Peut-être que si vous avez 20 millions de dollars à
la banque ce sera plus difficile de jouer le Blues...Quoique, si,
c'est sûrement possible de jouer le blues même avec
20 millions à la banque. Mais la couleur est sans importance,
mon ami Tino Gonzales, qui est hispanique, joue un super blues.
N'importe qui peut en jouer si il le veut vraiment, le tout c'est
d'avoir quelque chose à exprimer.
Blues Magazine :
Quel est ton meilleur souvenir sur scène ?
Bill Perry :
Lorsque j'ai joué aux WC Handy Awards, à Memphis,
j'ai joué avec Luther Allison et ça n'était
pas prévu. Je n'était pas au courant, il est arrivé
et est monté sur scène pour jouer. C'était
génial.
Blues Magazine :
Et quel a été le pire souvenir ?
Bill Perry :
Ahahah, je ne m'en rappelle pas un seul. Je n'ai jamais eu de mauvais
souvenirs sur scène.
Blues Magazine :
En France, la scène blues connaît une grande effervescence
depuis 4 ou 5 ans. Tu la connais un peu ?
Bill Perry :
Non, je ne la connais pas trop, même si, il y a deux mois,
j'ai fait une tournée Française qui m'a plu.
Blues Magazine :
Quand viendras-tu te produire sur scène à Paris ?
Lors de ton dernier passage nous sommes resté sur notre faim.
Bill Perry :
En Janvier, je commence une tournée Européenne et
je serais en France sans doute en Mars prochain. Il est aussi possible
que je donne des concerts en France dès Novembre en première
partie de Ben Harper. Ben Harper, c'est un autre style de musique
mais on devrait bien s'éclater. C'est en cours de négociation
pour le moment.
Blues Magazine
:Dernière question, comment vois
tu le blues en l'an 2000 ?
Bill Perry :
Je crois qu'on va encore se taper du bon temps. Ca va être
bien et avec tous ces musiciens de plus en plus jeunes le Blues
va survivre. Ce sont les jeunes qui achètent les disques.
Je ne vais pas chez mon disquaire toutes les semaines pour acheter
un disque, mais mon fils de 18 ans le fait. Toutes les semaines,
il va s'acheter de nouveaux disques. Oui, ce sera bien.
Propos recueillis à l'Hôtel du Grand
Turenne, le 21 Septembre 1999, par Patrick Guillemin, Christian
Le Morvan et Michaël M.
- Si j'étais de Bill Perry
- Une chanson:Sweet Home Chicago
- Un musicien: BB King, comme ça,
je gagnerais plein d'argent
- Un instrument de musique: La Fender
Telecaster de 1957
- Un événement: Woodstock
- une ville:Memphis
- Une personne célèbre:
Richard Branson, le type qui possède tout
- Une oeuvre d'art: Une oeuvre de Jean-Michel
Basquiat
- Un animal: Un lapin, pour baiser tout
le temps
- Une qualité: J'ai une bonne
descente pour l'eau minérale<
- Un défaut: Une mauvaise descente
pour l'eau<
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