Année 2003
janvier - février - mars


L'harmoniciste de Kansas City, Little Hatch est mort à 81 ans

15/03/03
Né le25 octobre 1921 dans la petite ville de Sledge - Mississippi - sous le nom de Provine Hatch Jr, il était le 7ème d'une famille de 9 garçons qui jouaient tous de l'harmonica. Il reçut son premier harmonica à l'âge de 7 ans. Sa famille s'installa au milieu des années 30 à Hellena, ou Little Hatch découvrit la musique de Howlin' Wolf, Johnny Shine, Robert Lockwood et Sonny Boy Williamson II. Le Blues et l'harmonica l'ensorcelèrent. L'an passé, il racontait dans un interview qu'il dormait, aimait, haïssait avec son premier harmonica, qu'il vivait avec…La Navy le réquisisionna en 1942 pendant la deuxième guerre mondiale et il y resta jusqu'en 1946. Sur le chemin du retour, il s'arrêta à Kansas City. Comme il aimait l'ambiance de cette ville, après y avoir rencontré sa femme, il décida d'en faire son port d'attache. Il commença par travailler comme transporteur de marchandises. Il possédait son propre camion et obtint jusqu'à 650 points de desserte. Il travailla ensuite pendant 32 ans comme gardien et comme préposé au courrier, pour la société Hallmark Cards, jusqu'à sa retraite. Pendant plus de 40 ans il fut une star de Kansas City. Il jouait dans la majorité des clubs célèbres de la ville, comme le Cotton-eyed Joe's, le Grand Emporium, The Levee et le Nightmoves. Il prit comme premier nom de scène Little Walter Jr, comme le firent beaucoup d'autres. Mais il l'abandonna au profit de Little Hatch, pour que sa musique ait une étiquette bien distincte. En 1962, il joua avec le guitariste George Jackson avant de monter son propre groupe, les Houserockers. Il avait aussi la réputation d'être un professeur d'harmonica assez réticent. Il expliquait que " si les notes portaient un N°, il n'avait pas d'œil dans la bouche et qu'il ne savait pas lui même comment il faisait ". Pour enseigner, il était prêt à s'asseoir et à jouer des heures, mais pour apprendre, ses élèves devaient se contenter d'écouter et de regarder ce qu'il faisait. La réputation de Little Hatch se limitait à la région de Kansas City. Toutefois, pour les amateurs de Blues il existe quelques disques de Little Hatch. En 1978, le label allemand M&M Records édita The Little Hatch Band (LP 0001) dont la diffusion resta limitée. A la fin des années 70, Little Hatch se retira pendant presque 10 ans, pour revenir à la musique en 1987. En 1992, Modern Blues Label édita un second live, Well Hallwright, (MBR 1204) mais sa diffusion resta aussi confidentielle. Le propriétaire de APO Record, Chad Kassem, ne put pas croire que Little Hatch n'était pas encore devenu une star, lorsqu'il l'entendit pour la première fois au début des années 1980. A la fin des années 90, Kassem, après avoir monté son label et son studio, se souvint de Little Hatch. En 1998 il produit Goin Back (APO 2007) et Rock With Me Baby (APO 2012), qui seront commercialisés dans les prochains mois en Europe. Un troisième album de Little Hatch reste inachevé.

 

Les artistes ne sont pas remplacés, ni les légendes…Ils ont payé un lourd tribut à l'occasion de la fin 2002 et du début 2003.

Les rangs s'éclairsissent chez les artistes qui, comme Mose Vinson, Hadda Brooks et Little Hatch, constituent le lien entre les amateurs de Blues que nous sommes et l'époque révolue de la naissance et de la montée en puissance du Blues. La disparition de ces légendes ne doit pas pour autant nous faire oublier que la grande faucheuse n'épargne pas non plus les autres :
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Dave Ray, musicien de Folk Blues, décédé à 59 ans en novembre 2002. Bien qu'il n'ait jamais atteint le statut de culte, son style avait influencé des artistes comme les Beatles, Bob Dylan et les Rolling Stones,

- King Biscuit Boy, harmoniciste célèbre au Canada, décédé à 59 ans pendant son sommeil en janvier 2003,


-
Maurice Gibb, le chanteur des Bee Gees, décédé à 53 ans d'une occlusion intestinale, le 12 janvier dernier à Miami.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

45èmes GRAMMY AWARDS

 

15/03/03

Les nominés des prochains Grammy Awards ont été annoncés lors d'une cérémonie au Madison Square Garden de New York le 7 janvier dernier. Les nominés dans les catégorie relatives au Blues sont les suivants :
Categorie 64 - Best Traditional Blues Album:
-Burnside on Burnside
R.L Burnside
-35ème Anniversary Jam of the James Cotton Blues Band
James Cotton Blues Band
- A Chrismas Celebration Hope
B.B. King
- Preachin the Blues: the Music of Mississippi Fred McDowell
Artistes divers
Catégorie 65 - Best Contempory Blues Album
- Don't Give up on me
Solomon burke
- Burnin' Down The House
Etta James & The Roots Band
- Room To Breathe
Delbert McClinton
- One Night in America
Charlie Musselwhite
- 51 Phantom
Noth Mississippi Allstars
Les gagnants ont été annoncés le 23 février dernier lors de la cérémonie officielle retransmise sur CBS alors que votre Blues Magazine était déjà sous presse. Nous vous tiendrons informés dans le prochain numéro.

 

Otha Turner, le dernier maitre du Fif and Drum Tradition est décédé

10/03/03

Othar Turner est né en 1907 dans le comté de Rankin -Mississippi- et a passé une grande partie de sa vie comme métayer ou ouvrier agricole à Como, au nord est du Delta, dans une région qui a vu grandir des musiciens comme Fred McDowell, R.L Burnside. Il racontait qu'il avait découvert la flûte à l'adolescence, au début des année 1920, grâce à un révérend - R.E Williams - qui jouait sur un "morceau de canne à pêche" dans la ferme ou il travaillait. Sur sa demande, Mr .R.E. Williams avait accepté de lui confectionner un instrument, pour autant qu'il soit disposé à écouter sa maman. Sa carrière commença vers 1923, et débuta par le Blues avant de choisir la voie du Fif and Drum tradition, une musique basée sur les chants et les rythmes afro-americains, qui a précédé le Blues dans les collines du nord du Mississippi au XIXè siècle. Il resta une soixantaine d'année dans l'anonymat, jusqu'à ce qu'il prenne la tête du Rising Star File and Drum Band, un groupe composé d'amis, de membres de sa famille et de voisins qui jouaient à l'occasion des pique-nique sur sa ferme. Ce groupe, pendant plusieurs années, a fait l'ouverture du Festival de Blues de Chicago, et s'est produit dans différentes manifestations comme le King Biscuit Blues Festival. Il avait enregistré la première fois dans les années 1960, et apparaît sur une multitude de compilations de Blues. David Evans l'avait aussi enregistré en 1969 pour la librairie du Congrés. En 1993, il apparait sur le Mississippi Blues In Memphis Vol1. En 1995, il enregistra deux singles, Fif and Drum Pice et Glory Hallelujah, et fut invité sur deux autres CD: Its Came from Memphis et Traveling Through the Jungle. Afin de préserver cette musique particulière, un producteur, Luther Dickinson travailla de 1992 à 1997 avec Otha Turner, afin d'éditer le CD Everybody Hollerin Goat, un disque composé de 15 titres. Ce disque avait été classé dans les dix premiers en 1997 dans Rolling Stone Magazine. Sa réputation avait grimpé grace au pique-nique annuel de la Fête du Travail qu'il animait chez lui à Gravel Springs, manifestation qui attirait des spectateurs du monde entier. Tout récemment, sa musique, dans le film de Martin Scorsese, The Gang Of New York, servait de prélude aux séquences de batailles rangées.
Ses contemporains étant décédés ou infirmes, il était le dernier lien avec les racines du Fif and Drum, et des musiciens comme Sid Hemphill et Napoleon Strickland, avec qui il avait joué.
Il avait été hospitalisé pour une pneumonie. Il est décédé le jeudi 28 février 2003 à l'age de 94 ans à Gravel Springs. Sa fille, Bernice, qui était devenue son manager et qui avait repris le flambeau pour porter plus loin encore l'héritage musical de son père, est décédée malheureusement le même jour d'un cancer, à l'âge de 48 ans.

   
2003-Year Of The BLUES !  

27/02/03

Le lancement de YOTB
En septembre 2002 le Congrés Américain a pris une résolution déclarant officiellement 2003 comme étant l'année du Blues aux Etats Unis. Cette déclaration symbolique est le fruit du lobbying de deux associations :
- la Blues Fondation de Memphis, qui fédère la plus grande partie des associations de promotion de Blues dans le pays,
- l'Expérience Music Project (EMP) de Seatle, dont la vocation est plus didactique (l'exposition Back Stage sur Jimi Hendrix organisée à Paris, avait été proposée à la cité de la Musique par l'EMP).
Ce vaste projet a pour objectif de faire prendre conscience au public, et notamment aux jeunes, de l'influence de cette musique d'origine américaine sur les musiques que l'on écoute aujourd'hui. L'année 2003 correspond aussi au 100ème anniversaire de la naissance de W.C Handy, l'auteur du fameux St Louis Blues.
Les actions envisagées par les animateurs de ce projet sont de différentes nature.
Le coup d'envoi des manifestations a été un concert le 7 février dernier au Radio City Music Hall de New York avec notamment B.B King, Buddy Guy, Robert Cray, Bonnie Raitt, Keb' Mo, Dr. John, concert qui a été enregistré en vue de la commercialisation ultérieure de la vidéo. Mais la pierre angulaire de ce projet sera la réalisation d'une série de 7 téléfilms de 90 minutes chacun, série intitulée The BLUES, qui sera diffusée en fin d'année par Public Broadcasting Service, un groupement à but non lucratif composé de 171 opérateurs TV différents (universités, associations, municipalités, services publics…). Le responsable de cette série, Martin Scorsese, réalisateur de Taxi Driver, et, plus récemment, de Gang of New York actuellement sur les écrans en France, ne voulait pas d'une série de 7 épisodes sur Robert Johnson. Il a choisi de confier la réalisation de chacun de ces films à 7 réalisateurs passionnés de Blues, afin de sensibiliser un nouveau public, à travers la vision artistique des réalisateurs et leur attachement à cette musique.
La série de films sera composé des parties suivantes :
1 - From Mali to Mississip
pi
Réalisateur : Martin Scorsese
Ce film rappellera le chemin du Blues, des rives du Niger aux champs de coton et aux juke joints du Mississippi, et comprendra des documents d'archives très rares.. Participeront des artistes comme Farka Touré, Salif Keita, Taj Mahal, Corey Harris.
2- Warming By the Devil's Fire
Réalisateur : Charles Burnett
Ce film racontera l'histoire d'un jeune garçon qui se heurte aux tensions familiales existant entre les différentes générations en 1955, et aux tensions entre la musique Gospel et la Musique du Diable,
3- The Road To Memphis
Réalisateur : Richard Peace
L'odyssée de B.B. King servira de support à ce film qui rendra honneur à Memphis, qui est l'origine d'un nouveau style de blues. Des artistes comme Ike Turner, Bobby Rush et Rosco Gordon apporteront aussi leur contribution musicale, et des documents d'archives sur Howlin Wolf et Fats Domino s'y ajouteront,
4- The Soul Of a Man
Réalisateur : Wim Wenders
Cet épisode explorera la vie des idoles du réalisateur Skip James, J.B. Lenoir, Blind Willie Johnson,
5-
Piano Blues : réalisateur et pianiste Clint Eastwood qui déclinera dans ce film sa passion pour le piano blues. Des illustration sonores de Ray Charles, Fats Domino, Dr Johnson et Little Richard, ainsi que des interviews et des archives viendront compléter le tout,
6- Godfather and Sons
Réalisateur : Marc Levin
Il voyagera dans Chicago avec la vedette de hip hop Chuck D. et le fils de Leonard Chess, Marshall Chess, pour explorer la réalité du Chicago Blues de nos jours,
7- Red, White and Blues
Réalisateur : Mike Figgis
Le film rassemblera les propos de musiciens comme Eric Clapton, Jeff Beck Tom Jones qui parleront de la musique des années 60 et de la redécouverte du Blues aux Etats-Unis.
Ces films seront complétés par un ensemble de manifestations organisées par l'Experience Music Project, comme l'exposition Sweet Home Chicago qui voyagera aux Etats-Unis jusqu'en 2005, du matériel pédagogique qui sera distribué à plus de 5 millions d'écoliers de 9 à 12ans par l'intermédiaire de 75000 instituteurs, un site web que vous pouvez déjà consulter (http://www.yearoftheblues.org) et une série de 13 émissions de radio dédiées au Blues. Bien entendu, des produits d'accompagnement sont également prévus en particulier par Sony et Universal Music, qui mettront en commun leur catalogue et leur moyens pour éditer une série de CD et de DVD pour compléter la série des 7 téléfilms décrits précédemment. De nombreuses organisations ont apporté leur soutien à ce projet : Chicago Blues Festival, Alligator Records, Delta Blues Museum, Living Blues Magazine, National Academy of Recording. Blues Mag n'a pas été contacté, il s'agit sans doute d'un oubli ! Dernier détail d'importance, business is business, le seul et unique sponsor officiel de ces différentes évènement sera..... Volkswagen, et ce n'est pas une Blague ! Ce projet est une réelle opportunité pour relancer l'attrait de cette musique dont Willie Dixon avait si bien dit : " Le Blues, c'est les racines, toutes les autres choses n'en sont que les fruits ". Souhaitons que d'autres événements, liés non pas au Delta mais plutôt au Golfe, ne viennent pas complètement occulter ce projet, et réduire sa portée a néant.


Earl Forest, un des Beale Streeters est décédé à 76 ans

27/02/03

Les Beale Streeters était un groupe informel d'amis qui s'était formé au début des années 50 et qui comprenait bon nombre de futures stars comme Rosco Gordon, Junior Parker, Johnny Ace et Bobby Bland. Earl Forest et les Beale Streeters ont joué sur certains des premiers enregistrements de Bobby Bland, comme A Letter from a Trench in Korea produit par Sam Phillips (Chess) en 1951. Le surnom du groupe avait été inventé par le directeur et fondateur de Duke Records, James David Mattis. Il y a quelques années, Earl Forest a indiqué lors d'un interview que les musiciens ne considéraient pas qu'il formaient un groupe, et que les Beale Streeters, était un truc de James Davis Mattis. En fait, chaque musicien avait ses concerts disséminés au sein de la ville, mais quiconque avait terminé le premier son set, allait donner un coup de main à l'autre. Earl Forest était aussi compositeur pour Booby Bland, Junior Parker, Little Milton et bien d'autres. Parmi ses compositions on peut citer le standard Next Time you Se Me, qui a été enregistré notamment par Parker, James Cotton, Nancy Wilson. Ces dernières années, Earl. Forest avait composé avec Geoges Jackson de nombreux morceaux pour Johnnie Taylor. On peut l'entendre sur la compilation de BB KIng King Of The Blues et plus récemment sur le de Robert Nightawk Toom, Selector Shoes.
Earl Forest est décédé d'un cancer le 24 février 2003 à Memphis.

 

CHUCK MITCHELL chanteur de Soul et de Blues est décédé à 61 ans
30/01/03

Mitchell Johnus Geran, plus connu sous le nom de Chuk Mitchell, est décédé subitement le lundi 20 janvier 2003 à son domicile de Bâton Rouge. Il n'existe que deux enregistrements connus de Chuck Mitchel, des 45 tours enregistrés en 1970 avec Buddy et Roy Stewart. Un CD était envisagé cette année, ainsi qu'une tournée en Europe. ll était surtout connu aux Etats Unis pour avoir chanté avec Slim harpo et des artistes locaux. Paradoxalement, l'avant vieille de son décès, il remplaçait sur scène un artiste en convalescence d'une attaque cardiaque.
La Maison de Mississippi John Hurt transformée en musée  

30/01/03

La hutte isolée, recouverte de papier goudronné et située aux abords d'une route traversant les collines du comté de Avalon semble devenir une attraction touristique.
Trente six ans après la disparition de Mississippi John Hurt (1893-1966), dont Avalon Blues est devenu un classique du genre, sa petite-fille a transformé trois des pièces de la maison de son grand père en lieu de pélerinage pour les amateurs de blues.
"Toute ma vie, j'ai vu cette maison dans son champ, et j'ai toujours eu envie d'en faire quelque chose", raconte Mary F. Hurt Wright qui avait 11 ans quand son grand père est décédé. Elle a dépensé des milliers de dollars pour restaurer cette maison qui était devenue une grange à foin remplie de nids de guêpes et autres bestioles, lorsqu'elle l'a rachetée il y a quelques annnées. Faute de pouvoir acheter en même temps le terrain sur lequel elle était située, la maison a tout d'abord été déplacée de quelques kilomètres sur une autre propriété située à Valley. Comme annoncé dans une des brèves du N° 26, le musée a ouvert ses portes sans grande publicité en juillet dernier, mais près de 300 personnes ont participé à l'inauguration Depuis l'été, des milliers de visiteurs, dont certains venant d'Europe, ont visité ce musée, et ont couvert de fleurs, d'onglets de guitare et d'autres témoignages la tombe de Mississipi John Hurt située à proximité.
Les Yarbirds sortent un nouveau disque
Le groupe, devenu mythique grâce au passage qu'y a fait Eric Clapton à ses débuts, sortira en 2003 son premier disque depuis 1968. Le groupe, qui existe toujours depuis cette époque comporte encore deux des membres fondateurs : Chris Dreja (guitare et accompagnement chant) et Jim McCarty (percussion et chant). La sortie du nouveau disque est prévue en avril, et des invités comme Jeff Beck et Joe Satriani y participent.

 

HUBERT SUMLIN en convalescence  

30/01/03

Atteint d'un cancer du poumon, Hubert Sumlin, qui nous avait accordé une interview parue dans le N°27, a subi en novembre dernier l'ablation d'un poumon. Ses médécins restent optimistes et considèrent qu'une intervention complémentaire ne sera pas nécessaire. La couverture sociale restant très légère pour les musiciens aux Etats-Unis, un concert au profit d'Hubert Sumlin, âgé maintenant de 71 ans, a eu lieu le 22 janvier dernier au B.B. KING Blues Club de New York, pour l'aider à faire face aux frais médicaux.

 

Un vétéran du Blues, Big Lucky Carter, est décédé à l'âge de 85 ans

10/01/03
Levester "Big Lucky" Carter était né en 1917 à Weir, une petite ville à l'est du Mississippi, et non pas dans le Delta, comme il aimait à le préciser, et était connu principalement pour son jeu de guitare et ses talents de compositeur. Son sobriquet de Big Lucky lui avait été attribué alors qu'il servait sous les drapeaux pendant le deuxième guerre mondiale, à cause de sa chance (ou de son savoir faire) dans les jeux d'argent. Il s'est intéressé à la musique dès son plus jeune âge, grâce au piano situé dans la maison de sa grand-mère. Il racontait comment sa maman, après lui avoir demandé de rapporter de l'eau de chez sa grand-mère, qui vivait a proximité, était obligée de venir souvent lui botter les fesses pour le faire quitter ce piano et rapporter enfin cette eau. Il ne fut pas pour autant dégoûté de la musique et avait décidé de devenir musicien. Ses idoles ont été principalement Tampa Red et Blind Lemon Jefferson. Bien que contemporain de Robert Johnson et de Charley Patton, Big Lucky Carter qui vivait à 150 km à l'est du Delta, entendit souvent leur musique lorsqu'il était gamin, mais ne les rencontra jamais. Il racontait même qu'à l'époque, il ne connaissait même pas leur nom, qu'il découvrit des années plus tard. Bien qu'ayant des aptitude précoces, Big Lucky Cartyer du attendre 1946 pour devenir musicien professionnel à Memphis, dans le groupe de son cousin Prince Gabe. Avec ce groupe, il enregistra plusieurs morceaux pour des labels comme Sun, Savoy et Hi. Big Lucky Carter joua souvent a Memphis sur Beale Street, mais il resta peu connu aux Etats Unis et ses disque ne firent pas partie du hit parade national. Il fut toutefois une figure de proue du Center for Southern Folklore, implanté à la place du Saloon de Sunbeam Mitchell sur Beale Street, où il jouait tous les jeudis soirs.
Ce n'est qu'à 78 ans que Big Lucky Carter enregistra vraiment "son" premier disque, avec des musiciens qu'il connaissait de longue date. Ce disque, produit par David Evans, Lucky 13, est sorti en 1998. Il a obtenu de notre confrère Soul Bag le pied qui récompense le meilleur disque de l'année, ainsi que le prix Big Bill Bronzy décerné par l'Académie Française du Jazz. Ce disque contribua à sa réputation en europe où il participa à de nombreux festivals (Nuits du Blues de Fresline en 1997, Utrecht en 1998 et Cognac en 1999) Ceux qui ont eu la chance d'assister à un de ces concerts en France seront sans doute surpris par l'annnonce de sa disparition. Il semblait en pleine forme et la cause de son décès n'est pas connue avec précision. Une autopsie à d'ailleurs été demandée par sa famille. Il est décédé le 24 décembre dernier, le soir du réveillon.

 

Mose Vinson est décédé à 85 ans.

05/01/03

Mose Vinson a eu une longue et importante carrière en tant qu'authentique pianiste de bar d'avant-guerre. Son approche, consistant à mélanger le blues le gospel et le jazz, en avait fait un lien essentiel entre la musique de cette époque et la musique d'aujourd'hui. Le producteur et musicologue David Evans considère qu'il était un des derniers solistes de la vieille époque du piano. Son jeu qui s'appentait à celui de Memphis Slim était du pure style des année 30. Il était à l'aise aussi bien comme soliste que comme membre d'un groupe. Né à Holling Spring en 1917, il a commencé par jouer de l'orgue dès son enfance. Il migra à Memphis dans les années 30, et devint pianiste dans les clubs de la ville. Il joua avec des artistes comme B.B. King dans les années 40, et entra au début des années 50 chez Sun Records, où il commença par des travaux de gardien et de plombier ! (comme, semble-t-il, d'autres musiciens devenus ensuite très célèbres.....). Il commença par enregistrer pour Sun en 1953 de nombreux titres qui n'ont jamais été édités mais qui ont été repris depuis, pour un bon nombre d'entre eux dans une compilation intitulée Sun Records : The Blues Years 1950-1958. Un an plus tard il participa à un des grands classiques de Sun, le célèbre disque de James Cotton où figurent Cotton Crop Blues et Hold Me in Your Arms. Selon David Evans, Mose Vinson se souvenait avoir jammé de façon informelle en studio avec un jeune nommé Elvis Presley. Plus tard Vinson se produisit en dehors de Memphis, notamment au Chicago Blues Festival et au festival Folk de l'Université de Chicago en 1982, et participa en 1992 à l'émission Blues Caravan sur la radio de la Blues Fondation. Lors des vingt dernières années, il a surtout joué dans la plupart des concerts du week-end organisés par le Center for Southern Folklore, localisé au 209 Beale Street, à Memphis. En coopération avec ce Centre, il produit son premier CD en 1997 : Mose Vinson : Piano Man avec 18 exemples de ce qu'il avait été capable de jouer pendant près de 70 ans.
Pendant toute sa carrière, Vinson est resté un héro méconnu. Son diabète l'a emporté le 7 décembre 2002.