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Blues Magazine : Tommy, après
toutes Ces années passées à jouer avec de nombreuses
formations, telles que Dynatone, Warner ou le Tommy Castro Band,
peux-tu revenir en arrière et nous dire comment tout a commencé
? 
Tommy Castro: Pour faire court,
disons que j'ai voulu faire de la musique étant jeune, mais
juste pour le plaisir. Ce n'est que plus tard que j'ai pensé
pouvoir en vivre, lorsque j'ai réalisé que c était
la seule chose que je savais faire correctement! Je me suis dit
: «Voilà peut-être la raison pour laquelle je
suis là». C'est ainsi qu'a commencé ma carrière
professionnelle, avec des groupes de la baie de San Francisco, écumant
les petits clubs, ou occasionnellement en ouvrant pour de plus grands
noms. Ensuite, j'ai déménagé de ma ville natale
de San José, California, pour la ville de San Francisco elle-même,
où j'ai pu rencontrer beaucoup de musiciens dans le quartier
de la « Plage Nord », qui concentrent énormément
de petits clubs de Blues. C'est dans l'un de ces petits clubs que
les Dynatones, grand groupe de Soul - Blues, sont venus me chercher
pour partir en tournée avec eux. Peu après, je me
suis dit que le temps passait et que le moment était venu
de créer mon propre groupe : et me voilà.
Blues Magazine : Qui t'a donné
envie de devenir musicien ?
Tommy Castro : J'ai eu énormément
d'influences, à commencer par mon frère, de 6 ans
mon aîné, qui m'a appris à jouer de la guitare.
Lui a arrêté, alors que j'ai continué. Ensuite
sont venus Mike Bloomfield, Eric Clapton, le Blues revival des années
soixante. C'est aussi en écoutant du Rock à la radio,
qui diffusait alors les Rolling Stones ou Led Zeppelin, que j'ai
voulu découvrir les origines de cette musique : c'est ainsi
que je suis tombé sur B.B. King, Muddy Waters,... Puis vint
ma période Soul, avec le Memphis Sound et ses formidables
chanteurs. Voilà la recette de base de ma musique : Soul
de Memphis et Blues traditionnel, le tout relevé d'une pointe
de Rock'n Roll.
Blues Magazine : Comment
écris-tu tes chansons ? Ecris-tu beaucoup ?
Tommy Castro: Disons que je n'ai
pas de problèmes pour avoir suffisamment de titres lorsque
je veux faire un album. Mes chansons me sont dictées par
ma propre vie ou celle des gens que j'observe. Il est très
rares qu'elles soient de pure fiction. Une idée me vient,
généralement sous la forme de bouts de phrases (par
exemple «Right as Rain » ou «You can't keep a good
man down »), et j'essaie ensuite de développer l'histoire
que je veux raconter à partir de ces bribes. Ce n'est qu'ensuite
que vient la musique, et là je prends tout simplement celle
qui s'accorde le mieux avec les paroles précédemment
écrites. Je suis aussi partisan d'une écriture plus
collégiale : par exemple, beaucoup des idées mélodiques
de « If I had a nickel » viennent de mon saxophoniste,
Keith Crossan, alors que notre nouveau batteur, Billy Lewis, a co-écrit
avec moi le titre « Lucky in love ». J'ai en fait énormément
de possibilités pour composer une chanson.Blues Magazine
: Sur ton dernier album, ta guitare est moins mise en avant,
comme si elle était plus au service de la chanson elle-même.
Tommy Castro: C'est tout à
fait vrai : ma musique n'est pas concentrée autour de la
guitare. Je ne fais pas des albums de guitariste, mais des chansons
qui ne peuvent pas tourner sans l'apport d'un groupe complet.
Blues Magazine : Est-ce ce que l'on pourrait
appeler la maturité ?
Tommy Castro : Je l'espère
sincèrement ! Personnellement, j'en ai de plus en plus marre
d'entendre des tonnes et des tonnes de chorus de guitare et je préfère
me concentrer sur la qualité globale de la chanson et son
rendu en groupe. Ma guitare en est un élément nécessaire,
mais pas suffisant.
Blues Magazine : Par contre, ta
voix prend de plus en plus d'importance dans tes chansons. As-tu
spécifiquement travaillé l'aspect vocal ?
Tommy Castro : Absolument, et ce
dès l'écriture des morceaux : je me suis attaché
à n'écrire que des chansons que je pourrais ensuite
bien chanter. Par le passé, j'ai souvent du transposer mes
chansons dans de multiples tonalités jusqu'à trouver
celle qui conviendrait le mieux à ma tessiture vocale, mais
c'était trop de travail. En tout cas, merci de l'avoir remarqué.
Blues Magazine : Ta musique est
très Soul à présent. Hormis tes influences,
était ce une envie délibérée pour cet
album ?
Tommy Castro: Disons que c'est une
envie que j'ai toujours eue, mais qu'à l'époque je
me concentrais surtout sur l'aspect Blues - Rock de ma musique.
Il y a un marché pour le Blues Rock et je pense que peut-être,
pour mes 2 premiers albums, j'ai essayé de rentrer dans ce
cadre là. Cette fois ci, je me suis dit que j'allais faire
ce dont j'avais vraiment envie : une ballade Soul avec très
peu de guitare ? Pourquoi pas ? Je fais à présent
ce qui est bon pour moi, et non pas forcément ce que réclame
le business.
Blues Magazine : Comment s'est constitué
ton groupe actuel ?
Tommy Castro: Randy Mc Donald, le
bassiste, est celui que je connais depuis le plus longtemps car
nous jouions ensemble au sein des Dynatones. Son jeu s'accorde très
bien avec le mien : il est extrêmement solide et ne cesse
de s'améliorer. J'ai rencontré Keith Crossan à
l'époque où j'avais de petits groupes et ne pouvais
me permettre d'engager un clavier, un harmoniciste, un saxophoniste.
Keith fut l'homme de la situation. En plus d'être un très
bon soutien rythmique, il chorusse fabuleusement et compose également.
Je joue avec Billy Lewis depuis un an seulement, mais on. ne peut
pas dire que ce soit vraiment un membre nouveau du groupe car Randy
et Keith ont tous deux travaillés avec lui par le passé:
c'est le top des batteurs de studio de San Francisco
Blues Magazine : Comment as-tu rencontré
Dr John et comment avez-vous décidé de travailler
ensemble ?
Tommy Castro : J'ai entendu dire
qu'il allait jouer près de chez moi, dans la baie de San
Francisco. Sautant sur l'occasion, nous sommes allés le voir
pour lui demander d'enregistrer avec nous. Il a dit oui, et voilà
! Ce fut une expérience formidable pour moi, car je suis
l'un de ses fans depuis plus de 25 ans : le voir rentrer si humble
et gentil dans le même studio que moi ! Je ne te parle même
pas du moment où il s'est assis au piano et a commencé
à jouer : laisses tomber, tu ne peux pas trouver mieux.
Blues Magazine : Quelles impressions te
donnent le public français ?
Tommy Castro : J'ai joué hier soir
au New Morning pour la 3ème fois de ma carrière. La
salle était comble et nous avons fait 3 rappels. Le public
était vraiment chauffé à blanc. Nous sommes
venus plusieurs fois à Paris, et l'on s'y sent un peu comme
à la maison grâce aux nombreux amis que nous nous sommes
fait ici et grâce aux gens de notre label, Dixiefrog, qui
font vraiment tout pour que nous ayons le meilleur accueil possible.
Un public très accueillant, à boire et à manger,
des femmes superbes (que je me contente de regarder car je suis
marié) j'adore la France.
Blues Magazine : Tu as reçu
aux USA de nombreuses récompenses telles que celle du Meilleur
Artiste de Blues, qui compte à son actif des noms aussi prestigieux
que B.B. King et Carlos Santana. Quelle importance accordes-tu à
cette reconnaissance ?
Tommy Castro : Disons que cela me
donne surtout l'impression que je vais pouvoir continuer à
faire ce métier longtemps et me permet de me faire accepter
plus facilement par des gens que je respecte beaucoup. Ces récompenses
me confortent dans l'idée que ce que fais est juste. Tant
mieux, car que pourrais-je faire d'autre ! (rires)Blues Magazine:
Quel avenir pour le blues?
Tommy Castro : Disons que beaucoup
des plus grands ne sont malheureusement plus parmi nous et le Blues
est en perpétuelle évolution. De nouveaux talents
surgissent, mais nous perdons le «vieux son». Je ne dis
pas que c'est une bonne ou une mauvaise chose : c'est juste une
réalité. Mais tous ces sons du passé me manquent
et c'est pourquoi j'essaye de les perpétuer, pour ce qui
du son Soul tout du moins, car des gens comme Duke Robillard s'occupent
déjà très bien du son du Blues traditionnel.
Blues Magazine : Quels sont tes projets
?
Tommy Castro : J'ai encore beaucoup de
promotion à faire pour « Right as Rain », qui n'est
sorti qu'en Février et c'est largement suffisant pour m'occuper
à temps plein. Nous allons beaucoup tourner et les gens que
je vais rencontrer, les expériences que je vais vivre lors
de tous ces voyages vont, je l'espère, me permettre de faire
ce que je fais déjà, mais en mieux.
Blues Magazine : Un petit mot pour
nos lecteurs?>
Tommy Castro : Oui : bougez, ne
restez pas chez vous. Il y tellement de talents à découvrir
dans tous les clubs, que ce soit à Paris ou à San
Francisco, tant d'expériences qui valent la peine d'être
vécues. J'ai beaucoup de regrets de ne pas avoir pu voir
en live des artistes que j'adorais. Ne faites pas la même
erreur.
Propos recueillis Emmanuel Roze. Traduction
Julien Sanchez
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