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Un petit shuffle qui a de la cuisse
J'ai deux Strate
3 mars 2004. Le Simon Shuffle Blues Band tient la scène de L'Utopia.
Stocchi, placide derrière sa cacahuète géante, courant
le long du manche à pas de velours. Jeff, l'auriculaire chromé,
faisant miroiter son vitrail de métal, décochant des éclairs
et des malédictions. Simon, attablé derrière la caisse
claire, maniant ses balais et ses cotons-tiges, comme un gastronome sa
fourchette et son couteau. Et notre homme Pillac, grimaçant, aux
prises avec cette satanée sono. Verrouiller l'oreille gauche. Faire
abstraction du roulis que l'enceinte retour déverse à flots.
Déployer l'oreille droite. Tâcher de repérer, à
l'autre bout de la scène, quelques volutes du feu qui naît
sous ses doigts et qui se développe quelque part derrière
le contrebassiste. Les quatre sonnent vieux jazz, non sans humour. Un
peu blues aussi, comme ça, sans avoir l'air d'y toucher. Les démons
de la Strate et ceux du dobro se disputent ce qui reste de couverture
à prendre, et mettent en lutte le rock et la country. Mais le Simon
Shuffle Blues Band n'est pas vraiment le groupe de Xavier Pillac. Juste
trois potes. Monsieur Pillac a un autre groupe, il cultive un autre blues
un blues dont la fleur frôle moins les racines.
J'ai deux Strate, l'une est accordée en sol pour le slide.
J'ai un dobro
Un dobro Dobro ! Avant je jouais sur une Heritage,
une demi-caisse fabriquée par les luthiers de chez Gibson. Demi-caisse
ou quart de caisse, je ne sais jamais comment il faut dire. (La caisse
est large comme ça.) L'ampli est un Fender, Hotrod Deville avec
quatre HP de 10. J'ai un vieux Twin. Pour l'harmo, c'est Lee Oscar. Je
trouve les Hohner fragiles, je n'aime pas la partie centrale en bois.
La grosse caisse, aussi ? Je pourrais pas te dire la marque. C'est un
tome basse qui a été transformé.
S'en Sortir
Il a une drôle d'oreille, ce Xavier Pillac. Quand on lui dit que
la moitié des chansons gravées sur son deuxième album
(S'en Sortir) sont trempées de jazz, il fait jaillir les
deux fossettes d'un petit sourire gêné. Il rectifie : C'est
du blues avec une pointe de funk, une pointe de soul, une pointe de rock.
On ne doit pas avoir le même dictionnaire. Ou pas les mêmes
références. Ou pas les mêmes tympans. Quelle que soit
l'étiquette qu'on épingle sur cette bourrasque, elle dégraisse
les murs, déménage de la cave au grenier et ne laisse pas
traîner un grain de poussière derrière elle. La voix
et la guitare du Pillac sont à la fois élastiques et compactes,
fermement attelées l'une à l'autre. Elles claquent ou surfent
avec une nonchalance pleine de hiatus et de swing. Qu'il s'agisse de ce
blues jazzy façon Jumpin' Jive (j'insiste), de titres plus
cool à la Golden Years, de slow blues ou de ballades slidées
bluesy, le Charentais n'oublie jamais de signer ses convictions d'un trait
de variété feutrée qui réactualise tout ça,
qui en fait un personnage un peu plus dégourdi qu'un simple colporteur
documentaliste. C'est encore plus impressionnant de savoir que les trois
quarts de cet album ont été enregistrés dans des
conditions live. Un titre comme Choubaka montre à quel point
les sept sprinters du groupe sont rodés. Eh, c'est qu'il y a quand
même une section de cuivres et un orgue Hammond !

S'en Sortir
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Crossroads (Francis Rateau) : Le jeu de guitare est
sublime, qu'il soit en électrique ou sur une dobro, à la
fois sobre et d'une incroyable efficacité
juste la note là
où on l'attend, la marque des grands.
Guitarist Magazine (Carlos Sancho) : Il réinvente
un univers au sein même du sacro-saint blues mythique et du R&B
musclé.
Blues & Co (Joël Bizon) : Un Blues actuel aux accents
funky où émane les délicieuses effluves d'un jeu
de guitare subtil et aéré dans la verve d'un BB King
Xavier Pillac ouvre de nouvelles voies au blues !!! (Harry Patrick)
: Le Blues, Xavier le réinvente
Il y a un son Pillac.
La Gazette de Greenwood (Mike Lécuyer) : J'ai vu
l'avenir du Blues, et il s'appelle Xavier Pillac.
Rollin' & Tumblin' : Il est un des musiciens les plus prometteurs
de la nouvelle scène française
Xavier Pillac remporta le tremplin Blues sur Seine en 2000. Un
an plus tard il obtenait le bottlenet Alan Lomax en qualité
de Révélation de l'année.
Deux-Sèvres
Je suis un mec timide
Je suis né dans les Deux-Sèvres, un 16 avril de l'année
1976. J'ai passé mon enfance à la campagne. On habitait
Mazières-en-Gâtine, un patelin situé entre Niort et
Parthenay. Je vis à Poitiers depuis trois ou quatre ans. J'y ai
fait mes études. AES : Administration économique et sociale.
Eh oui.
Tout môme j'essaie la batterie. Vers douze ans j'essaie l'orgue
et le synthé. Je démarre la guitare à quinze. Je
commence par un petit groupe de rock familial, avec mon frangin et mon
cousin. Stones, Beatles, Hendrix, Téléphone. Les musiciens
que j'écoutais à l'époque m'ont donné envie
de jouer de la guitare, Clapton, Vaughan, Dire Strait et compagnie. Clapton,
j'étais allé le voir jouer en 94. Le blues c'est grâce
à lui, avec From the Cradle. Le blues, c'est aussi grâce
à certains bluesmen que j'avais particulièrement appréciés
sur scène, Jimmy Johnson, Luther Allison, Lucky Peterson. Une assoce
de Partenay organisait un festival blues au mois d'avril et l'été,
on avait Jazz au Fil de l'Eau.
Donc, je gratte et je chante. Je suis un mec timide. Jouer de la guitare
devant un public, c'est déjà pénible. Mais chanter
! Et pire encore : faire les deux, et sur tes propres textes en plus !
J'ai jamais travaillé ma voix, mais c'est un tort. Je devrais apprendre
des techniques pour la chauffer, pour la maîtriser davantage.
Genre one-man band
De mon année de batterie, il me reste l'usage de la grosse caisse.
Je me produis seul parfois, genre one-man band. Guitare sèche,
dobro, harmo, la grosse caisse et le tambourin au pied. L'harmo, c'est
un instrument qui me plaît bien. Je souffle un peu mais je suis
loin d'être un harmoniciste. Je le bosse pas assez et là
encore, je devrais. De plus, avec le collier porte-harmonica, tu restes
quand même limité.
Il y a dix jours, j'ai ouvert pour Paul Personne. Il passait à
Benassay, dans les environs de Poitiers, studio du Virecourt. Les groupes
en tête d'affiche préfèrent un type seul en lever
de rideau. Ils installent leur scène, ils règlent leur son.
Si c'est un groupe qui ouvre, ça peut devenir galère pour
eux. La formule one-man band a du succès, le public est généralement
content. L'homme-orchestre, je m'y remets en ce moment. J'avais un peu
laissé tomber parce que, jouer dans les bars pendant trois heures,
c'est usant.
Paul Personne, on avait déjà eu l'occasion de le croiser
et de bufer. On, c'est mon groupe. Je peux citer les musiciens
? Il y a Antoine Escalier à la basse, Christophe Beausset
à la batterie, François Ragonneau au saxe ténor
et moi, guitare-chant. On tourne à quatre, mais on peut se retrouver
sept avec la section de cuivres et l'orgue.
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Xavier Pillac, François Ragonneau,
Antoine Escalier
et Christophe Beausset
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Je suis intermittent depuis quatre ans. J'avais le choix entre rempiler
pour des études plus longues ou changer de voie. Devine laquelle
j'ai choisie. L'été dernier, je me suis impliqué
dans la plupart des mouvements contre la réforme des intermittents.
La nouvelle réglementation, c'est hyper compliqué, ça
demande de sacrés calculs, ce qu'il faut passer à la trappe,
ce qu'il faut prendre en compte. Personne n'est vraiment au courant de
ce qu'il y a là-dessous, même les Assedic ignorent comment
ça marche. On doit justifier un certain nombre de cachets par mois.
C'est difficile : en général on rame un peu l'hiver, les
engagements se multiplient l'été
Bref, on sait pas
trop où on va.
J'ai un peu peur pour l'avenir ? Tu m'étonnes ! Mais je me bouge.
Depuis quelques mois, je passe plus de temps au téléphone
à chercher des dates, à faire des envois qu'à jouer
de la guitare. Je me suis dégotté pas mal de gigs en solo.
Le one-man band, c'est lié à ça. J'arrive à
décrocher davantage de dates indépendamment du groupe. Ça
me permet de prendre des repères, ce sont des lieux où le
groupe est susceptible de jouer plus tard.
Deux disques
Le blues, c'est du live avant
tout
Mon parcours discographique, c'est deux albums. Trois en fait : deux CD
sous mon nom et un CD enregistré avec un gars nommé Meyer
(voir plus loin). À l'époque du premier disque, je
faisais partie du groupe Crossroads. Les musiciens changeaient sans arrêt,
surtout les bassistes et les batteurs. Moi j'étais toujours là,
fidèle au poste. Quelqu'un m'a dit : Sors-le pas sous le nom
de Crossroads, ce disque, Crossroads ça fait ricain. Tant qu'à
prendre un nom français, garde le tien. Je commençais
à composer en français, j'ai donc suivi cet avis. Je voulais
graver un disque et l'utiliser comme une carte de visite, l'envoyer dans
les festivals, dans les clubs, donner un aperçu de ce qu'on faisait.
J'ai auto-produit l'album, il est sorti en 2000 sous mon nom.
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Faut qu'j'aille Bosser, premier
album
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En live sur Horizons Blues (Radio
Aligre)
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Il sent un peu trop le studio, ouais, je le trouve trop figé. Le
blues, c'est du live avant tout. Le deuxième album, S'en Sortir,
a été gravé dans un esprit plus live, plus spontané.
Il donne une meilleure idée de qui nous sommes, quand on démarche
les programmateurs, les propriétaires de salle et les organisateurs
de festival. Les gens nous voient sur scène, puis ils achètent
l'album. S'en Sortir est plus parlant pour eux aussi. Parfois tu
vois un type génial en concert, tu achètes son disque et,
déception ! ça n'a plus rien à voir. Ça pourrait
être le disque d'un autre.
En tout cas le premier album m'a mis en relation avec presque tous les
musiciens du second. Ils m'accompagnent aussi sur scène. L'affiche
annonce Xavier Pillac, mais c'est en fait le nom d'un véritable
groupe. Ces nouveaux venus ont fait évoluer la musique, comme tu
peux l'imaginer. Le groupe sonne plus rock, plus rentre-dedans, la guitare
est plus hargneuse.
On avait pressé le premier album à mille exemplaires. Il
ne m'en restait presque plus. Plutôt que réinvestir dans
un pressage, j'ai préféré placer le fric sur un nouveau
disque.
Donc au moment du deuxième album, l'équipe n'était
plus celle du premier, la musique avait évolué. On a bouclé
deux ou trois ballades en studio, mais les autres titres sont enregistrés
quasi live à l'Espace Tartalin. C'est une salle de spectacle à
Aiffres. Il nous fallait une grande scène où caser tout
le monde, que la batterie sonne à plein et qu'on puisse pousser
les amplis. On s'est placés en cercle pour bien se voir, bien s'entendre,
et le gars de la régie nous a pris en direct sur son disque dur.
On est restés trois jours en résidence dans cette salle.
Les meilleures versions ont été enregistrées le soir.
Dans la journée on n'osait pas se lâcher, on craignait de
faire des pains, on réfléchissait trop. Après dîner,
Bon, allez, on se fait une dernière prise avant d'aller se pieuter.
On était plus détendus. On a déjà des prises
en boîte. Si celles-ci foirent, il nous reste les autres.
On a eu quelques mauvaises surprises à l'enregistrement. On a perdu
des morceaux à cause d'une manipe informatique. Dommage, il y avait
de bonnes versions parmi les chansons perdues.
Mélanger des samples et
même de la programmation
Ensuite on s'est rendu en studio pour mixer tout ça et faire quelques
re-re. Il y en a un peu quand même. S'en Sortir, la chanson
titre, est prise en live complet. Par contre le riff d'orgue est doublé
par une trompette. Ailleurs, une partie d'orgue ou des churs ont
pu être ajoutés en re-re. Le chant de Usé a
été repris en re-re aussi.
J'aurais aimé reprendre d'autres chants mais, bon, j'en ai pas
eu le temps. Ma voix peut avoir les défauts qu'elle présente
sur scène : je la force parfois malgré moi. Je la force
en même temps que je force la guitare. Il arrive qu'on entende mal
le retour, alors j'ai tendance à monter la voix. Mais je commence
à maîtriser ça petit à petit. D'où l'intérêt
de prendre des cours de chant, apprendre à gérer la guitare
et la voix, indépendamment l'une de l'autre.
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S'en Sortir est sorti en février 2004, mais il était
prêt dès l'été 2003. Pas de label non plus,
mais il est distribué par Mosaic Music. Je l'ai repressé
à mille unités. En presser mille, c'est plus avantageux
qu'en presser cinq cents, et mieux vaut en avoir trop que pas assez.
S'en Sortir a été enregistré en trois jours.
On était au mois d'avril, on voulait le disque pour l'été.
Il nous fallait quelque chose à présenter : on vend mieux
l'été, on fait plus de dates et j'avais tous ces emprunts
à rembourser. Bon, faut mixer les chansons, mois de mai. Faut les
masteriser, mois de juin. Au début de l'été, le disque
était là. Tout ça pour dire que j'ai pas eu le temps
d'expérimenter des sons. Le son de la gratte n'était pas
vraiment calculé, ça dépendait beaucoup de l'ampli.
Il était réglé comme ça et pris en live.
Si je devais changer quelque chose, je mettrais plus de patate dans le
son des guitares, plus de drive dans les solos. Je mélangerais
des amplis, des effets
Un disque plus expérimental. C'est
une idée qui commence à me trotter dans la tête. Pour
le prochain, j'aimerais passer plus de temps sur le son, retravailler
les solos. En ce moment, je suis barré dans un trip one-man band
et cette solitude favorise tout un tas d'envies. Comme faire un disque
seul. Comme mélanger des samples et même de la programmation.
DJ, tu vois ? Ça donne parfois de bons résultats. Jeff Beck
l'a tenté, l'ambiance techno de ses derniers albums ne me dérange
pas. Ça pourrait même amener vers le blues des gens qui n'en
écoutent pas d'ordinaire
Et faire fuir les puristes !
On le rembourse pour graver
le suivant
Oh, le troisième album, on n'y est pas encore. Je dois déjà
finir de payer le deuxième. Ce qui coûte cher, c'est le SDRM
(les droits de reproduction SACEM), le mastering et le pressage. Le SDRM
et le mastering coûtent aussi cher que le pressage. Et comme on
a été distribués en cours de route, il a fallu refaire
un pressage, donc repasser par le SDRM. J'ai intérêt à
en vendre quelques uns pour pouvoir rembourser ! Le fin du fin c'est quand
même de dénicher un label qui produise le disque, et qu'on
n'ait plus à s'empoisonner l'existence avec toutes ces questions.
On ne gagne rien sur un disque. On le rembourse pour graver le suivant.
Heureusement que le studio appartient à un de nos potes, Alain
Auxemery. C'est lui qui nous a enregistrés à l'Espace Tartalin.
Il nous a même fait quelques parties d'orgue en prime.
J'ai toujours eu un problème pour définir le genre de blues
que je pratique. Tu trouves le disque un peu jazzy ? Mouais. Il a peut-être
un côté balais par certains titres. Moi, j'entends
plutôt du blues avec un poil de funk et un peu de rock, mais bon.
C'est assez varié, quoi !
S'en Sortir, tu peux le trouver chez les disquaires s'ils l'ont
mis en place, ou via le catalogue Mosaic. Bon, il n'y a pas trop de références
en ce moment à la Fnac. Le rayon blues de la Fnac, crac !
Mais tu peux toujours le commander auprès du responsable. Parfois
on m'envoie un e-mail pour m'en commander un
(www.xavierpillac.com
ou pillac.xavier@wanadoo.fr)
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Xavier PILLAC
et
Charlie PATTON
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Xavier PILLAC et Tommy JOHNSON
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Au pays des Arts et des Mojos
Le français, j'assumais
pas trop
Parfois t'assistes à un concert, le gars chante en anglais et trouve
encore le moyen de causer en anglais entre les morceaux, quand il s'adresse
au public. Complètement naze ! C'est tellement naturel de faire
du blues, et de le faire en français. Sur un concert de deux heures,
deux heures et demie, je dois avoir trois, quatre chansons en anglais.
Et quand je les chante, je les trouve vraiment bizarres ! Au moment du
premier disque, le français, j'assumais pas trop. C'est pas évident
sur du blues. Des bluesmen français qui chantent dans leur langue,
t'en trouves pas tant que ça. Je suppose que les puristes considèrent
mon travail comme de la chanson française bluesy, non comme du
blues à part entière. Et alors ?
À l'avenir, je compte même accentuer cette inclinaison chanson
française. Le prochain disque (Dieu sait quand je vais l'enregistrer),
je ne suis pas sûr qu'il sonnera blues-blues. Aujourd'hui
déjà, je sais pas si on peut dire blues. Bluesy,
oui. Des styles de blues variés et même des ballades. Bah,
blues ou chanson française bluesy, il y aura toujours du blues
à la base et du blues dans les solos. (Il te reste encore quatre
cents questions à poser, c'est ça ?)
J'ai un répertoire beaucoup plus étoffé que la somme
des morceaux enregistrés sur les deux disques. D'ailleurs ça
devient difficile de sacrifier des titres quand on nous programme une
heure de concert. On aurait plutôt tendance à conserver les
compos chantées en français.
Le blues en français est bien reçu par le public. Les gens
retiennent un peu les refrains. D'accord, ils n'entendent pas les standards
du genre, mais je ne crois pas que ce soit gênant. Après
les concerts en tout cas, je ne reçois que des témoignages
de sympathie. Bon, je suppose que les mécontents ne viennent pas
se plaindre ou qu'ils se sont cassés avant la fin
On s'exprime en français mais les intonations, la façon
de chanter sonnent avec un swing anglo-saxon. Sur le premier disque, j'ai
ce morceau : J'vais Au Pressing
À l'époque
je chantais I got ramblin' on my mind. Je suis parti de là.
I got ramblin'
J'vais au pressing
La chanson de Robert
Johnson est devenue J'vais Au Pressing !
J'ai appris que Cabrel composait de cette façon. Il enregistre
d'abord une mélodie qu'il chante en yaourt anglais, puis il se
la repasse et tâche de faire coller du français sur ce yaourt
plein de swing. J'ai envie de retraduire en français les quelques
textes que je chante encore en anglais, mais en essayant de conserver
cette intonation anglo-saxonne.
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A L'Utopia
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Le groove passe avec des paroles faciles à retenir, c'est comme
un refrain. Une influence Benoît Blue Boy, j'en sais rien. J'ai
pas trop écouté Benoît Blue Boy. Tu chantes du blues
en français, on te référence Benoît Blue Boy,
Bill Deraime. En fait tu penses à Benoît Blue Boy davantage
par réflexe que parce que tu entends une véritable ressemblance.
Tiens, le spécial blues français que vous avez publié
dans Blues Mag, ce sont grosso modo les quatre vieilles gloires
nationales que vous avez mises à l'honneur. Depuis vingt ans, il
est quand même passé de l'eau sous les ponts. Quel canard
citera une fois Nico Wayne Toussaint ou Fred Chapelier pour changer ?
(Fred Chapelier, je dois jouer sur son prochain disque.)
Je ne sais plus à qui
je pique des plans
On a fait quelques dates avec la section de cuivres de l'album : Manu
Gablain le trompettiste et Bruno Texier le saxe baryton. Sans
oublier François au saxe ténor et Alain à l'orgue,
bien sûr. J'espère réussir à faire tourner
cette formule, je me démène surtout dans ce but. Réunir
sept personnes, c'est plus difficile que quatre. On s'impose de répéter
une fois par mois, histoire de garder le rythme, l'esprit des morceaux,
les arrangements. Quand on trouve une date, le gros de la mise en place
est déjà là. Deux, trois arrangements et c'est bon.
Les titres ne sont pas trop cadrés non plus, hein. Plus tu cadres,
plus tu réduis la marge des impros et les chansons n'évoluent
plus. Depuis quelques temps je laisse filer les solos. Le solo, c'est
un bon moyen de faire monter la sauce en concert. Le batteur suit, il
pousse un peu les accents, on se regarde et on fait une nuance. Au début
on limitait les solos à deux fois douze, mais c'était trop
raide, il ne se passait plus grand chose à l'arrivée.
J'essaie de ne pas trop prêter l'oreille aux guitaristes que j'aime
bien. J'ai beaucoup écouté Stevie Ray Vaughan, et je m'efforce
de pas jouer comme lui. Tu prends vite les manies des gens que tu aimes.
Moi, je mélange les genres et je ne sais plus à qui je pique
des plans !
À Paris je tourne avec le groupe du batteur Simon Boyer
: le Simon Shuffle Blues Band. Simon vit aujourd'hui à Paris mais
il vient de Poitiers. Les autres sont du coin aussi. Tu as Domenico
Stocchi à la contrebasse et Jeff Magidson à la
guitare-chant. (Jeff est présent sur mes deux albums.) L'autre
guitariste chanteur, ben, c'est moi.
Le Simon Shuffle Blues Band c'est plus qu'un groupe d'appoint, c'est avant
tout une histoire d'amitié. Son style est différent de celui
que je pratique avec mon groupe. Simon est un batteur de jazz, il joue
vieux shuffle. La contrebasse de Stocchi accentue cette couleur jazzy.
On a pas mal bufé et beaucoup tourné du côté
de Poitiers avant de jouer vraiment ensemble. On a fait quelques festivals.
Là, on vient de faire deux soirs au Méridien et une date
à L'Utopia.
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Le Simon
Shuffle Blues Band à L'Utopia: Domineco Stocchi, Jeff Magidson
et Xavier Pillac
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Simon Boyer
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Je tourne aussi avec Meyer, ce chanteur-guitariste dont je te
parlais tout à l'heure, le gars avec qui j'ai enregistré
un CD. Meyer joue des américaneries selon son expression
: du Tony Joe White, du JJ Cale, des titres vieux rock, ballades, blues.
Il joue avec un contrebassiste (Flo) et un batteur (mon oncle !). Beaucoup
de gens ont joué avec Meyer autour de Poitiers. C'est le cas de
Jeff Magidson quand il a débarqué en France. Euh, Meyer
je lui ai un peu piqué son groupe.
Sinon, j'ai bufé avec Nico Wayne Toussaint, Scratch My Back,
Mudzilla, Lance et Donna, Jeff Zima. On est toujours très contents
de se croiser. Des groupes de blues français, j'en connais beaucoup.
Rien qu'autour de Poitiers, t'en trouves à la pelle. Toute cette
scène s'articule autour d'un club... T'en as pas d'autres dans
les environs de toute façon.
Pour trouver, ben
faut
chercher
En France, on tourne un peu partout. Plus côté ouest, nord-ouest,
que côté sud. On est passés quand même à
Cahors, à Valence, à Lyon. Poitiers ? Pas des masses vu
le nombre de scènes disponibles. Mais Angers, oui. Et aussi autour
de Paris.
50, 80 dates par an, j'en sais trop rien. On va dire que je me produis
sur scène un tiers de l'année. Depuis septembre c'est plutôt
calme, mais j'ai dégoté pas mal de concerts pour les mois
qui viennent, seul ou en groupe. On passe au Printemps de Bourges. On
fait une semaine dans les Alpes. On passe au Luxembourg. Pour trouver,
ben
faut chercher. Et quand je cherche, je trouve. Il y a les festivals,
mais ils sont toujours très sollicités. Les festivals, ce
sont plans à long terme, parfois deux, trois ans avant de passer
sur scène. La plupart des cafés-concert et des bars à
musique programment du blues. Pas trop roots de préférence,
plutôt rock. Après tout les gens viennent pour boire un coup,
les patrons préfèrent des orchestres qui jouent un répertoire
varié plutôt qu'un trip puriste.
Hors frontières ? À part le Luxembourg, j'ai donné
quelques concerts aux États-Unis avec un Américain nommé
Joshua Singleton. On a joué quelque part entre Nashville
et Memphis. Joshua et moi, on s'est rencontrés ici. On a fait quelques
dates. Un jour, il me fait : Je pars enregistrer quelques titres là-bas.
Si tu veux m'accompagner
J'ai effectivement enregistré
quelques titres avec lui mais le disque n'est pas sorti, c'est comme ça.
On en a profité pour donner des concerts. C'était sympa.
On n'est pas vraiment passés dans des clubs de blues, plutôt
des pubs. J'ai été surpris de constater à quel point
ils jouent fort là-bas. Je comprends maintenant pourquoi, en France,
ils mettent les amplis à fond. Le public avait l'air moins attentif
qu'en Europe. Des étudiants je suppose. Des jeunes Américains
en tout cas. Bon, eux, ils entendent ça tout le temps, il y a de
la musique partout, ils doivent s'en foutre un peu à la longue.
Sur le claquos circuit
Plein de monde. Super ambiance
Le festival de Cahors, c'est très bien mais tu dois amener ta sono.
Cognac aussi. On a fait quelques terrasses à Cognac l'été
dernier, on a sympathisé avec les Hoodoomen, on a bufé.
Les bons endroits sont ceux où le son est bon. Il y a deux ans,
avec mon groupe et Joshua Singleton, on a joué au House Of Life.
Le concert s'est déroulé dans des conditions très
agréables, la scène, le mec au son, tout. Pour le public
en revanche, ça dépendait des soirs. Les gens se pointent
pour manger, et ça prenait de drôles d'allures certains soirs
!
L'un des mes meilleurs souvenirs de concert, c'était Luxembourg-Ville
en 2002. Le festival Blues And Jazz Rallye. On passait dans un
bar, assez tard. Plein de monde. Super ambiance. Public plutôt anglophone,
donc répertoire mixte. On avait la pêche, on a joué
longtemps. On retourne au Luxembourg cette année pour un autre
festival. Le Luxembourg, la Belgique, la Suisse, l'Allemagne, les Pays-Bas,
des clubs en pagaille. En France par contre, ça se dégarnit.
Le Cricketer's n'existe plus. Le gars avait monté une autre scène,
elle n'existe plus non plus. Je suppose que le problème est identique
à Paris.
Parfois l'ambiance est là mais question son, zéro. Je me
souviens d'une fois, on passait dans un petit bar à l'occasion
d'un festival. (Je le cite pas. Les organisateurs sont vraiment sympas
et j'ai pas envie de me brouiller avec eux.) Ils avaient monté
une sono monstrueuse, quatre, cinq enceintes. Et puis ils sont partis
en laissant le stagiaire nous faire le son ! On avait fait de la route,
on était déjà bien à cran. Quand on a vu comment
le gars s'y prenait, on a demandé à une autre personne de
s'occuper de la balance. On a abattu le premier set dans les larsens,
mais on garde un très bon souvenir de ce concert. On s'est vraiment
bien éclatés malgré le flip du démarrage.
Attends, il y a plein de larsens
!
Les mauvais souvenirs ce sont les clubs qui font pas de promo, les patrons
qui sortent jamais une thune de leur poche. Non seulement ils attendent
qu'on fasse leur publicité mais, en plus, ils payent aux entrées.
Le mec va te filer cinq cents balles pour le groupe, grand seigneur !
Les mauvais souvenirs et les bons ont souvent la même cause : le
son. Tu as fait pas mal de route, tu arrives crevé, tu sais qu'après
le concert il faudra faire la route en sens inverse. Entre les deux, galère
de son et parfois même galère de fric. Un jour on débarque
dans un club, on vient de se cogner six cents bornes. Le mec nous fait
: J'ai un super sonorisateur. Tous les gens qui passent chez moi sont
contents
Le mec au son, je pense qu'il était plombier
dans le civil. La balance se passe mal, les retours c'est n'importe quoi
et les enceintes sont trop en arrière. Attends, tes enceintes,
tu les avances, il y a plein de larsens ! Il avait pas l'air de comprendre.
Ah ouais, peut-être. On n'était pas à l'aise,
la salle était presque vide, on a merdé. Pour finir, ça
se passe mal au sujet du fric ! Au moment de passer à la caisse
: Il y avait pas assez de monde, je manque de liquide mais je vous
enverrai un chèque de complément. Il nous verse la moitié
de ce qu'il nous doit. En enlevant les frais de route, il nous reste,
quoi ? vingt ou trente euros chacun. Je paie les musiciens : Vous en
faites pas, je dois recevoir un chèque pour les frais de route.
Passe le mois de mai, passe le mois de juin, je rappelle, je laisse passer
l'été, je rappelle en septembre, je rappelle en décembre.
L'autre jour, j'en étais encore à le rappeler. Je sais bien
que l'argent c'est pas tout, mais merde ! c'est pas cool, ça fait
chier.
Tout est galère
Les Ricains demandent trente mille balles. Ils abusent, ils se font de
gros cachets, nous on galère. Leurs tarifs ont beaucoup augmenté
depuis le 11 septembre. Tu ouvres pour un Ricain, les organisateurs n'ont
presque plus d'argent pour toi tellement le groupe vedette leur coûte
cher. Ils peuvent même pas payer un cachet pour chaque membre de
ton groupe. Évidemment, les frais de route sont pour toi. Ça
non plus, c'est pas cool. Dans les bars on doit souvent décrocher
deux dates pour faire un cachet complet. C'est moi qui discute des conditions
et des contrats, normal que ça me tracasse. Vu ce qu'on demande
ordinairement, un cachet chacun c'est pas la mer à boire quand
même ! Tout est galère, même en one-man band. Il m'est
arrivé de faire des premières parties entièrement
gratuites. Un conseil : contacte le tourneur du groupe pour lequel tu
ouvres, ne commets pas l'erreur de traiter directement avec la salle.
Une date, ça demande quand même du boulot et des petits investissements,
faut répéter la semaine d'avant, tu te déplaces...
Autant produire un disque ! Quand tu réfléchis à
tout ça, tu te demandes pourquoi tu le fais.

Toujours ce fond de blues
J'écoute pas tellement de musique en ce moment. Quand j'en écoute,
j'écoute de tout. Beaucoup de blues, bien sûr. Mais j'aime
aussi James Brown et Maceo Parker. J'ai découvert Jet, un
groupe de rock qui sonne vaguement Stones, AC/DC. J'aime bien les Stones,
Ben Harper, M., De Palmas. Toujours ce fond de blues. J'aime bien Anders
Osborne, un chanteur de la Nouvelle-Orléans. Et John Amor aussi.
Lui, c'est un guitariste anglais qui mélange de la pop et des samples
: le batteur envoie les samples de voix. John Armor a joué au sein
des Hoax, un groupe qui avait ouvert pour Luther Allison. Ah, tiens, Eric
Bibb ! Lui, je le trouve vraiment classe. Il est passé en première
partie de Joe Louis Walker, avec un pianiste et Dave Bronze à la
basse. Il a scotché tout le monde. Joe Louis Walker est entré
en scène après lui. Pfff ! Il était mal accordé,
tout énervé que la première partie lui ait piqué
la vedette... Il a vidé la salle en dix minutes ! Moi, je m'étais
cassé au bout de cinq.
Parmi les musiciens qui pourraient être des références,
tu peux citer Clapton, BB King, Freddie King, Albert King, Albert Collins,
Stevie Ray Vaughan, Jimi et, en acoustique, Robert Johnson et Keb Mo.
Pour les albums de référence, il y a eu From The Cradle,
il y a eu un live d'Albert Collins dont j'ai oublié le titre (celui
de sa dernière tournée avant qu'il meure). Cite aussi le
Live in Japan de BB King et Sticky Fingers, mon préféré
des Stones. Comme chanson fétiche, Stormy Monday. La version
originale ou celle de BB King, n'importe. Celle des Allman, à vrai
dire, je la connais pas bien. Quant aux concerts, j'ai bien aimé
Clapton à Bercy en 94. Il avait pris Clarence Gatemouth Brown en
première partie, guitare et violon. Ouah !
Christian Casoni et Patrice Dalmagne, mars 2004.
Photos : Patrice Dalmagne pour Xavier Pillac cheveux courts, Jean-Marie
Meyer pour Xavier Pillac cheveux longs.

Pour l'instant, sur l'agenda de Xavier
Pillac
Vendredi 26 mars : Limoges (87). Pub L'Irlandais. One-man band.
Samedi 27 mars : Limoges (87). Pub L'Irlandais. One-man band.
Jeudi 1er avril : Mortagne-au-Perche (61). Le Caribou. One-man
band.
Vendredi 2 avril : Bagnol-de-l'Orne (61). Le Bilibi. One-man band.
Samedi 3 avril : Montmorillon (86). Café du Commerce. Avec
Meyer.
Lundi 5 avril : Les Deux-Alpes (38). Hotel Les Clarines. Xavier
Pillac (groupe).
Mardi 6 avril : Saint-Chaffrey (05). Chalet Les Abeilles. Xavier
Pillac (groupe).
Vendredi 9 avril : Briançon (05). Bar Le Central. Xavier
Pillac (groupe).
Vendredi 16 avril : Orléans (45). Le Cat's. One-man band.
Vendredi 23 avril : Bourges (18). Pub Murrayfield/Printemps de
Bourges. Xavier Pillac (groupe).
Samedi 24 avril : Bourges (18). Le Foch/Printemps de Bourges. Xavier
Pillac (groupe).
Vendredi 30 avril : Poitiers (86). Le Pince-Oreille. Avec le Pascal
Denis quintet.
Samedi 1er mai : Poitiers (86). Le Pince-Oreille. Avec le Pascal
Denis quintet.
Jeudi 6 mai : Paris (75). L'Utopia. Avec le Simon Shuffle Blues
Band.
Vendredi 7 mai : Le Havre (76). Hot Club. Avec le Simon Shuffle
Blues Band.
Dimanche 20 juin : Vierzon (18). Le Béridrop. Xavier Pillac
(groupe).
Lundi 21 juin : Vierzon (18). Le Béridrop. Avec Meyer.
Vendredi 9 juillet : Luxembourg. Le Liquid. Xavier Pillac (groupe).
Samedi 10 juillet : Luxembourg. Festival Blues & Jazz Um Haff.
Xavier Pillac (groupe).
Samedi 17 juillet : Paulmy (37). L'Union. Avec Meyer.
Lundi 19 juillet : Ronçe-les-Bains (17). Office du tourisme.
Avec Meyer.
Lundi 2 août : Ronçe-les-Bains (17). Office du tourisme.
Xavier Pillac (groupe).
Vendredi 6 août : Chef-Boutonne (79). Chalets de Héronnières.
Avec Meyer.
Samedi 7 août : Montmorillon (86). Café du Commerce.
Xavier Pillac (groupe).
Samedi 21 août : Paulmy (37). L'Union. Xavier Pillac (groupe).
Et peut-être Cahors. Cognac, ça m'étonnerait.
Vers la fin de l'année, j'espère qu'on fera Blues sur
Seine et l'année prochaine, Blues autour du Zinc.
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