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On connaissait Richard Borhinger acteur, écrivain, animateur de
radio. On peut maintenant le découvrir musicien. Et si le moyen
de l'exprimer a changé, la ferveur reste la même.
Comment est né ce spectacle ?
Il est né d'un besoin diffus de survivre, d'avoir une relation
avec l'espace, d'un besoin de nomadisme. On a voulu me sédentariser,
mais je ne suis pas sédentaire du tout. Donc les villes, les hôtels,
les fulgurances, j'aime ça.
Comment peut-on le décrire ?
C'est un objet brut, interactif, ce n'est pas un groupe de musiciens
qui accompagne Borhinger. J'essaie de les amener à une fusion.
C'est un voyage à travers l'Afrique, les femmes, l'alcool, les
musiques. C'est une façon de circonvenir ce mal de vivre, cet appétit
de la route, de l'horizon. J'aime me perdre.
Le blues répond bien à ça
?
Il n'y a pas que le blues. Ça peut être funk, jazzy
Les barrières entre les musiques, c'est fini. Je comprends les
mômes quand ils parlent de groove. Le blues, c'est un état
d'esprit. On n'est pas obligé de jouer du blues pour être
blues. Je me déplace dans le son et je le ramène à
ce que je suis. Au moins j'ai des satisfactions immédiates. Bien
sûr, la musique a quelque chose de pernicieux, certaines douleurs
se trouvent rehaussées de flamboiement par la musique, mais être
sur le ring avec le groupe, ça a un côté "je
suis en vie malgré tout". 
Plus qu'avec le cinéma ?
Et comment ! Mais ce n'est pas la faute du cinéma. Un film, ça
va au labo, c'est manipulé. La musique, c'est une frangine, elle
est là, immédiate. Notre premier concert, à Bastia
a été le plus fou de tous nos concerts parce qu'on est montés
sur le ring sans vraiment se connaître, sans avoir répété.
Il y avait 800 personnes. Et on a fait un concert magnifique. Il a fallu
laisser passer une bonne heure après le concert avant que l'un
de nous demande : " qu'est-ce qui nous est arrivé ? ".
Je crois que ce qui nous est arrivé, c'est tout simplement qu'on
était heureux, sincères, passionnés. Les gens ont
besoin de ça, de cette fusion.
Mais comment l'expliquer, cette fusion ?
C'est l'envie qu'ont les éléments de te bénir ce
soir-là. Ça arrive de temps en temps dans la vie. Ça
relève du miracle.
Et juste avant de monter sur scène
?
Evitons d'en parler ! (rires)
Où as-tu pris l'inspiration ?
Dans l'histoire de la musique. Ça va de Parker, Davis ou Coltrane
à BB. King en passant par Marley ou Hendrix.
Chez tous ces gens-là, tu retrouves
ce que tu cherches en montant sur scène ?
Oui, parce que c'est une vie d'effort, pas une vie de félicité
comme dans le show bizness.
Ta démarche va au-delà de la
musique ?
Oui, elle est politique.
Et
dans le blues, quelles sont tes références ?
Dans le blues, on les aime tous à des moments différents.
En ce moment, j'ai plutôt besoin d'un blues d'action. La façon
dynamique qu'ont certains bluesmen de te balancer le blues, ça
m'est plus proche en ce moment. Je ne vais pas trop m'aventurer vers le
down, parce que quand le blues est down, il est vrai, tellement vrai que
tu risques de te dire : " je ne rentre pas à la maison".
Faut faire gaffe avec la musique ! Tu es là, rayonnant, bien rasé,
reposé et tu entends un morceau qui te remet à ta place.
C'est ta vraie famille qui vient de battre le rappel. Il conviendrait
de ne pas mettre n'importe quelle musique à n'importe quel moment
! Faut faire gaffe !
Interview réalisée en novembre 2001 à l'occasion
de son spectacle au festival de BLUES sur SEINE par Benoit CHANAL
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