CEUX D'ICI

Une exclusivité Blues Magazine
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NOUBARD PACHA, je n'aurais pas grand chose à défendre en tant que leader. |
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Curriculum vitae " Stan Noubard Pacha voulait être LE guitariste de blues français, et il y est parvenu ", déclarait à son sujet Benoît Blue Boy. Un guitariste qui taille dans le gras du rythme, du contre-chant, et ne se laisse jamais griser par l'écume d'un solo. Il officie notamment derrière Benoît Blue Boy, Steve Verbeke, Mama's Biscuits. Signes particuliers : une belle modestie, un sourire et regard candides et un bon coup de fourchette. Au rayon disques, j'ai enregistré deux albums avec Alcootest, un studio en 91 ou 92, et un live en 1996. J'ai enregistré aussi avec Benoît et Steve, c'est tout. Mama's Biscuits a réalisé une maquette dans des conditions live. Cette maquette est uniquement vendue dans les concerts, mais on aimerait quand même graver un vrai disque avec ce groupe. Enfin, il y a tellement de paramètres Ma guitare de prédilection est une Gibson 335. J'en joue depuis plus de vingt ans. Je possède une Silvertone depuis peu : guitare des années 60, pleine caisse, deux micros, sympa. Et je joue sur un ampli Vibrolux dont je suis très content.
P'TIT STAN Mais SI ! je m'appelle VRAIMENT Stan Noubard Pacha !
Stan comme Stan. Pas Stanley, pas Stanislas.
Et Noubard Pacha, eh bien, comme mon père. Je suis d'origines
turque et arménienne du côté paternel, polonaise et
allemande du côté maternel. Je suis né le lendemain
que Kennedy se soit fait dessouder, en novembre 1963, à l'Hôtel
Dieu de Paris. La musique qu'on aime, c'est généralement celle qu'on a découverte étant gamin Mon grand frère achetait beaucoup de disques aux puces, comme
ça, un peu à l'aveuglette. Grâce à lui j'abordais
la musique de manière empirique, au petit bonheur la chance. Aujourd'hui
j'aime le jazz, la musique américaine des années 50 et 60,
les morceaux bien orchestrés et même certains nanards. J'ai
forcément un penchant pour les guitaristes. Wes Montgomery. Benson.
Django Reinhatdt. Gatemouth Brown et Albert Collins ont carrément
inventé une manière de jouer. Ah ! j'ai failli oublier Jimmy
Vaughan. Lui, tu l'entends jouer deux notes, tu sais à qui t'as
affaire, et la patte, je te garantis que c'est le truc le plus difficile
à choper pour un guitariste.
Je suis très attaché aux mélodies Je suis aussi fan d'un gars qui s'appelle François de Roubaix.
Il a composé la musique d'un tas de polars français dans
les années 70, tu sais ? avec Lino Ventura. J'aime bien son univers.
Je suis très attaché aux mélodies, et de Roubaix
est un super mélodiste. Qu'est-ce que j'aime encore ? Enio Morricone.
Antonio Carlos Jobim. Les vieux Montand. Pour les chanteurs, je citerais Little Milton. (Cette voix Argh !) Magic Sam aussi. Freddie King. Les trois King pour faire court. Rien que ça, t'as déjà une super base. Trois voix puissantes, trois guitaristes incroyables et pour chacun, les deux talents réunis en un seul homme. T-Bone, j'étais pas convaincu au début. Je préférais les démonstrations de guitare et les mecs qui chantent fort. T-Bone, je l'ai vraiment découvert il y a cinq ou six ans, en réalisant que mes guitaristes préférés s'en étaient tous inspirés. Muddy aussi m'a d'abord gonflé. Maintenant il incarne pour moi le mojo Brrrr ! Il y a vraiment du vaudou (ou je sais pas quoi) dans les enregistrements qu'il a réalisés avec Dixon et Little Walter. Comme quoi, les bonnes choses se méritent.
À l'âge de treize ans on m'offre une guitare... J'apprends à jouer seul. Un jour je casse une corde. Ma frangine prend la guitare et la rapporte au magasin de musique du coin. Là, ils lui remplacent la corde, ils accordent la gratte Et d'un coup, je sais plus jouer Je réalise que j'ai appris sur une guitare désaccordée ! Avant d'en faire, le blues, je savais même pas ce que c'était.
Je rangeais ça dans le jazz. Au lycée je grattais avec un
pote qui aimait Johnny Winter. C'est devenu clair d'un seul coup : la
musique que j'aimais par dessus tout, que je prenais pour du jazz, elle
s'appelait le blues. Un jour, je suis licencié économique, (j'étais vendeur dans un magasin du Sentier). La première année, je me laisse vivre, je glande. La deuxième, Tiens, je vais me faire plaisir, je m'inscris dans une école de jazz. C'est à cette époque que Benoît me voit jouer au Front Page Je voulais bien apprendre la musique mais j'avais pas en tête de devenir pro. Je fais donc cette école (le CIM) et, à l'extérieur, je sympathise avec Marc Pépé Pédron. Un jour on me demande de remplacer son guitariste. Il faut croire que j'avais acquis un petit niveau entre-temps. Pépé Pédron a créé l'Alcotest Blues Band à Angers. Il était le seul d'entre nous à exercer une vraie profession, mais comme il était très dynamique, il nous trouvait beaucoup de plans. C'est à cette époque que Benoît me voit jouer avec Pépé au Front Page. J'en étais à me dire : OK, je me lance à fond dans la musique. Et Benoît qui arrive : Ça te branche de jouer avec moi ? Moi : Oui, mais je joue déjà avec un groupe. Lui : Je t'empêche pas de jouer avec ton groupe, je te demande seulement d'être libre quand j'ai une date. Quand j'étais lycéen, avec mes copains, on prenait des guitares, des bières et on descendait jouer au bord du canal Saint-Martin On reprenait des chansons de Benoît Blue Boy. Tu parles si ça m'a fait plaisir qu'il me demande de jouer avec lui ! Mais en vrai, j'ai pas eu le temps de réfléchir, ça s'est goupille comme ça et ça s'est bien goupillé. D'ailleurs j'ai continué à tourner avec Alcootest durant les années qui ont suivi, jusqu'à ce que Pépé lève le pied.
Un type généreux, une encyclopédie vivante du blues D'ordinaire les connaisseurs me gonflent. Benoît en est un, mais
un pas chiant du tout. C'est un type généreux et une encyclopédie
vivante du blues. Au début j'étais toujours fourré
chez lui, à écouter ses disques. Il a élargi mon
espace sonore. Benoît a une vision périphérique de
la musique, il est capable d'apprécier autant les harmonicistes
que les batteurs. J'ai tout de suite écouté les bons trucs
et, forcément, j'ai fait de gros progrès. Benoît habite au Maroc maintenant. Pour l'album qu'il prépare, il a réalisé des petites maquettes et me les a faites parvenir, histoire de me donner une idée de ce qu'il veut faire. On se voit d'abord tous les deux, on dégrossit un peu les chansons, et puis on étudie la question avec le groupe. Ça prend, quoi ? une semaine, et on enregistre le disque. C'est aussi bête que ça. Benoît reste ouvert mais il sait toujours exactement ce qu'il veut, et comment chaque instrument doit sonner.
SUR LA ROUTE T'arrêtes de te poser des questions et tu plonges Le coup du Havre, c'était très gonflé de sa part. Gonflé mais bien vu. Benoît a recruté Fabrice (Millérioux - batterie) en même temps que moi. Le Havre était l'une des premières scènes où nous nous sommes produits tous les trois. Benoît a pu nous tester dans des conditions idéales. Le bassiste n'était pas libre mais Benoît a maintenu la date pour voir comment on s'en sortirait sans basse. J'étais pas fier, on n'avait rien répété. Je suis parti dans le truc bille en tête. Le genre de moments où t'arrêtes de te poser des questions et tu plonges. En face, si les gens répondent, ton flip va devenir un très, très bon souvenir. Ensuite il y a eu la tournée canadienne. Montréal 1993. Encore un souvenir magique. Mon meilleur souvenir de scène. Je jouais avec Benoît depuis quelques mois. Bon, ça va devenir mon boulot, je me disais avec une sorte de fraîcheur. On arrive à Montréal. On croise un tas de musiciens de jazz, dehors, à l'hôtel, partout. C'est un rêve éveillé. La veille du concert, à peine débarqués de l'avion, on assiste à une prestation de Ronnie Earl. Il joue devant un public immense. Et Fabrice qui me fait : Demain, à sa place, c'est nous ! Qu'est-ce que j'ai pu flipper ! Mais lorsque je suis monté sur scène, pareil qu'au Havre : j'ai pas réfléchi, j'ai joué. On se produisait devant je sais pas combien de milliers de personnes. Si tu te pinces pas, tu te dis : Ça y est, je suis arrivé ! Quand tu sens les gens très réceptifs, t'es bon, c'est inévitable. Artistiquement, c'est un plaisir de travailler avec un mec comme Benoît. Au-delà, quand tu vois comment le bonhomme se comporte sur la route, le plaisir est encore plus grand. Il s'arrange toujours pour installer une ambiance sympa. Quand il a besoin de dire les choses, il les dit, mais c'est toujours amené de façon positive. Il sent les gens et il sait les appréhender. Quand j'ai commencé avec lui, j'étais pas très aguerri, j'avais pas beaucoup de métier. Il m'a jamais mis la pression. On faisait le festival de Montréal, c'était plein à craquer. Lui, il vendait quand même quelque chose. Eh ben, il m'a fait confiance ce qui m'a mis, moi-même, en confiance.
Steve a deux Tortilleurs dans son groupe
Fabrice et moi. Obligatoirement, le son de la batterie, le son
de la guitare vont être apparentés au son des Tortilleurs.
De plus Steve est très ami avec Benoît, ils écrivent
des chansons ensemble. Steve ne peut pas ne pas être influencé
par Benoît. Mais attention, Steve a un univers bien à lui.
Et plus il évolue, plus cet univers s'éclaire. Cédric Lesouquet, le bassiste de Steve, vit actuellement en Espagne. Quand on se retrouve à jouer en trio, j'essaie de compenser l'absence du bassiste en ajoutant une ligne de basses à la rythmique. J'ai encore moins droit à l'erreur. T'imagines ? Hein ? Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Mais j'ai l'habitude de jouer avec Fabrice, je n'ai qu'à me laisser bercer. Avec Steve, on répète un peu pour mettre ça au point. Il y a toujours quelques ajustements à apporter sur scène. Merde, ça swingue pas comme j'aurais cru ! Je corrige parfois le tir dans le feu de l'action, en essayant de pas trop foutre le bordel. À trois, c'est une autre manière de fonctionner. Tu peux pas comparer le jeu à trois et le jeu à quatre, quand Cédric est là. Dans le genre, je trouve que Mathieu (Bo Weavil) est incroyable. Il a une sacrée technique pour faire alterner les basses et la rythmique. Rigoureux, sauvage... Et ça groove ! Quoi ? De la joue de buf croustillante ? Les Tortilleurs continuent à vivre, indépendamment de Benoît
et de Steve. Tu peux nous entendre, Fabrice, Thibault (Chopin) et moi-même,
dans un groupe qui s'appelle Mama's Biscuits. À l'origine du projet,
c'est Véronique et Thibault. Véronique Sauriat vient du
gospel. Une très bonne chanteuse, avec une marge de progression
étonnante. Je l'adore, ce groupe ! Un répertoire plutôt
blues, mais des reprises de Bobby Blue Bland et du rhythm'n'blues. Le
groupe a une forte identité Tortilleurs, pas le choix.
Ce côté petit soldat, je le revendique Je serai jamais leader d'un groupe. D'abord je ne chante pas et, quand
tu prétends faire du blues, mieux vaut savoir chanter. Et puis
leader, je sais ce que ça représente comme boulot. Derrière
la vedette, c'est plus confortable. Quand un concert foire, le public
râle toujours après le chanteur, même s'il a été
bon, même si son groupe est naze. Je peux même pas comprendre
qu'on veuille s'exposer ! Faire du blues ou non, je sais pas Des fois j'en fais, des fois j'en fais pas, c'est pas très important de le savoir. Quand tu veux définir ce qui est blues et de ce qui ne l'est pas, tu t'enlises. Moi, j'en sais rien, je joue. Si on me demande de faire du solo pendant dix minutes, je peux, ça m'est arrivé sur des morceaux au pied levé. Il fallait remplir. Sinon je fais de moins en moins de chorus. Quand t'as qu'un ou deux tours de chorus pour t'exprimer, tu t'appliques et tu peux obtenir un résultat vraiment sympa. Je trouve même que ça te met davantage en valeur. Pour être capable d'abattre dix mille tours de chorus, il faut avoir la grâce. Parce que la technique, beaucoup de musiciens en ont mais ça suffit pas. Un guitariste de blues est un type tellement à part Je juge au cas par cas. De la chanson française un peu exotique, finalement ça n'est pas si mal Et quand tu chantes du blues en français, c'est encore pire. Tu
vas forcément te mettre des gens à dos. La chanson a beau
être écrite dans les règles, certains refuseront de
l'entendre comme un blues et je veux bien comprendre ça. Et alors
? Même si un blues en français est une hérésie,
même s'il est perçu comme de la chanson française
un peu exotique, finalement ça n'est pas si mal.
SUR LES PLANCHES
J'avais l'impression d'être dans un film Fabrice et moi, on joue ensemble depuis plus de dix ans. On a quasiment
le même âge. Thibault doit avoir 27, 28 ans maintenant. Alors
LUI, c'est un musicien incroyable, un super contrebassiste, un super harmoniciste
aussi et un guitariste génial quand il veut. C'est pas normal qu'il
concentre autant de dons, ce mec ! Les autres membres du groupe et moi-même
sommes amis, pas de problème. On se fréquente en dehors
de la scène et des studios d'enregistrement. Je perds mes moyens quand il n'y a pas d'amour Jouer pour la première fois avec des gens, c'est comme débarquer
dans un nouveau job : on te jauge. T'es guitariste, t'as un ego, tu veux
placer des chorus. Mais si tu résistes à cette tentation,
si l'autre guitariste se rend compte que tu le fais briller pendant qu'il
prend un chorus, ça peut devenir un échange et tourner vraiment
génial. Ça, tu le sens immédiatement. Du moment que ça passe humainement Bon, allez, c'est sympa, on va faire de la musique ensemble ! Dans ce goût-là, Hector Watt reste l'une des meilleures ententes que j'aie pu avoir avec un guitariste. C'est l'un des sidemen de Benoît sur son dernier album. On a tourné en France, on a joué à Cognac, à la Maroquinerie (Paris) et sur une dizaine d'autres scènes. Avec Hector, on jouait vraiment l'un pour l'autre, on se renvoyait la balle sans que ça ressemble à une partie de ping-pong.
Ouais, ma vie peut ressembler par moment à la vie d'un guitariste de pub-rock
Mais on trouve de moins en moins d'endroits où jouer, comme
ça, au débotté. Quand j'ai commencé, tu pouvais
toujours taper un buf. Pubs sympas, bars glauques, n'importe où.
Aujourd'hui, même le petit rade sans ambition est booké pour
six mois. Les scènes disparaissent aussi pour des histoires de voisinage.
Enfin, voisinage
Il y a surtout une politique de la ville,
et à Paris plus qu'ailleurs. Si tu veux monter un lieu avec une
scène, t'as intérêt à avoir les reins solides
parce qu'on va tout faire pour te décourager. Amende d'abord, fermeture
administrative ensuite. OK, je monte un club de karaoké, ça
me coûtera moins cher et ça va drainer plus de monde !
Ça doit être le cas en province aussi. La scène du blues est à la fois sympathique et chiante Chiante parce qu'elle ne se renouvelle pas beaucoup. Le public est constitué d'un petit noyau de dix, quinze, vingt figures qu'on rencontre à tous les concerts. Très cools, très sympas, tout ça. Je suis toujours très content de les retrouver, ces dix pèlerins. Heureusement qu'ils sont là, mais ça me fait penser à club de bridge ! Incroyable que cette musique n'intéresse pas plus de monde. C'est pas dans l'air du temps, c'est sûr. (Sauf pour des bluesmen plus rock peut-être, Popa Chubby, Tommy Castro. C'est vrai qu'avec eux, le New Morning est toujours plein comme un uf.) Je lis le mot blues sur une affiche, j'imagine tout de suite un barbu de quarante ans Quarante ans, merde, c'est mon âge ! Par dessus le marché, on ne croise pas beaucoup de filles dans les concerts de blues et c'est dommage. Je me souviens avoir joué dans une rue piétonne un jour. Noire de monde, la rue. Devant nous, l'habituel parterre de barbus, la quarantaine. En face : un karaoké. Et fréquentait ce karaoké ? Un public de petites nanas toute mignonnes. Et voilà ! Les scènes que je préfère, ce sont les grandes scènes
de plein air. Faire un festival d'été, c'est une récompense.
Beaucoup de monde, un bon son
Magique ! Cognac est un festival spécialement
sympa. Tu retrouves des gens que t'aimes bien, le mec qui faire vivre
un petit canard à Perpète-les-Oies. Tiens, t'es venu
aussi, toi ? Il se passe des trucs à toute heure du jour et
de la nuit. Le soir tu tapes des bufs dans les rades, tout le monde
raque son schweppes-cognac. J'ai besoin de trois jours pour récupérer
à chaque fois !
Et je vois que ça sourit dans l'assistance La scène des clubs est parfois confinée, le son n'est pas
toujours génial. Un endroit que j'adorais par contre, c'était
Le Chat à Cosne-sur-Loire, du côté de Nevers.
On y est passé plusieurs fois avec Pépé. Maintenant
les tauliers ont déménagé à trente bornes
de là. Le Chat était un petit club fréquenté
par les gens du coin, des types très attentifs qui se la jouaient
pas connaisseurs. Bonne chimie pour une ambiance géniale. Le genre
de scène, tu mates l'assistance et t'as envie de boire un coup
avec tous les gars devant toi. Non, je pense pas être connu à l'étranger. J'ai joué un peu en Angleterre, mais je fréquente pas assez les scènes étrangères pour pouvoir en parler Quant aux États-Unis, je vais attendre qu'ils me réclament. Tu vois ? je suis magnanime. Remarque, je sais pas s'ils m'accorderaient un visa Je suis quand même un peu d'origine turque ! C'était super, hein, mais faut pas me la faire ! J'assiste à un concert de blues, je suis avec des amis, on a les mêmes goûts. On en discute ensuite. Merde, est-ce qu'on a vu le même concert ? Il n'y a qu'un critère : les gens qui t'écoutent. Ils aiment, ils aiment pas. Après un gig, on vient parfois me trouver. On me dit des choses sympa et je m'en lasse pas ! D'autres, surtout les grands amateurs de blues et spécialement les gratteux : C'était super, hein, MAIS sous-entendu : Faut pas me la faire ! Il se sentent obligés de te montrer qu'ils en connaissent un rayon. Mais c'est pas grave, ça part généralement d'un bon sentiment et il y a échange malgré tout. D'autres encore doivent s'imaginer que je me fous d'eux. C'est quoi, ton micro ? Mon micro ? Mais j'en sais rien. Qu'est-ce que tu veux, j'ai jamais réussi à m'intéresser à ma guitare plus que ça. J'en connais tout juste un minimum pour pouvoir jouer. COMME À LA MAISON Hé ! hé ! Je suis un escroc ! C'est comme les cours de guitare. Étant moi-même autodidacte,
je voulais pas en filer au départ. Au bout d'un moment, bon,
pourquoi pas ? C'est vrai que ça pourrait arrondir mes fins
de mois.
Histoire de perdre quelques habitudes Quand je joue chez moi, c'est souvent seul, sans disque, sans boîte
à rythmes. En règle générale, je m'exerce
pas beaucoup. Je travaille si j'ai des choses à travailler, j'ai
besoin qu'on me mette un peu de pression. Je fais beaucoup d'écoute
attentive... Ça signifie que j'écoute beaucoup de disques
! Super prétexte pour glander agréablement, mais ça
peut aussi se révéler utile. Je m'inspire des disques que
j'écoute sans même m'en rendre compte, j'arrive à
faire un gloubiboulga avec ces différentes manières de jouer.
Depuis un an ou deux cependant, j'essaie de relever des plans histoire
de perdre quelques habitudes. Je ne le faisais pas avant. J'ai envie de continuer comme ça le plus longtemps possible Intermittent depuis dix ans, ouais. Je suis triste par rapport à ce qui se passe, la réforme, tout ça. Les temps vont être difficiles, pour moi et pour un tas de gens. Il fallait certainement réformer le système, mais pas de cette manière. Il y a trop d'intermittents ? OK, on en dégage une partie ! Aucune concertation. Non, je suis pas rassuré. D'un côté, cartésien, je peux me dire : La nouvelle loi va passer, on jouait déjà dans des conditions précaires et ça va devenir encore moins vivable. Mais j'ai envie de continuer comme ça le plus longtemps possible, alors je vais faire le maximum. Quand ce sera vraiment plus gérable, on verra bien. Une référence ? Je sais pas. Je trouve ça très exagéré mais, quand on me fait des compliments pareils Tu vois ? là, je rougis. Il y a tellement de super bons guitaristes de blues. Moi, ce qui me fait plaisir par-dessus tout, c'est d'être reconnu comme un accompagnateur valable. L'épate, l'esbroufe, les solos, ça marchera toujours et ça n'est pas un handicap en soi. Je sais une chose : lorsqu'il se passe quelque chose de bien sur une scène, les gens sont capables de l'entendre. La guitare derrière la tête, tout ça, si j'avais une personnalité qui me pousse à faire ce genre de démonstrations, ça me gênerait pas de me laisser aller, ça fait partie du show. Par contre, t'as intérêt à avoir du répondant quand tu veux te donner en spectacle ! Bon, moi je suis accompagnateur et j'ai pas à me préoccuper de ça. La personne que j'accompagne est supposée avoir la personnalité qu'il faut pour faire un show. Qu'on dise : Tu peux jouer avec Stan, il sait accompagner, je trouve déjà que c'est un l'honneur.
Christian Casoni et Patrice Dalmagne, 15 janvier 2004 |