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Joël
Bizon : A coté de Back To The Roots, Alain, tu es le porte-drapeau
de la musiqueBlues sur la région de Lens et son bassin minier?
Alain Augustyniak : Oui, en 1992, nous avions créé une
association : Sam's Blues qui gérait le groupe de rockin blues
: Blues Travel Band ou j'étais batteur.
JB : De là te vient l'idée de monter le Sam's Blues Festival
de Méricourt, prés de Lens dans le Pas de Calais. Cinq soirées
par an et deux groupes par soirée.
AA : Oui, deux ans après, grâce à Marie-José
Markewich, directrice du centre culturel Max Pol Fouchet de Méricourt,
pour ne pas le citer : Coïncidence ou hasard, la directrice Marie-José,
faisait déjà venir Chris Lancry depuis deux ans pour animer
des master class de guitare, stages où j'ai d'ailleurs rencontré
Dominique le guitariste de Back To The Roots. Dans ce même centre
culturel, j'assistais une professeur de danse africaine en tant que percussionniste
et j'étais donc, à coté, batteur dans le Blues Travel
Band, on jouait dans les cafés de la région. La directrice
du centre souhaitait travailler en autonomie sur un concept musical. La
conjugaison de tous ces facteurs nous a donné l'idée de
monter une petite soirée blues qui à la longue s'est mutée
en Sam 's Blues Festival. Nous avons donc décidé une première
date en septembre 1994 avec les moyens du bord, c'est-à-dire avec
pratiquement rien. L'asso Sam Blues a fourni le groupe Blues Travel Band,
on y a rajouté quelques guitaristes du cru qui venaient en guest.
L'idée était de créer une scène blues dans
le bassin minier et permettre aux jeunes des ateliers guitare et aux groupes
régionaux de faire leurs premières armes sur scène
devant un public d'amateurs et de connaisseurs. Le public a commencé
à venir. Nous avons refait quelques dates avec des régionaux,
le public a commencé à se fidéliser.
JB
: As-tu rencontré de grosses difficultés pour mettre en
place cette grosse machine régionale ?
AA : Dans les premiers temps, on a démarré doucement avec
de faibles moyens, je ne connaissais même pas le budget! Je proposais
un groupe, puis un deuxième, à partir du moment où
Marie-José me disait OK : on investissait la salle Louis Daquin
et on fonçait ! Comme cela pendant 3 ans ! Et le 25 janvier 1997
se termine en apothéose notre première collaboration avec
le Centre Max Pol Fouchet. Un malheureux contrôle d'URSSAF annonciateur
d'un redressement de 60000 Balles. La commune s'est recentrée sur
le social proprement dit et dans le budget culture, la zic est passée
à la trappe ! Remarque cette dernière du premier volet était
de taille, jugez plutôt : Mauro Serri, Chris Lancry, Jean-Louis
Mahjun Jean-Claude Rapin, et les régionaux Tex et Willcox, treize
guitaristes, deux sections rythmiques
un truc incroyable ! Suite
à cette catastrophe budgétaire, je ne me suis pas démonté,
j'ai refait une date sur mes propres deniers avec Hans Olson et Bootleg,
puis la première mouture de Back To The Roots, là j'ai plongé
de 25000 balles ! C'est vraiment ce qui s'appelle se mouiller ! Le public
habitué à l'événement nous a soutenu et a
réclamé haut et fort son festival. Les politiques se bougent,
l'association de développement intercommunale Droit de cité
nous rejoint. Nous remettons les couverts en 99 avec : Doo The Doo et
Van Wilks. C'est un succès. RTL 2 est partenaire, et une télévision
locale câblée : Télé Gohelle, filme les concerts
et permet aux groupes de repartir avec la vidéo du concert. En
2000, nous ferons en avril Lenny Lafargue et Frank Ash, en juin Miguel
M, la machine était relancée, depuis il y a eu trois dates
chaque année.
JB : Je crois que l'on approche de la 28 ème édition ?
AA : Non, on va faire la 30 éme prochainement. On vient de fêter
les 10 ans, le 16 mai. Tu comptes 3 dates par an ! Cette année,
pour le dixième anniversaire, j'ai voulu resserrer les liens avec
les groupes du coin et notamment ceux qui eux aussi organisent des manifestations.
On a donc fait : Without de Grande Synthe, Paint It Blue avec l'incontournable
Dominique Floch des 4 Ecluses, qui vient de partir à Calais et
Hard Sliders de Lille qui sont des copains.
Cette année, j'ai essayé de grossir le truc en étalant
sur les gigs sur le week end, avec en plus de la traditionnelle soirée
du samedi, une manifestation le dimanche après midi. Comme la dernière,
en mai, avec la projection du film : A Soul of The Man et le concert débat
avec Keith B Brown.
JB
: Sur ce festival tu mets un point d'honneur à promouvoir la scène
Blues française, Est-ce un choix délibéré
ou une question de budget et de partenaires ?
AA : C'est un choix délibéré, chaque fois que je
traîne sur les grands festivals d'été comme Cahors
ou Cognac, il y a vraiment des groupes qui m'époustouflent ! J'aime
bien, comme tout le monde, aller voir les grosses scènes américaines,
mais tu sais c'est dans les cafés qu'il se passe vraiment quelque
chose et où tu fais des découvertes. Là-bas je fais
mon marché. Quelque fois, il se passe plusieurs mois avant que
je ne programme un groupe qui a attiré mon attention, mais généralement
tous mes coups de cur sont, ont été, ou seront programmés
à Méricourt. Juge un peu : Mauro Serri, Van Wilks, Franck
Ash, Miguel M, Mercy, Bill Thomas, Benoît Blue Boy, Lenny Lafargue,
Rosebud Blue Sauce, Nico Wayne Toussaint, Hot Chickens, Chris Lancry,
Jean-Louis Mahjun, Amar Sundy, Swampini, Jeff Zima, Tino Gonzales et j'en
passe ! Soixante dix formations se sont produites ici en 10 ans et personne
n'en parle !
Lorsqu'un groupe vient jouer ici, c'est que quelque part il m'a touché.
Tu vois, Miguel M, par exemple, c'est un mec que j'adore
et bien,
il est déjà venu, j'ai donc décidé de le reprogrammer.
Deuxièmement, aussi une question de budget qui n'est pas élastique
! Mon festival étant étalé sur trois dates dans l'année,
les frais fixes et de plateaux techniques sont multipliés par trois.
JB : Tu n'as jamais pensé à faire quatre dates sur une
fin de semaine comme Cognac ou Cahors ?
AA : Non, parce que ce n'est pas le concept. Le Sam'Blues, c'est trois
dates avec 2 concerts étalés sur l'année, généralement,
février, mai ou juin et novembre. C'est aussi pourquoi je commence
à démarcher ailleurs. J'ai d'ailleurs un projet avec Larry
Skoller.
JB : Peux-tu nous parler de tes partenaires, tous ces bénévoles
si gentils et si dévoués qui ont fait corps avec toi pour
que cet événement existe en plein bassin minier ?
AA : Principalement Marie-José Markewitch, Martine et toute son
équipe de salariés du centre Max Paul Fouchet. Le service
communal, aussi, qui prépare la billetterie. Mon sonorisateur,
et l'association Droit de cité à qui la ville a fait appel
en 99 et qui est, en fait, une association de développement culturel
inter communal regroupant plusieurs communes du bassin minier, et qui
amène une manne financière non négligeable.
JB : Avec toutes ces dates, tu dois avoir emmagasiné de tels souvenirs
?
AA : Des moments monumentaux, j'en ai plein la tête. Des exemples
géniaux comme Doo The Doo avec le texan Van Wilks, par exemple.
Après le show, dont il était la vedette, Van Wilks se branche
avec les Doo The Doo, remonte sur scène et tape le buf pendant
1h30 à la grande satisfaction du public. Une troisième partie
en bonus ! Le cadeau bonux quoi ! Imagine le bonheur!
JB
: Tu as aussi d'autres passions : Chanteur on sait, mais batteur et photographe
aussi Pourquoi choisis-tu la batterie et pas la guitare comme beaucoup
de bluesmen en herbe ?
La batterie, c'est surtout venu par mes goûts d'adolescent :Creedence
Clearwater Revival et Clapton. Mais, il y a dans le Nord-Pas de Calais
une grosse communauté polonaise, je suis d'origine polonaise. Tout
petit, mes parents m'emmenaient au bal polonais, à chaque fois
j'étais fasciné par les batteurs. Je crois que c'est un
ces folklores polonais qui m'a incité à faire de la scène
et notamment de la batterie, une certaine fascination. Et bien sûr,
je fais pas mal de photos, j'ai même une expo qui est prête
et que je ferais sûrement tourner. J'ai plein de clichés
allant de Paul Mc Cartney à BB King ou Buddy Guy pris lors de concerts
à droite à gauche, plus toutes les photos du Sam ' Blues.
JB : As-tu un gros coup de gueule à pousser ?
Le Nord-Pas de Calais, c'est deux départements avec une grande
concentration de population sur Lille, la Côte d'Opale (Dunkerque,
Boulogne) et sur le bassin minier (Lens, Liévin). Le reste, je
n'irais pas jusqu'à dire que c'est le désert, mais bon,
c'est la campagne. Avant il ne se passait rien autour de Lens. Nous avons
monté le Sam'Blues Festival, au départ pour un public local,
nous commençons maintenant à avoir des gens de Dunkerque,
de Lille, des belges, des parisiens, des Rémois. On a mouillé
la chemise pour en arriver à cette reconnaissance du public en
29 éditions ! Pourtant jamais un journaliste de la presse spécialisée,
mis à part toi, Joël qui est un fidèle, ne daigne se
déplacer ! On n'arrive pas à avoir la presse spécialisée.
Certes, nous avons de très beaux papiers dans les medias régionaux.
J'invite à chaque édition toutes les revues par courrier
avec hébergement. Jamais un seul journaliste, à part toi,
n'a daigné me rappeler. Donc, tu comprendras que par rapport à
l'énergie dépensée pour faire exister le Blues dans
le basin minier, je sois un peu en colère et beaucoup déçu.
Eh les gars
il se passe des trucs en province ! C'est vrai que compte
tenu de mon budget et de l'étalement je ne peux pas toujours avoir
les affiches prestigieuses américaines qui passent au New Morning
ou au Méridien ! Par contre j'ai généralement la
crème du Blues Hexagonale.
Interview préparée et réalisée par Joël
Bizon pour Blues magazine
Photographies Joël Bizon pour les trois premières, François
Berton pour la dernière

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