|
BUCAREST, LA VRAIE FIN DES ANNÉES NOIRES
ET LE DÉBUT DES ANNÉES BLEUES
Depuis de nombreuses années, la Roumanie s'était taillée
une sérieuse réputation dans le Jazz avec des gens comme
Johnny Raducanu ou Florin Niculescu, mais si le hard rock
fleurissait ça et là, le Blues était absent des scènes,
du moins à ma connaissance et malgré mon opiniâtreté
à rechercher un spot. En juin dernier, il était quasi impossible
d'entendre la musique bleue en live. Lors de mon dernier passage en octobre,
deux clubs ouvraient leurs portes à des formations de blues locales.
D'une part, Mike's, au 2, Str. Eforei, offre une programmation
irrégulière quoiqu'acceptable (vendredi, un Mike &
the Blue Spirits très artificiel) mais une scène curieusement
implantée par rapport au public, alliée à un décor
de chambre froide.
À quelques pas, au 48-50 Calea Victoriei, en plein centre de la
vie étudiante, c'est une autre chanson : Dan Mason, originaire
de New York a eu l'idée d'ouvrir le
Coyote Ugly Cafe, belle salle en sous sol au décor agréable
et au personnel accueillant. La programmation est au rendez-vous et quasi
quotidienne, relâche le lundi. Le house band est un groupe de 8
jeunes musiciens à géométrie variable donnant lieu
à deux formations de qualité : Jukebox Band à
dominante blues rock et Blues Brothers Band, clin d'il à
John Belushi et Dan Ackroid. L'ensemble est mené
par deux très jeunes chanteurs, Marius Popa, superbe voix
soul très expressive et Andrei Ionotachescu voix rock plus
haut perchée, le tout dans un anglais impeccable et avec deux guitares
sobres et efficaces (Andrei Apostol et Lionel Dodoc), une
section rythmique de haut vol (Hicky Dinescu et Cristi Anea),
l'ensemble épaulé par un impressionnant clavier trompette,
Alex Puncea, qui assure l'équivalent d'une section cuivres
complète. Une troisième voix, exceptionnelle, est présente,
un jour par semaine, celle d'un étudiant en médecine : Alex
Vasilache. Le dimanche soir, j'ai pu voir une formation restreinte
de type country blues & western menée par un chanteur guitariste
plus âgé et le jeudi, une formation plus rock très
jeune appuyant une délicieuse chanteuse au timbre très Texas
blues. Le son est excellent, le matériel américain fourni
par la maison étant d'excellente qualité. L'ambiance en
salle est au rendez-vous
Bref, au pays de Dracula, le temps où
Ira Ceausescu faisait fermer les chaumières à 20
heures pour le repos du travailleur est définitivement révolu.
Patrice De Redinger
|