2004

Mai - Juin - juillet


Un troisième DVD dans la série American Folk Blues Festival

24/07/04

Après la parution aux USA, en 2003, pendant l'année du Blues, des fabuleux volumes 1 et 2 et leur diffusion en France cette année, un troisième volume a été annoncé à Los Angeles, le 13 juillet dernier. Il comprendra en particulier :
- le seul enregistrement audio connu de Little Walter jouant avec Hound Dog Taylor et Koko Taylor,
- la reine du Chicago Blues, Koko Taylor, interprétant sa version définitive de Wang Dang Doodle lors du festival de 1967,
- Buddy Guy jouant sa version de Out of Sight durant la tournée de 1967,
- le concert de 1962 rassemblant T-Bone Walker, Willie Dixon, Memphis Slim et trois autres musiciens, sur Blues Ain't Nothin' But A Woman,
- la légendaire prestation de Muddy Waters chantant en 1968 Long Distance Call.
Ce troisième DVD devrait donc, si l'on s'en réfère aux deux précédents, être diffusé en France l'année prochaine.

Voici le contenu prévu :

BIG MAMA THORNTON - Hound Dog
ROOSEVELT SYKES - Gulfport Boogie
BUDDY GUY - Out Of Sight
DR. ISAIAH ROSS - Feel So Good
JOE TURNER - Flip, Flop & Fly
SKIP JAMES - All Night Long
SKIP JAMES - Crow Jane
BUKKA WHITE - Got Sick And Tired
SON HOUSE - Death Letter Blues
HOUND DOG TAYLOR & LITTLE WALTER - Wild About You
KOKO TAYLOR & HOUND DOG TAYLOR - Wang Dang Doodle
SONNY TERRY & BROWNIE McGHEE - Stranger Blues
SONNY TERRY & BROWNIE McGHEE - Burnt Child (Afraid of Fire)
SONNY TERRY &BROWNIE McGHEE - Gonna Move Across The River
FINALE/ENTIRE CAST - Blues Ain't Nothin' But A Woman

BONUS TRACKS:
EARL HOOKER - Earl's Boogie
MUDDY WATERS - Long Distance Call
MUDDY WATERS - Got My Mojo Working

 

Un disque rare de Mississippi John Hurt vendu sur E bay

20/ 07/04

Un 78 tours de Mississippi John Hurt a été vendu aux enchères sur E. Bay le 4 juillet dernier. Après une mise à prix de 49,95$, au bout de 27 offres il a atteint presque 2000 $ (1904,57$ exactement). Ce disque avait été enregistré en 1928 pour Okeh Record et comporte deux titres de 1913 et 1923 : Nobody's Dirty Business sur une face et Frankie sur l'autre. Il avait été pressé en quelques centaines d'exemplaires et seuls quelques uns ont survécu à l'épreuve du temps.

 

Une plaque commémorative pour Mississipi John Hurt à Avallon

17/07/04
Une plaque commémorative à la mémoire du grand guitariste a été inaugurée à Avallon, le hameau où Mississippi John Hurt à passé la plus grande partie de sa vie.
Sur cette plaque qui arbore l'emblème du Mississippi, un magniola, on peut lire le texte suivant :
John S. Hurt (1893-1966) a été un guitariste pionnier de blues et de folk. Autodidacte, Hurt a rarement quitté Avalon où il a travaillé comme fermier. Quoiqu'il ait enregistré plusieurs titres en 1928 notamment Avalon Blues et Frankie, il a vécu dans un relatif anonymat avant qu'il ne soit redécouvert à l'occasion du blues revival des années 1960.
La petite cérémonie d'inauguration a eu lieu en présence de la petite fille du guitariste chanteur, Mary Hurt Wright.

 

Le 40ème Anniversaire de la signature de l'Acte des Droits Civiques passe complètement inaperçu.

le 5 juillet 2004

Le cinquantenaire du Rock & Roll, 50 ans après l'enregistrement dans le Studio de Sam Phillips par Elvis Presley du morceau phare That's All Right Mama, célébré par tous les médias le 5 juillet 2004, Oui….
Indépendance Day, 229 ans après l'indépendance des States le 4 juillet 1776, oui …..
La victoire de l'équipe grecque dans l'Euro 2004, le 4 juillet aussi, oui ….

La signature de l'Acte des Droits Civiques le 2 juillet 1964 par Lyndon Johnson après une obstruction de deux mois par les sénateurs du Sud ? Beuhhh… c'est quoi ça ?



Hé oui, cet acte qui bannit officiellement aux Etats-Unis toute ségrégation dans les services publics, dans l'éducation ou à l'embauche, a été signé il y a maintenant quarante ans ! Personne n'en a pratiquement parlé, alors que c'est un acte fondateur aux USA de l'égalité théorique des êtres quelque soit la couleur de leur peau. Cette signature est l'aboutissement d'un combat pour la dignité des noirs américains et l'abolition d'une discrimination dans laquelle est née notre musique préféree le BLUES.
Blues Mag fait un acte militant en ne passant pas cet anniversaire sous silence.
Tous les renseignements historiques ici (site en anglais)

 

 
 
L'héritier de Robert Johnson, Claud, son fils, enfin dans ses meubles
le 16-06-04
Le 13 juin 2004, est paru dans le Los Angeles Times un article qui donne des informations sur l'héritage de Robert Johnson dont nous avions parlé dans le N° 18 de Blues Magazine, et sur la nouvelle vie de Claud Johnson, son fils. Cet article relate aussi une anecdote croustillante relative à l'un des témoignages recueillis lors du procès qui fit de Claud Johnson, l'unique héritier de la légende disparue en août 1938…. Voici une transcription partielle de cet article.

Claud Johnson profite enfin de l'héritage de Robert Johnson, son illustre père qu'il n'a jamais connu.
Installé dans sa petite maison en briques rouges de Crystal Spring dans le Mississippi, il ne peut cependant, à 72 ans, se défaire des habitudes prises lorsqu'il était pauvre. Trois ans après avoir emménagé il semble que la petite maison comprenne encore plus de pièces qu'il ne possède de meubles. A vrai dire, il semble même que son épouse, Ernestine, ne soit encore jamais montée au deuxième niveau. Il conserve aussi à proximité son camion, vieux de 25 ans avec lequel il estime avoir fait 1.250.000 Km, afin de pouvoir jeter un œil sur lui a travers la fenêtre du salon. Après avoir gagné son procès commencé en 1998, et avoir été enfin reconnu comme unique héritier de Robert Johnson, il avait reçu un chèque à 6 chiffres de son avocat qui lui avait souhaité de quitter son travail de transporteur de gravier. Mais Claud avait quand même conservé cette activité pendant 5 mois encore, car après 29 années, il avait ce métier dans le sang. Au crépuscule de sa vie, cerné par la prospérité léguée par son géniteur, il commence à réfléchir à ce père qu'il n'a jamais connu.
Claud Johnson avait presque 40 ans lorsqu'il a appris que son père avait enregistré des Blues mythiques.
Depuis 1974, le catalogue de Robert Johnson était entre les mains du producteur californien et archiviste Stephen Lavere. Il avait recherché la demi-sœur de Robert Johnson, Carrie Tompson, afin de lui remettre de façon légale les royalties correpondant aux œuvres de Robert Johnson. Durant la décade qui a suivi, cette affaire à tourné à la foire d'empoigne : Stephen Lavere a été très sollicité par des groupes comme Led Zeppelin et les Rolling Stones qui souhaitaient utiliser les titres, alors que Carrie Thompson se retournait contre S. Lavere et tentait de rompre son contrat. En 1990, Sony a édité l'intégrale des 29 titres enregistrés par Robert Johnson, en visant le public des connaisseurs. La diffusion espérée restait donc assez restreinte, mais les ventes effectives atteignirent 500.000 exemplaires. Quand il fut évident que les titres de Robert Johnson pouvaient rapporter des millions, les héritiers potentiels apparurent par douzaines.
Willis Brumfield, chargé de la succession de R. Johnson a commencé à recevoir de nombreux appels de personnes qui se réclamaient, qui être un frère, qui une sœur, bien entendu de longue date oublié… De toute cette cacophonie, a émergé Claud Johnson.
En 1970, un historien du Texas nommé Mack McComick était allé à Crystal Spring, dans l'objectif de retrouver des membres de la famille de Robert Johnson. Il s'était retrouvé un jour, se rappelle-t-il, au hasard de ses recherches, en face d'une petite vieille dame pimpante qui murmurait : " Mon garçon est son bébé… ". La nouvelle s'était alors répandue chez les spécialistes du blues que Robert Johnson avait eu un fils… Et Claud continuait de vivre une vie tranquille.
L'héritage atteignit progressivement la somme de 1,3 million de dollars, par contre, les responsables de la succession trouvèrent qu'il n'y avait pas d'héritiers clairement définis. Carrie Thompson, la demi-sœur de Robert Johnson, décéda en 1983 , et son fils ainsi que sa demi-sœur entrèrent en conflit avec Stephen Lavere a propos des droits d'auteur. Stephen Lavere rappela alors aux exécuteurs de la succession l'existence de Claud Johson. Claud Johnson reçut donc quelque temps après une convocation pour la répartition de l'héritage. Ne sachant que faire de cette convocation, il décida de prendre un avocat.
Lorsque Claud Johnson décida de s'adresser à Jim Kitchens, un avocat très en vue dans le district, ils étaient amis, depuis que Claud avait livré des marchandises, 30 ans auparavant, pour le magasin de la famille Kitchens à Cristal Spring.
Jim Kitchen se souvient de cette conversion entre Claude et lui, un jour dans son bureau :

- Jim, sais-tu qui est Robert Johnson ?
- Bien sûr que je sais
- Comment le connais-tu ?
- Je l'écoute à la radio,
- C'est mon papa
- De quoi ?
- C'est mon papa
- Qui est aussi au courant de ça ?
- Bien sûr, ma maman.

Parmi les fermes poussiéreuses du Sud du Mississippi, où Claud Johnson avait grandi, il y avait deux sortes de personnes : ceux qui écoutaient du blues, et ceux qui n'en écoutaient pas. Claud avait appris très tôt dans sa vie qu'il ferait partie de la deuxième catégorie ….

Enfant naturel de Virgie Smith, âgée alors de 17 ans, il fut élevé principalement par le père de Virgie qui était pasteur et métayer, dans une maison où la musique était évitée comme le diable. Si un blues passait à la radio, une main éteignait alors le poste. Un jour, l'oncle de Claud lui offrit une guitare, mais son grand père lui ordonna immédiatement de ne pas y toucher ! Ses grands-parents l'informèrent très tôt que son papa était Robert Johnson, un chanteur de Blues. Celui-ci avait donné à Virgie une somme d'argent lorsqu'il avait appris la naissance de Claud, mais il avait ensuite marqué peu d'intérêt au petit garçon. Claud se souvient que vers l'âge à de 5 ans environ, il avait vu ses grands parents en grande discussion sur le pas de porte de la maison avec un grand homme arborant une chemise colorée et un pantalon sombre. " Ils étaient à la porte, et maintenaient l'homme dans la cour. Ils lui parlèrent quelques minutes et après il partit " .Chaque année, il quittait quelque temps l'école pour travailler dans les champs, et il quitta pour de bon l'école vers l'âge de 12 ans, pour travailler à plein temps. Il occupa plusieurs jobs comme vendeur de rues, pompiste ou mécanicien dans un garage. Son épouse faisait le service dans un petit restaurant local. Il réussit a économiser suffisamment pour s'acheter un camion en si mauvais état qu'il transportait en permanence un enchevêtrement de câbles pour le dépanner, et plusieurs batteries de secours pour le faire démarrer, se souvient Jim Kitchen. Souvent, Claud conduisait 18 h d'affilée. Claud et Ernestine élevèrent ainsi leurs 5 enfants. Claud considère que ses grands parents, en l'élevant un peu à la dure lui rendirent service, en l'armant pour la vie. Dans sa déclaration lors du procès, la maman de Claud, alors agée de 79 ans, et ses amis ont voulu décrire l'ambiance des clubs sombres, dans lesquels les jeunes travailleurs des champs se distrayaient le soir venu. Ils ont décrit Robert Johnson, comme un homme vagabond qui dormait ça et là sans dire jamais au revoir, un homme qui changeait de nom, un homme qui dormait n'importe où, mais qui portait des pantalons toujours impeccables comme s'ils sortaient du pressing. Ces témoins ont décrit aussi les prestations de Robert Johnson lorsqu'il s'asseyait avec sa guitare et qu'il réussissait, bien que seul, à tenir en haleine tous les spectateurs présents. Ils ont décrit aussi ce qui c'est passé lorsqu'il a rencontré la jeune Virgie Smith, âgée de 17 ans, sur le chemin qui la menait à l'école. Le témoignage crucial a été dans le procès celui de la meilleure amie de Virgie Smith, Eula Williams. Lors du procès, c'était une petite dame de 80 ans aux cheveux d'un blanc impeccable. Elle raconta une promenade commune qu'elle fit, accompagnée par son fiancé et par Virgie et Robert Johnson, en particulier comment les deux couples avaient fait l'amour côte à côte. Son témoignage choqua un peu la cour, mais les hommes de loi durent faire une pause lors de l'interrogatoire tellement ils riaient ! Voici rapporté le dialogue entre Eula et l'avocat qui représentait la demi-soeur de Robert Johnson :

- Comme je suis un homme curieux, donnez moi quelques précisions. Vous me dites que vous les avez contemplés en train de faire l'amour ?
- M-hm
- Pendant ce temps, vous faisiez vous aussi l'amour ?
- M-hm
- Vous ne trouvez pas ça bizarre ?
- Pardon ?
- L'aviez vous déjà fait auparavant, ou après ?
- Oui !
- Regarder d'autres faire l'amour ?
- Oui Monsieur, bien entendu !
- D'autres que Robert Johnson et Virgie ?
- Oui !
- Vraiment ?
- Pas vous ?
- Non Jamais, repondit l'avocat
- J'en suis vraiment désolée pour vous !

Aujourd'hui, Claud Johnson vit dans une maison avec une belle allée, dans un quartier pavillonnaire de classe moyenne. Son procès restera dans les annales de la justice du Mississippi. Pour un enfant naturel, prouver la paternité d'un homme depuis longtemps disparu a été un vrai challenge. La procédure a duré 10 ans, et nécessité deux passages en cour suprême d'état, et deux passages en cour suprême fédérale. La maman de Claud est décédée en 1998, quelques mois avant la remise de l'héritage.
D'une certaine façon, la chose la plus remarquable est que chacun dans le Mississippi est porteur d'une partie de la richesse léguée par Robert Johnson.
Les deux ou trois premières générations de Bluesmen ont vu leur musique diffusée dans tous les Etats-Unis et sont morts sans toucher le moindre sou de leurs compositions. Si leurs descendants ont reçu quelque chose ultérieurement, c'était toujours très peu.
Selon Thomas Freeland, avocat du Mississippi et historien du Blues, " L'histoire de Claud Johnson est unique, et si elle ne l'est pas, elle l'est presque ".

Lorsque le groupe de San Francisco, Gratefu Dead, a voulu jouer des morceaux de d'Eliabeth Cotton, musicien de la Caroline du Nord, l'histoire raconte qu'avec les royalties elle a pu s'ofrrir une machine à laver !

Ce long procès a laissé à Claud Johnson un certain ressentiment envers les autres membres de la famille de Robert Johnson, dont les avocats ont plaidé pendant des années qu'il n'était pas le fils de Robert Johnson. Claud n'a revu aucun d'eux, mais le procès, dit-il, l'a blessé.
" J'ai toujours su qui j'étais, et de qui j'étais le fils " dit il, " Il me faut surmonter ma colère. Comme je l'ai dit, mes grands parents m'ont toujours assuré que Robert Johnson était mon père "
Depuis toujours, il a été un homme prudent. Claud avait tellement peur du poison qu'il n'a pas mangé chez sa belle-mère durant les deux années qui ont suivi son mariage. Même à la maison, lorsqu'il laisse un demi-verre d'eau après un repas, il n'y retouche pas à son retour… " Je sais, je suis comme ça " dit-il avec un petit sourire, " J'ai sans doute toujours gardé inconsciemment dans un coin de ma mémoire, ce qu'il lui est arrivé ".
Avec tous les visiteurs qui viennent lui parler de la musique de Robert Johnson, il a l'occasion de réfléchir à quelques petites choses.
Il se souvient de la guitare qu'on lui a arrachée des mains il y bien longtemps. Il dit qu'il a une belle voix.
De l'extérieur du Mississippi, multiples personnes sont venues voir Claud pour lui témoigner, les unes après les autres, de l'effet bénéfique qu'a eu sur leur vie, la musique de Robert Johnson : magique, envoûtante, presque toujours bienfaitrice.
Il se demande ce qu'il aurait bien pu être si son père n'avait pas été empoisonné et était resté vivant .
Il se demande de temps en temps, ce qui, en alternative à la vie qu'il a eu, serait advenu s'il avait joué le Blues.


Parution initiale dans le Los Angeles Times - Photos de CLaud Johnson par J.D Schwalm.

Ray Charles, The Genius, s'est éteint le 10 juin 2004

13 juin 2004

Mondialement connu, le décès de Ray Charles a été largement rapporté et commenté dans les médias, puisque les journaux, que ce soit la presse écrite, les radios ou les différentes chaînes de télévision, tous ont fait le 11 juin un sujet sur la disparition du Genius. Il s'est éteint à l'âge de 73 ans, dans sa maison de Beverly Hills, des suites d'une maladie du foie. Beaucoup le pensaient plus âgé, sans doute à cause du très grand nombre de ses concerts (le 10.000ème datait de ce printemps au Greek Theater à Los Angeles) notamment dans les plus grands festivals de jazz ou de blues, et de ses très nombreux succès. Mais il était en fait un jeunot parmi les légendes de la musique noire américaine.

Il est né le 23 septembre 1930, à Albany, en Georgie, sous le nom de Ray Charles Robinson. Son père, Bailey Robinson, était homme à tout faire et mécanicien, et sa maman, Aretha, manoeuvre dans une scierie. Sa famille migre à Greenville en Floride, alors qu'il est encore bébé. Son enfance et son adolescence sont marquées par de terribles épreuves. A cinq ans, il voit son frère aîné se noyer sous ses yeux en tombant dans le réservoir où sa maman avait l'habitude de faire la lessive. Sa famille est alors en lutte contre la pauvreté, au plus fort de la grande dépression. Deux années plus tard, il perd la vue des suites d'un glaucome. Il raconte dans son autobiographie que sa maman ne l'a jamais laissé se plaindre sur son sort. Quand les docteurs avaient annoncé que sa vue disparaîtrait petit à petit, et qu'aucune amélioration n'était à espérer, sa maman avait commencé tout de suite à lui apprendre à se repérer et à retrouver des objets usuels.
Il commence à toucher à la musique dès l'âge de trois ans, grâce à un pianiste tenancier de bar. Il apprend plus tard la musique à l'école Ste Augustine, une institution pour sourds et aveugles, dans laquelle il avait été placé, la mort dans l'âme, à l'age de 7 ans. Il pratique dans cette école de multiples instruments : trompette, clarinette, orgue, mais surtout sax-alto et piano. Il racontait que le fait d'avoir appris à lire et écrire la musique en braille lui avait procuré une mémoire fantastique, et qu'il était capable de s'asseoir à son bureau pour composer un arrangement, le retenir et l'écrire ensuite, sans se lever ni toucher au clavier du piano ! Ses premières influences sont éclectiques : Chopin, Sibelius, musique country et western, jazz avec Duke Ellington, Count Basie, Art Tatum et Artie Show.

Il devient orphelin à l'âge de 15 ans, et quitte l'institution Ste Augustine dont il était diplômé. Il surmonte son chagrin en jouant dans des boîtes du Chittl'ing Circuit réservées aux Noirs, et se confronte ainsi à différents styles de musique, avant d'aller à Seattle en 1947.

A Seattle, Ray Charles Robinson abandonne son patronyme, afin de ne pas mélanger les genres et éviter toute ambiguïté avec une célébrité locale, Sugar Ray Robinson, un boxeur, et adopte définitivement le nom de scène de Ray Charles.

Il prend modèle sur Nat King Cole et forme un groupe, le Maxim Trio, qui rencontre son premier succès avec Confession Blues, enregistré à Seattle en 1948 sur le label Downbeat (devenu plus tard Swing Time Records). Au début des années 50, il se produit avec Lowell Fulson, chanteur de Blues, avec Ruth Brown, chanteur de rythm'n'blues, et travaille aussi avec Guitar Slim, pour qui il compose, en 1954, le premier succès The Things I Used to Do. Ray Charles obtient d'autres succès R&B avec Baby Let Me Hold Your Hand en 1951, et Kiss Me Baby, toujours avec le label Swingtime. Il devient accro à l'héroïne à cette époque. Il rencontre aussi Quincy Jones, qui lance sa carrière et qui deviendra son complice.

Ray Charles voit sa notoriété progresser, et en 1952 Atlantic Records rachète son contrat avec Swing Times pour 2500$. Commence alors entre Atlantic et Ray Charles une longue période de collaboration, qui durera jusqu'en 1959. Le 18 novembre 1954, il enregistre I Got A Woman, un titre mélangeant musique Gospel et paroles issues de la musique du diable. Ce morceau, considéré comme étant le premier morceau de Soul, devient le N°2 du Hit parade R&B en mars 1955. I got a Woman est considéré comme le titre charnière de la carrière musicale de Ray Charles, car il annonce le style si particulier du chanteur : mélodies issues du Gospel et plaintes lancinantes mais très swing, soutenues par une formation de cuivres. Pour ses concerts, Ray Charles s'adjoint les services de choristes comme Mary Anne Fisher en 1955, et engage trois choristes supplémentaires à partir de 1957 pour former les fameuses Raelets, qui participeront à l'ensemble de ses concerts. Il enregistre des titres comme A Fool for You, Drown In My Own Tears, Hallelujah I Love Her So, et Lonely Avenue, toujours pour Atlantic Records, et, en février 1959, son premier très grand succès What I say, qui devient N°1 au hit parade R&B. En novembre 1959 il quitte Atlantic Records pour rejoindre ABC Records qui lui offre un contrat bien plus avantageux. Avec ce nouveau label, Ray Charles enregistre en novembre 1960 Georgia On My Mind, une reprise d'un standard écrit en 1930 par Hoagy Carmichael. Ce succès mondial devient en 1979 l'hymne officiel de la Georgie. Ray Charles enregistre ensuite Hit The Road Jack, en 1961, et I Can't Stop Loving You, en 1962. Il obtient le 1er de ses 13 Grammy Awards en 1960, pour Let the Good Times Roll.

En 1962, il crée la Ray Charles Entreprises composée de Tangerine Records, Tangerine Music, Racer Music Company, et ouvre dans la foulée en 1963 des bureaux et un studio à Los Angeles. A partir de 1962, il s'oriente vers la country et la western music et reste très populaire jusqu'au milieu des années 60, grâce à des titres comme You Are My Sunshine, Your Cheating Heart, et Take These Chains From My Heart. En décembre 1966, après son arrestation en possession de marijuana et d'héroïne à l'aéroport de Boston, il est condamné à 5 ans d'emprisonnement avec sursis.
Adepte de la poudre blanche depuis l'âge de 16 ans, il entame alors une cure de désintoxication en 1967.

Il délaisse ensuite un peu la soul au profit de la musique Pop. Il quitte ABC Records en 1973 pour Crossover en conservant les droits de tous ses titres enregistrés chez ABC. En 1976 il enregistre Porgy and Bess avec Cleo Laine pour RCA Records. En 1977 il retourne chez Atlantic, puis signe avec Columbia dans les années 80 et avec Warner Brothers au début des années 1990. En 1978, Dial Press publie son autobiographie Brother Ray. En 1980, Ray Charles, qui avait déjà par le passé participé à quelques films (Swinging Along-1962, Ballad in Blue-1966, In the Heat of the Night-1967), apparaît dans le film The Blues Brothers. Il a tourné aussi quelques scènes dans le film de la série de Martin Scorsese The Blues réalisé par Clint Eastwood sur le piano Blues.


Ray Charles est honoré en 1986 par Ronald Reagan, lui aussi décédé récemment, qui lui décerne un Kennedy Center Award. Entre autres distinctions honorifiques, Ray Charles a été introduit au Blues Foundation's Hall of Fame en 1982, et au Rock and Roll's Hall of Fame en 1986.


A la satisfaction de ses millions de fans qui l'avait vu s'éloigner un peu de son style initial des années 1955-1965, Ray Charles revient sur le devant de la scène dans les années 1990, en multipliant les concerts. Il participe aux plus grands festivals de jazz, comme celui de Nice, où il se produisait régulièrement depuis 1990.

Sa dernière apparition en public, au côté de Clint Eastwood, remonte à fin avril 2004, à l'occasion de la cérémonie inscrivant ses studios d'enregistrement de Los Angeles au patrimoine historique de la ville. Il avait aussi travaillé à l'enregistrement d'un album intitulé Genius Loves Company, auquel ont participé, entre autres, Norah Jones, BB King et Willie Nelson, disque dont la sortie était initialement prévue cet été.

Le pianiste aux lunettes noires et au balancement caractéristique était devenu une institution par la magie de sa musique. Les trois premières mesures de Georgia, lui suffisaient pour obtenir, en début de concert, un silence religieux de la part du public.

Desormais, la soul est orpheline.

 

 


B.B. KING, le roi du Blues, rencontre le roi de Suède

26 mai 2004

Le 24 mai dernier, le prestigieux prix suédois, Polar Music Prize a été remis à B.B. King pour sa contributuon à la musique Blues, ainsi qu'à Gyoergy Ligeti, compositeur hongrois de 81 ans, pour ses innovations dans la musique classique.
B.B. King a accepté fièrement ce prix des mains même du roi Carl XVI Gustaf au Stockholm Concert Hall, lieu où sont remis aussi les prix Nobel. Bien qu'âgé de 78 ans, B.B. King a déclaré avoir été intimidé et effrayé par cette cérémonie, car il n'avait jamais rencontré de roi auparavant !

Carlos Santana, musicien de l'année de la latin Recording Acadamy

25 mai 2004

L'artiste recevra cette distinction honorifique à l'occasion d'un diner et d'un concert de gala le 30 août 2004 au Century Plaza Hotel de Los Angeles.
La Latin Recording Acadamy a retenu Carlos Santana comme musicien de l'année pour son exceptionnel talent et son humilité. Les nominés précédents ont été Gilberto Gil, Vicente Fernandez, Julio Iglesias, et Emilio Estefan.

 

Gatemouth Moore est décédé à 90 ans
20 mai 2004

Gatemouth Moore était né le 8 novembre 1913, sous le nom de Arnold Wight, à Topeka dans le Kansas. Il racontait qu'il avait été affublé du surnom de Gatemouth à cause de sa voix forte et grave. A l'âge de 16 ans, il va à Kansas City, où il chante dans les groupes de Benny Moten, Tommy Douglas et Walter Barnes. Moore était un des rares survivants du tristement célèbre incendie du club Natchez Rhythm Club, qui fit plus de 150 victimes en 1940.
En 1941, il retourne à Kansas City où il fait ses premiers enregistrements et écrit des morceaux comme Somebody Got To Go, I Ain't Mad At You Pretty Baby et Did You Ever Love A Woman qui furent repris par B.B. King et Rufus Thomas. Il fut aussi le premier Bluesman à chanter au Carnegie Hall.
En 1949, il s'oriente vers le Gospel et devient Pasteur à la First Church of Delivrance à Chicago. En même temps qu'il officie dans cette église, Gatemouth Moore devient aussi le premier animateur religieux de la radio WDIA de Chicago. Il travaille aussi pour une station de radio en Alabama, à Birmingham, et revient en 1957 à Chicago pour des programmes de radio et de télévision. Il enregistre des disques de Blues et de Gospel jusque dans les années 1970. Il enregistre son dernier disque en 1977, " Great R&B Oldies ", pour le label de Johnny Otis Blues Spectrum sur lequel figure le morceau " Beale Street Ain't Beale Street No More ", morceau qu'il interprète en flânant sur la fameuse avenue dans la série de Martin Scorsese. Ces dernières années G.Moore s'est produit occasionnellement dans les festivals, et il était en charge de la Lintonia A.M.E. Church dans la ville de Yazoo.
Il est décédé à l'âge de 90 ans, le 19 mai 2004, à l'hôpital de Yazzoo des suites d'une longue maladie.
Discographie
Gatemouth Moore (1950)
Rev. Dwight " Gatemouth " Moore & his Gospel Singers (Audio Fidelity 1960)
After Twenty One Years (Bluesway 1973)
Great R&B Oldies (Blues Spectrum 1977)

 

Les guitares de Stevie Ray Vaughan sortent de leurs étuis
02 mai 2004

Depuis le décès de S.R. Vaughan en 1990 dans un accident d'hélicoptère, sa collection d'une quarantaine de guitares était précieusement conservée, selon les directives de son frère Jimmy qui gère les biens et le patrimoine de SRV.
Le 24 juin dernier, Christie's a vendu aux enchères une des plus connues des guitares de SRV, la Strato Caster qu'il appelait " Lenny ", ainsi qu'une copie de sa guitare préférée, une autre Strato Caster qu'il surnommait " Number One ".
Ces guitares rejoindront donc celles d'Eric Clapton, et le bénéfice de la vente reviendra à l'établissement créé par Clapton pour venir en aide aux drogués ou aux alcooliques, le Eric Clapton's Crossroads Centre, situé à Antiga .
La réplique de Number One est une des 100 copies réalisée par Fender après avoir reçu la permission des légataires de SRV. Cette Stratocaster de 1959 a été méticuleusement recopiée à partir de l'originale possédée par SRV, et le prix annoncé en début d'année pour chacune des copies est de 10.000$ pièce. Compte tenu du prix, ces copies sont destinées aux artistes et aux collectionneurs.

Chaque copie faite manuellement a demandé plusieurs semaines de travail, et la première a été terminée début avril à l'usine Fender de Corona en Californie. Le processus de réalisation a commencé l'an passé, lorsqu'une équipe de techniciens de Fender est venu disséquer l'originale située dans un lieu non divulgué.
Ray Hanning, le propriétaire du magasin Heart of Texas Music, se souvient qu'il avait cette guitare en vente en 1974 et pensait que c'était la plus belle pièce de camelote de son magasin ! Le jeune Stevie, âgé à l'époque de 19 ans, en était tombé amoureux dès qu'il l'avait eue en main, le large manche et le fort tirant convenant parfaitement aux mains immenses du jeune artiste.


Le Studio Chess de nouveau en activité
02 mai 2004

Le 30 avril aux studios Chess, Jimmy Johnson et les membres du groupe Styx ont enregistré plusieurs morceaux pour un projet de la Willie Dixon Blues Fondation. Ces enregistrements sont les premiers depuis ceux réalisés aussi par Jackie Brown au profit d'une œuvre caritative en 1989.
Depuis 1997, la fondation de la veuve de Willie Dixon a élu domicile dans les studios Chess. Cette fondation organise des expositions pour les enfants et procure un soutien logistique aux musiciens ainsi qu'une assistance financière pour les soins médicaux urgents.


Liste des gagnants 2004 des W.C Handy Awards

01mai 2004

La cérémonie de remise des Handy Awards a eu lieu le 29 avril 2004 à Memphis. Un concert rassemblant plus d'une trentaine d'artistes dont Pinetop Perkins, Rory Block, Maria Muldaur, Eric Bibb et Michael Burks, a suivi la cérémonie. Bien que programmé au Beale Street Music Bestival du samedi 1er mai, Buddy Guy n'a pas pu participer à la cérémonie et recevoir ainsi son Hawards.

A noter que Koko Taylor a recu de nouveau cette annnée une distinction. Ç'est son 24 ème W.C. Handy Awards, ce qui en fait l'artiste la plus primée, que ce soit au titre des artistes féminins ou masculins.

Voici la liste des gagnants 2004

 

Artiste BLUES de l'année :
B.B. KING

ALBUM ACOUSTIQUE de l'année
Buddy Guy - Blues Singer - Silvertone

REEDITION de l'année
Bettye Lavette - A Woman Like Me - Blues Express

ARTISTE ACOUSTIQUE de l'année
John Hammond
ARTISTE CONTEMPORAIN MASCULIN de l'année
Buddy Guy

MEILLEUR NOUVEL ARTISTE
Nick Curran & the Nitelifes - Doctor Velvet - Blind Pig

 

ARTISTE CONTEMPORAIN FEMININ de l'année
Marcia Ball

GROUPE BLUES de l'année
Roomful of Blues

ALBUM CONTEMPORAIN de l'année
Marcia Ball - So Many Rivers - Alligator

INSTRUMENTISTE-BASSE
Willie Kent

ALBUM HISTORIQUE de l'année
Muddy Waters - Muddy "Mississippi" Waters Live (Deluxe Edition) - Legacy Edition

INSTRUMENTISTE -Percussions
Willie “Big Eyes” Smith
ARTISTE SOUL MASCULIN de l'année
Solomon Burke
INSTRUMENTISTE-GUITARE
Duke Robillard
ARTISTE SOUL FEMININ de l'année
Etta James
INSTRUMENTISTE-HARMONICA
Charlie Musselwhite

ALBUM SOUL BLUES de l'année
Etta James - Let's Roll - RCA/Private

INSTRUMENTISTE-CUIVRE
Roomful of Blues - Horns

ALBUM TRADITIONNEL de l'année
Anson Funderburgh and the Rockets - Which Way Is Texas ? - Bullseye Blues

INSTRUMENTISTE-CLAVIER
Dr. John
ARTISTE TRADITIONNEL FEMININ de l'année
Koko Taylor
INSTRUMENTISTE-AUTRE
Gatemouth Brown - Fiddle
ARTISTE TRADITIONNEL MASCULIN de l'année
Pinetop Perkins

Blues de l'année
- Lookin' For Trouble!- Kim Wilson/Amanda Taylor


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