2002
2èm semestre


Hadda Brooks, la reine du Boogie, s'en est allée le 21 novembre 2002

15/12/02

Née en 1916 sous le nom de Hadda Hopgood à Boyle Heights, elle demanda à ses parents dès l'âge de 4 ans, des cours de piano (sa maman était médecin et son père shériff adjoint). Elle étudia la musique classique et se maria en 1941 avec Earl Morrison qui jouait avec les Harlem Globtrotters. Son mari décéda 1 an plus tard d'une pneumonie et elle ne se remaria jamais. Elle commença à travailler comme répétitrice dans le studio de claquettes de Willie Covan qui comptait parmi ses clients, excusez du peu, Gene Kelley, Fred Astaire et Shirley Temple !
Bienqu'elle fréquentât souvent les clubs de Blues, elle n'avait pas à l'époque de motivation particulière pour se lancer dans le Show Business.
Tout changea en 1945 quand elle fut repérée par Jules Bihari à l'occasion d'une répétition pour une troupe de danse composée d'enfants. Dans un interview au Times, en 1993, elle relatait qu'elle se souvenait d'un homme qui se tenait à côté d'elle et qui lui avait demandé si elle pouvait jouer un boogie. Elle lui avait répondu qu'elle allait essayer. Après l'avoir écoutée, Bihari lui avait dit : " Bien, si vous pouvez travailler un boogie dans la semaine, j'ai 800 dollars, on l'enregistre. Si ça marche nous sommes en affaire, si ça rate j'aurai perdu 800 dollars". Le titre, Swinging The Boogie, lança la carrière d'Hadda Brooks à qui Bihari avait donné son nom de scène, mais aussi le label de Los Angeles Modern Records, qui enregistra par la suite des artistes comme B.B.King et Etta James.
Dans les années 40 et 50, elle enregistra des titres comme Trust In me, Don't Take Your Love From Me, That My Desire et Dream. Elle devint aussi à la même époque la première Afro-Américaine à animer une émission de variétés sur Channel 13 à Los Angeles. Elle devint très tôt dans sa carrière une grande amie de Billie Holyday depuis le jour ou dans un club, cette dernière lui offrit une bouffée de son joint !
Dans les année 50, elle tomba un peu dans l'oubli et se produisit alors en Europe, Hawaï et en Australie. Elle prit sa retraite en 1971.
En 1987, elle chanta cependant à l'occasion de l'ouverture d'un grand club de Los Angeles, et s'attira des critiques élogieuses qui lui permirent de décrocher d'autres engagements dans d'autres clubs. En 1993, la Rythm and Blues Foundation lui décerna son Prestigious Pioneer Award. Un an plus tard, Virgin Records qui avait racheté le catalogue de Modern Records, réédita une compilation de 25 titres intitulé That's My Desire. Elle enregistra deux autres disques, Times Was When en 1995, et I've Got News for You en 1999.
Elle est décédée à 86 ans au White Mémorial Hospital de Los Angeles, quelques semaines après avoir subi une opération à coeur ouvert.

 
 
Lionel Hampton est décédé le 31 aout 2002

15/09/02

Né le 20 avril 1908 à Birmingham en Alabama, Lionel Hampton fut vibraphoniste, batteur, pianiste, chanteur et chef d’orchestre. Sa famille ayant déménagé à Chicago, il débuta enfant dans l’orchestre du journal Chicago Defender où il tenait la grosse caisse, avant de migrer vers la Californie et de tenir la batterie des Quality Serenaders de Paul Howard en 1928. En 1930, il rejoint l’orchestre de Les Hite. Cette même année, Louis Armstrong prend la direction de cette formation afin de réaliser un enregistrement.
Après quatre années de collaboration avec Les Hite, Lionel Hampton crée son propre groupe et se produit au Sebastian Cotton Club de Los Angeles. Benny Goodman le remarque et l’engage afin d’élargir le trio qu’il composait avec Teddy Wilson et Gene Krupa vers un quartet. Là encore, Hampton va rester quatre ans avec ce groupe comme vibraphoniste et batteur, participant à des enregistrements historiques avec Cootie Williams, Ziggy Elman, Harry James, Jonal Jones, Buster Bailey, Johnny Hodges, Hershell Evans, Chew Berry, Ben Webster, Coleman Hawkins, Benny Carter, Charlie Christian, King Cole, Cozy Cole, Jo Jones. A cette époque, Lionel Hampton joue du piano, de la batterie, du vibraphone et il chante. En 1940, encouragé par sa femme Gladys (qui décédera en 1971) et par l’imprésario Joe Glaser, il monte un grand orchestre qui devient très populaire et qui compte Illinois Jacquet, Jack McVea, Arnett Cobb, Dexter Gordon, Milt Buckner puis Marshall Royal, Snookie Young, Jay Peters, Bobby Plater, Quincy Jones, Clifford Brown, Al Hayse, Eddie Mullens, Andie McGhee, Jimmy Cleveland, Billy Mackel…
Lionel Hampton fut le premier improvisateur à utiliser le vibraphone et entreprit des tournées dans le monde entier. Comme avant lui, Louis Armstrong ou Sidney Bechet pour ne citer qu’eux, Lionel Hampton a eu le génie de rendre populaire sa musique, de plaire à la fois à des publics aussi disparates que les clients du jazz, du rock, du blues, voire de la variété, sans pour autant abandonner son âme aux sirènes et canons du commercial à tout prix.

Alan LOMAX est décéde le 17 juillet 2002

30/07/02

Célèbre ethno-musicologue, à qui la Librairie du Congrès Américain doit la richesse de sa collection d’enregistrements et de photographies sur le Blues et les musiques traditionnelles, est décédé le 19 juillet 2002 à l’âge de 87 ans.Né à Austin au Texas janvier 1915, Alan Lomax a passé plus de 60 ans à promouvoir les musiques traditionnelles.
Il a commencé sa carrière, par un premier voyage dans le sud des Etats Unis aux côtés de son père, John Avery Lomax, pendant l’été 1933, alors qu’il n’avait que 17 ans et était encore étudiant.

De LeadBelly à la philosophie
Ce voyage avait pour objectif de collecter des chants traditionnels afin d’alimenter et enrichir les Archives of American Folksong de la Librairie du Congrès créée en 1928. John Lomax recherchant pour la musique Afroaméricaine, des morceaux issus d’une culture musicale intacte, non influencée par le jazz et les radios, avait retenu pour ce voyage les régions du sud ségrégationniste, et en particulier les prisons qui hébergaient des condamnés purgeant de longues peines. L’essentiel de ce voyage de quatre mois fut donc consacré à des enregistrements dans les fermes prisons et les pénitenciers.
Les enregistrements étaient alors réalisés avec une machine de 175Kg alimentée par deux batteries de 30 Kg chacune, le tout transporté dans le coffre de leur Ford.
Lors de ce voyage, Alan Lomax et son père exhumèrent de nombreux standards de Blues comme Rock Island Line, Midnight Special, John Henry. Un des musiciens rencontrés lors de ce voyage au Louisiana State Penitentiary, s’appelait Huddie Ledbetter, condamné pour meurtre, et jouait sur une guitare 12 cordes. Alan Lomax et son père l’enregistrèrent, puis après sa libération en 1934, l’embauchèrent comme chauffeur. Ledbetter devint célèbre sous le nom de LeadBelly et reste, aujourd’hui encore, une des légendes du Blues. American Ballads and Folk Song, le livre cossigné avec son père et résultant de ce premier voyage, parut en 1934.
Après ce premier voyage, Alan Lomax retourna à ses études, qu’il termina en 1936 par un diplôme de philosophie à l’université du Texas.

Muddy Waters sort de l’ombre
Pendant cette période, il continua d’assister régulièrement son père qu’il rejoignit en 1937, en tant qu’assistant aux Archives of American Folksong de la Librairie du Congrès. Il quitta celle-ci en 1942 pour rejoindre l’armée américaine. Durant ces années, il procéda, seul ou avec son père, à de nombreux enregistrements de cow boys, de ballades, de gospels, de musique cajun, de jazz new orleans, de chansons enfantines.
En 1941, dans une plantation du Mississippi, il enregistra pour la première fois un jeune guitariste de 26 ans nommé McKinley Morganfield, qui deviendra bientôt aux yeux des amateurs de blues le célèbre Muddy Waters.
Lors de ce voyage, Alan Lomax enregistra aussi Bukka White, Son House, Jelly Roll Morton. Cette session devint par la suite une consolation, car l’objectif de l’expédition était, en fait, de retrouver Robert Johnson, qui malheureusement avait été empoisonné 3 ans plus tôt par un mari jaloux.

Sa contribution à la culture Musicale planétaire, et à la diffusion du Blues dans la Galaxie....
Alan Lomax fut aussi un homme de radio. En 1939, CBS lui confia une émission hebdomadaire, American school of Air, qui dura 6 mois, et qui fut suivie d’une autre émission, Wellsprings of America, pendant 6 autres mois. Par ces émissions, durant lesquelles il diffusait des morceaux traditionnels ou d’époque, parlait de la musique folk, et jouait parfois lui même quelques morceaux, il contribua à enseigner aux jeunes Américains, leur héritage musical.
Après la guerre, pendant laquelle il travailla pour le service d’information, il accepta le poste de directeur de la folk-music chez Decca Records. Ses sélections aidèrent Decca à rendre son catalogue un des mieux rempli, à la fin des années 40 et au début des années 50.
Dans le prolongement de ses travaux précédents, basés principalement sur des enregistrements de morceaux, Alan Lomax explora aussi les possibilités offertes par l’enregistrement des conversations. Blues in the Mississippi Night, enregistrement de 1946 des discussions à bâtons rompus avec Memphis Slim, Big Bill Bronzy et Sonny Boy Williamson, reste un des classiques du genre (réédité en 1990 par Rykodisc) sur l’histoire des musiciens afroaméricains.
Faisant suite à son premier livre paru en 1934, Alan Lomax, écrivit d’autres livres en commun avec son père Negro Folk Songs by Leadbelly (1936), Cow Boys Songs (1937), et le dernier, Our Singing Country, paru en 1938.
Après la mort de son père en 1948, il poursuivit son oeuvre de musicologue en produisant de multiples disques de collection pour différents labels, et en enregistrant sa propre version de morceaux collectés avec son père. Il chanta même aux côtés de Pete Seeger et de Paul Robeson durant la campagne présidenteille du vice président Henry A.Wallace, en 1948.
Pendant les années McCarthy, il quitta les Etats-Unis pour l’Angleterre de 1950 à 1957. Il y collecta des chants traditionnels, et créa des émissions pour la radio et la télévision anglaise. Il profita de son séjour en Europe pour collecter aussi des musiques traditionnelles en Espagne (1953-54) et en Italie (1955). En parallèle, de 1951 à 1957, Alan Lomax collabora avec Columbia Records
Lorsqu’il retourne aux Etats-Unis, le Folk-revival qu’il avait prévu et qu’il espérait depuis longtemps, était florissant. Son livre, The Folk Song of North America fut édité en 1960 par Doubleday. Il retourna alors dans le Sud des Etats-Unis en 1959-1960 pour réaliser les premiers enregistrements en stéréo. 19 albums furent édités par Atlantic et Prestige Records, incluant les premiers enregistrements d’un autre bluesman devenu depuis célèbre : Mississippi Fred McDowell. Il fut aussi conseiller pour la programmation de grands festivals folk, comme celui de Newport.
Il devint chercheur à partir de 1962 à l’université de de Columbia où il entreprit des études sur des systèmes de notation et d’analyse sur la danse et la musique. Il fut attaché à cette université jusqu’en 1989, date à laquelle il rejoint le Hutter College pour travailler sur son dernier projet : une base de données interactive dénommée Global Juxebox, qu’il finalisa en 1993.
Entretemps, il était retourné dans le Sud des Etats-Unis, pour procéder à des enregistrements vidéo de musiciens traditionnels destinées à des série télévisées. Il faut aussi signaler qu’en 1977, parmi la musique de Bach, Mozart et Beethoven destinés aux éventuels occupants d’autres systèmes planétaires de notre galaxie, Alan Lomax imposa, en tant que consultant musical du projet Voyager, l’introduction de Blues et de jazz de Blind Willie Johnson et de Louis Amstrong.

The Land Where the Blues began

Enfin en 1993, The Land Where the Blues Began, livre dans lequel il relate ses rencontres avec les musiciens afroaméricains et ses réflexions sur la ségrégation dans les années 40, ainsi que les liens entre la musique et les conditions économiques et sociales, obtint un award. La même année, fut réédité par Atlantic Records, les enregistrements stéréos réalisés en 1959, sous forme d’un coffret de 4 CD, The Sound of South, coffret fabuleux dans lequel on trouve des trésors comme les quelques titres à l’harmonica de Forrest City Joe (Joe B. Pugh)
Bien qu’il ait fait l’objet de deux attaques cardiaques en 1995, Alan Lomax continua de conseiller Rounder Records sur la collection Lomax accumulée au fil du temps, une série de plus de 100 CD que le label a commencé de rééditer en 1997.
Alan Lomax, qui toute sa vie durant a cherché non seulement à préserver et diffuser les musiques traditionnelles populaires comme le blues, mais aussi l’histoire des communautés qui leur ont donné naissance, prit une semi-retraite en 1996.
Par la constitution d’archives, de diffusion des enregistrements, d’animation d’émissions de radio, il a fait connaître la musique traditionnelle aux Américains, et influencé sans doute l’orientation des musiques populaires d’aujourd’hui. Il a contribué à la popularité du Blues, source d’inspiration du Rock’n’roll, du Rythm and Blues. Sa contribution à l’histoire des Etats-Unis et de leur musique est immense. Sans les travaux de celui que Bob Dylan qualifiait de missionnaire, la musqiue populaire actuelle, serait sans doute bien différente.
Par ailleurs, pour les amateurs de Blues ruraux et de work-songs authentiques, les enregistrements d’Alan Lomax sont une des rares sources disponibles en Europe. Blues Mag, en rappelant modestement son oeuvre, se devait de lui rendre un vibrant hommage.


 

Jimmie Lee Robinson, s'est éteint a 71 ans le 6 juillet 2002 à chicago.

30/07/02

Alors que Blues Magazine publie dans le numéro 26 sous la plume de Bernard Monnot un dossier sur Maxwell Street dont Jimmie Lee Robinson était un fervent défenseur jusqu'au péril de sa vie, puisqu'il avait engagé une grève de la faim pendant 81 jours durant l'été 2000 afin de lutter contre les projets de démolition du célèbre site, il y avait perdu vingt kilos et interrompu cette grève sous la pression de sa famille et de ses amis, nous avons appris cette triste nouvelle.Jimmie Lee Robinson naquit le 30 avril 1931 et commença à jouer de la guitare dans Maxwell Steet dès l'âge de 11 ans auprès de personnalités comme Floyd et Moody Jones, Snooky Pryor, Porkchop Eddie Hines... Aux débuts des années 50, il officiait au sein d'un groupe nommé Every Hour Blues Boys dans lequel figurait un certain Freddie King. Jimmie Lee accompagna du milieu à la fin de cette même décennie, Elmore James puis Little Walter avant de débuter sa carrière solo en 1958 et de connaître le succès en 1960 avec "All My Life"
qui fut repris par John Mayall. Il
travailla également avec Howlin' Wolf, Magic Sam, Luther Tucker, Robert Jr
Lockwood, Willie Mabon, Sunnyland Slim, Eddie Taylor...Jimmie Lee Robinson, en 1965, tourna en Europe avec l'American Folk Blues Festival aux côtés de Big Mama Thornton, John Lee Hooker et Buddy Guy.
Ainsi que bon nombre de bluesmen durant les seventies, il raccrocha sa guitare et pour vivre, il eut recours à une foule de boulots alimentaires dont chauffeur de taxi, agent de sécurité, charpentier et épicier...
A la fin des années 80, il revint à la musique grâce à un groupe composé exclusivement parmi ses admirateurs et baptisé The Ice Cream Men qui à force de persuasion et de ténacité, réussit à le convaincre de reprendre sa guitare et de se joindre au groupe. En 1993, il enregistra chez Delmark, "Lonely Traveler" (reprenant un de ses tubes des années 60 qui lui avait valu son surnom de Voyageur Solitaire ) avant de sortir deux disques auto-produits : "Guns", "Gangs and Drugs" en 1996 et "Maxwell Street Blues" en 1998 sur son propre label Amina Records puis encore en 1998 chez APO Records : "Remember Me" et "All My Life" en 2001.

 
 

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