Hommage de la note bleue
à un grand Monsieur du Jazz


En vous présentant l'histoire de la guitare dans la musique de Jazz, c'est 40 ans d'amour que je voudrais vous faire partager. Cette musique est construite sur des bases solides, tant mélodiques que rythmiques, et l'improvisation qui en fait la richesse est tenue de les respecter. Né avant le Jazz, le Blues a été à la base de cette musique, son langage étant la source même de l'improvisation permettant d'exprimer la joie, la tristesse ou la mélancolie, car contrairement à une opinion courante, il n'existe pas de tempo blues. Le Blues est avant tout un état d'âme, un état d'esprit permettant de faire ressortir les sentiments les plus intimes. Le Blues est bâti sur un canevas de 12 mesures, un système harmonique variable selon le style recherché. Je voudrais vous faire comprendre l'importance du Blues, car pour les grands maîtres du Jazz, un musicien jouant mal le Blues ne deviendra jamais un grand jazzman.
Parmi les grands guitaristes de Jazz à avoir joué le Blues, nommons Teddy Boone qui a joué avec le clarinettiste Mezz Mezzrow, (ce musicien, qui a si bien raconté la naissance du Jazz en Amérique dans un bouquin intitulé La Rage de vivre) ainsi qu'Al Casey, le guitariste de Fats Waller. Cela se situait à l'époque où Louis Armstrong et Sydney Bechet connaissaient déjà la gloire (j'ai eu la chance de travailler avec Sydney Bechet en 1958, au Vieux Colombier à Juan Les Pins. C'était l'été précédent sa mort, il était resté un très grand musicien, d'ailleurs il a marqué toute une époque).

C'est par ces mots que Jean Bonal avait coutume d'introduire les Blues qu'il jouait au cours de ses concerts conférences, concept de son invention au cours desquels il expliquait et jouait en même temps la musique qui a animé et rempli son existence et sa longue carrière. On pourrait dire de lui ce qu'il disait de Sydney Bechet, et s'il n'a pas marqué toute une époque, c'est qu'il en a traversé plusieurs avec une humilité qui l'a peut-être desservi.

 

Cela dit, la liste des grands noms avec lesquels il a joué en accompagnateur ou en soliste donne le vertige. Pour Jean, toutes les musiques étaient valables, du moment qu'elles soient bien jouées, et il a toujours considéré tous ses engagements professionnels comme des expériences enrichissantes. A une époque où les musiciens de Rock étaient rares sur la scène française, il a accompagné Johnny Halliday alors qu'il avait déjà une solide expérience du musette, du tango, des musiques de danse en général et de la chanson (il accompagna Brassens, Aznavour...).


C'est tardivement qu'il commença à enseigner et à songer à une méthode qui cristalliserait la quintessence d'un long travail, comme le disait le regretté Marcel Dadi, en préface de la méthode de guitare Jazz de Jean Bonal (édition Paul Beuscher en 1994). Jean s'était vu remettre à Issoudun en 1992, une gloire de la guitare par Marcel avec lequel un projet de disque était dans l'air. Comme quoi, l'ouverture d'esprit permet de jeter des ponts entre les générations et les styles. Si Marcel n'était disparu brutalement, on aurait peut être eu un disque de picking jazz.

Avant toute chose, disait Jean en préambule de sa méthode, vous devez parvenir à ce que l'instrument vive en vous. Votre guitare doit faire partie de votre corps, la musique de Jazz est avant tout une musique instinctive. Jouez, jouez beaucoup, c'est le principal. Une part d'étude, une part d'instinct et surtout l'amour de l'instrument, vous permettront de vous exprimer en langage direct comme un chanteur ou un poète.

Rien d'étonnant à ce qu'il ait reçu de nombreuses distinctions : Prix de la musique de Jazz en 1982 avec Guitare à la Carte, Prix de l'Académie du Jazz en 1988 pour son concert conférence L'Histoire de la Guitare dans la musique de Jazz, Prix de la musique instrumentale de la SACEM pour l'ensemble de son œuvre en 1993. Ses deux méthodes, Le choix des notes dans l'improvisation et Utilisation des gammes pentatoniques et Blues dans le Jazz (édition Paul Beuscher en 2000), furent l'aboutissement du parcours pédagogique d'un professeur toujours à l'écoute, qui a permis par ses conseils, de faire éclore le talent de nombreux guitaristes français.

Jean Bonal n'aura eu le temps de faire qu'une modeste contribution à Blues Magazine (cf. BM n° 11 de janvier 1999), mais il s'était montré ravi de jeter un pont, entre son univers et celui du Blues. Il est disparu le 17 octobre 2004.

Parmi sa discographie, les Cd disponibles sur lesquels vous pouvez trouver quelques Blues sont les suivants :

Jean Bonal ELA 621038 DAM 2455
Jean Bonal Marcel Azzola ND 215 PB 1012

Et surtout cet ouvrage, si on le trouve encore :
Histoire de la guitare de la musique de Jazz MUSIDISC 19 6572 MU 760

Philippe Durand

Crédit photograhique : Isabelle Bonal


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